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Avec ses prises de position, Trump met l'administration sortante dans l'embarras

Ce n'est pas une règle formelle, mais c'est la tradition : entre le moment où il est élu et le moment où il entre officiellement en fonction, le président désigné des États-Unis se replie habituellement dans un certain devoir de réserve de manière à ne pas interférer avec les décisions prises par l'administration sortante. Mais Donald Trump ne l'entend pas ainsi.

Un texte de Hugo Lavallée

Après avoir mené une campagne défiant les règles traditionnelles de la politique, Donald Trump a plutôt décidé de faire fi des conventions liées à la passation des pouvoirs.

« Trump est le premier président désigné de l'histoire à parler de politique étrangère pendant la transition », affirme sans détour Timothy Naftali, historien et ancien directeur de la Bibliothèque présidentielle Richard-Nixon.

Au cours des dernières semaines, Donald Trump a affirmé que les États-Unis devaient rehausser et étendre leur arsenal nucléaire. Il a appelé la Maison-Blanche à exercer le veto américain au Conseil de sécurité de l'ONU pour bloquer le passage de la résolution condamnant la colonisation israélienne en territoire palestinien. Il a aussi pris à partie le gouvernement chinois, après que ce dernier ait mis la main sur un drone appartenant aux Américains.

« Des situations comme celles-là où le président désigné s'exprime sur toutes sortes d'enjeux, on ne voit jamais ça », explique l'auteur et historien spécialisé en histoire présidentielle américaine Michael Beschloss.

De fait, la plupart des présidents désignés se réfugient habituellement derrière la formule « un président à la fois » lorsqu'on les questionne sur des événements d'actualité, entre les moments de leur élection et de leur prestation de serment.

C'est ce qu'avait fait Barack Obama peu après son élection en novembre 2008 alors que George W. Bush exerçait toujours la fonction. « Je vais me montrer très prudent pour que le monde reçoive le bon signal : je ne suis pas le président et je ne le serai pas avant le 20 janvier », avait-il répondu, pressé de questions en conférence de presse. Ses prédécesseurs avaient agi de la même façon.

Le risque avec la « manière Trump », renchérit Timothy Naftali, c'est que les pays étrangers ne sachent plus sur quel pied danser : « Vous ne devez pas contredire les politiques du président en place », dit-il, tranchant. « C'est ce qu'il y a de si inhabituel cette fois-ci. »

Le président désigné a aussi commencé à renégocier certains contrats du gouvernement américain, qu’il trouve trop coûteux, notamment les contrats octroyés pour la construction des nouveaux avions présidentiels Air Force One et pour le développement du programme F-35.

Peu avant Noël, il a reçu à sa villa de Palm Beach les dirigeants de Boeing et de Lockheed Martin, non sans les avoir préalablement menacés sur Twitter d'annuler les contrats qui leur avaient été donnés.

La diplomatie des médias sociaux pratiquée par Donald Trump entraîne aussi son lot de malentendus. Les commentaires du président désigné portant souvent à interprétation, son équipe doit souvent préciser sa pensée dans les médias. Les Américains devront toutefois s'y faire : Donald Trump a bel et bien l'intention de continuer à tweeter, prévient son attaché de presse Sean Spicer... n'en déplaise aux médias traditionnels.

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