À bien des égards, Ben Carson est l'opposé de Donald Trump. Et sa popularité croissante pourrait coûter cher au magnat de l'immobilier dans la course à l'investiture républicaine.

Un billet de Yanik Dumont Baron correspondant à Washington

Il existe une jolie expression anglaise qui s'applique bien à l'état de la campagne républicaine : « Carson is giving Trump a run for his money ». En français, on dirait que Carson en donne pour son argent à Trump, ou qu'il lui rend la monnaie de sa pièce. La phrase englobe une référence à l'argent, aux grandes sommes que le milliardaire prend dans sa propre poche pour assouvir ses ambitions présidentielles. Elle fait aussi référence au défi que l'un pose à l'autre. La candidature de Ben Carson pourrait bien coûter cher à Donald Trump.

Ben Carson est un aspirant politicien calme, posé, méconnu (ou inconnu) d'une grande partie des États-Unis. Tout le contraire de Donald Trump, qui demeure en tête des sondages, grâce à sa personnalité flamboyante et ses déclarations à l'emporte-pièce. Pourtant, c'est de Ben Carson que l'on parle beaucoup ces jours-ci.

Et pour cause. Dans certains sondages, il est au coude-à-coude avec Trump. Plus impressionnant encore, les électeurs de l'Iowa voient Carson d'un bien meilleur oeil que Trump (son score positif est de 81 %; comparé au 52 % de Trump).

En campagne, Ben Carson projette une image différente de celle du milliardaire. Il n'est pas combatif, mais calme, presque effacé. Lors du débat des candidats organisé en août, il s'est même étonné qu'on lui donne la parole une seconde fois. « Merci, a-t-il lancé, je ne savais pas si j'allais pouvoir parler de nouveau. »

Écoutez son message de conclusion au même débat, vous verrez un exemple parfait du style Carson (en anglais) : 

Pour voir cette vidéo de Ben Carson sur votre appareil mobile, cliquez ici

Sa montée dans les intentions de vote s'explique bien sûr par d'autres facteurs que sa personnalité et son style. Le parcours de Ben Carson en fait un personnage intéressant, inspirant. Élevé par une mère célibataire, il a grandi à Détroit dans les années 60, marquées par les émeutes raciales. Il a surmonté de nombreux obstacles pour devenir chirurgien, mené une carrière couronnée de succès. Des éléments bien mis en évidence dans sa campagne.

Ben Carson est aussi très conservateur. Médecin, il s'est permis de dénoncer la réforme de la santé du président Obama, alors que ce dernier était dans la même pièce. Il ne croit pas aux changements climatiques, dénonce l'homosexualité. Noir, il critique aussi le mouvement Black Lives Matter, qui dénonce la violence policière envers les jeunes afro-américains.

Autre détail important dans cette course : Ben Carson n'a jamais occupé un poste d'élu, ce qui lui donne une aura « anti-élite » bien prisée à ce stade de la campagne.

Au cours de l'été, ses positions, parfois mal définies, n'ont pas beaucoup été observées par les électeurs. Trump occupait tout l'espace. Maintenant que le meneur a de la compagnie en tête, Ben Carson sera plus exposé aux critiques. Perspective intrigante pour un politicien débutant, dont certaines déclarations l'ont déjà mis dans l'eau chaude. Il a déjà comparé la rectitude politique américaine à l'ambiance qui régnait en Allemagne sous les nazis.

Ben Carson fait aussi face à un obstacle de taille. L'argent. Ce qui nous ramène à l'expression du début, to give a run for someone's money. Les principaux adversaires de Carson (Trump et Bush, notamment) ont accès à beaucoup, beaucoup d'argent. Des millions. En comparaison, Carson, pour l'instant, s'appuie surtout sur des petits donateurs, de la petite monnaie. Ça peut mener loin - rappelez-vous Obama en 2008 -, mais ça peut aussi lui nuire dans une course qui sera longue. Très longue. Et coûteuse.

Plus d'articles

Commentaires