Après avoir passé des décennies à se promouvoir comme une destination touristique de choix, dans la foulée des Jeux olympiques de 1992, la deuxième plus grande ville d'Espagne choisit de revoir la façon dont elle gère l'afflux de visiteurs.

Il y a deux mois, le conseil municipal a approuvé l'interdiction de tous les nouveaux hôtels, auberges et autres hébergements réservés aux touristes dans le centre-ville.

Il prévoit aller encore plus loin avec le dépôt d’un plan stratégique sur le tourisme, qui doit réguler tous les aspects reliés à ce secteur d’activité, des conditions de travail de la main-d’œuvre à la façon dont les touristes utilisent l'espace public.

Dans le cadre du plan, qui mise sur le développement durable, il est notamment prévu d'augmenter les taxes des appartements réservés aux touristes et d'augmenter les tarifs de visite de certaines attractions.

L'amélioration de la mobilité dans les rues est également un élément important de la stratégie touristique. Des voies seront piétonnisées et des espaces de stationnement convertis en terrasses de restaurants dans des quartiers déjà déterminés.

« Un effet Venise »

Plus de 30 millions de personnes visitent annuellement la ville de 1,6 million d'habitants. Le tourisme crée à lui seul environ 14 % des emplois à Barcelone, selon un rapport officiel de la Ville de 2016.

La mairie redoute que Barcelone soit victime d’un « effet Venise » – parc d’attractions de jour, ville fantôme de nuit. À Venise, le tourisme de masse a précipité l'exode des habitants de la ville.

« Nous devons contrôler davantage le tourisme, sinon nous allons avoir une ville composée uniquement d’auberges et d’appartements réservés aux touristes ainsi que des quartiers déserts », a déclaré Agusti Colom, responsable du tourisme au sein du gouvernement municipal.

Déjà, le nombre important de visiteurs cause une augmentation des prix des logements dans la ville, mais entraîne aussi des reconversions d’immeubles, si bien que des Barcelonais sont contraints d'abandonner les quartiers centraux.

Le flot constant de touristes affecte aussi les artisans locaux, alors qu'ils sont de plus en plus nombreux à se sentir obligés de vendre des articles de luxe pour satisfaire la clientèle touristique et maintenir leur chiffre d’affaires, réduisant ainsi l’offre de produits abordables pour la population.

La volonté de s’attaquer au tourisme sans sacrifier ses avantages est toutefois un exercice d’équilibre délicat.

Des acteurs du milieu de l’hôtellerie dénoncent les mesures proposées par la Ville relativement à la construction de nouveaux établissements, se disant injustement visés par l’administration d’Ada Colau, la mairesse de Barcelone. Ils estiment que la Ville devrait plutôt serrer la vis aux 6000 citoyens qui proposent des locations de type Airbnb, non encadrées par la loi.

Ada Colau s’est déjà engagée à combattre le phénomène en augmentant le nombre d’inspecteurs chargés d’identifier les habitations illégales et en mettant à l’amende Airbnb.

Plusieurs voix s’élèvent pour lui demander d’en faire plus encore pour les Barcelonais, dont les salaires peinent à rattraper le coût de la vie.

Des observateurs considèrent déjà qu’il sera difficile de renverser la tendance des 20 dernières années, malgré la volonté de l’administration Colau de resserrer l’encadrement autour de ce secteur d’activité.

Et bien des citoyens estiment que le boom touristique a profité aux puissants lobbies du secteur hôtelier, mais que le développement qui s'est ensuivi s’est fait au détriment de la société élargie.

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