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Bienvenue dans la ville la plus pauvre des États-Unis

On a presque l'impression d'être dans un autre pays quand on arrive à Brownsville, à la frontière du Texas et du Mexique. Cette ville américaine, à 95 % hispanique, est la plus défavorisée du pays.

Un reportage de Michel Labrecque à Désautels le dimanche

La première chose qui frappe quand on parvient à la frontière entre Brownsville, au Texas, et Matamoros, au Mexique, c'est l'étroitesse du Rio Grande, fleuve qui sépare les deux pays.

On pourrait le traverser en trois enjambées, s'il n'y avait pas les clôtures de trois mètres.

L'autre chose fascinante : le ballet ininterrompu des centaines de personnes qui traversent la frontière à pied. Sans parler du flot tout aussi constant des camions et des voitures. La frontière est tout, sauf fermée.

Jay Root, journaliste au Texas Tribune, connaît la région frontalière comme le fond de sa poche. « Nous dépendons beaucoup plus l'un de l'autre qu'on l'imagine », dit-il.

À Brownsville, on entend partout l'espagnol. Il y a plus de taquerias (restaurants de tacos) que de restaurants-minute à l'américaine. Brownsville est hispanique à 95 %.

Des bidonvilles à Brownsville

Cette région de 180 000 habitants est aussi la plus pauvre agglomération urbaine des États-Unis. Et la frontière a ses zones d'ombre : trafic de drogues, immigration illégale, marché noir, etc.

Et il y a un autre phénomène dont je n'avais jamais entendu parler : les colonias, sortes de bidonvilles qui ressemblent à certaines de nos réserves autochtones. C'est Alexandre Couture-Gagnon, professeure de politiques publiques à l'Université du Texas de la vallée du Rio Grande, qui m'a fait découvrir cette triste réalité.

« Ce sont des propriétaires terriens qui ont vendu illégalement des parcelles de terre à des pauvres », explique la politologue québécoise alors que nous visitons une de ces colonias.

« Au départ, il n'y a pas d'égouts, pas d'électricité, pas de lampadaires, pas d'eau courante et pas de rues asphaltées. C'est un peu triste, on peut s'imaginer que la vie ici est difficile. Et il faut ajouter la saison des ouragans et des pluies diluviennes. Ce ne sera vraiment pas beau ici. »

La plupart des 2000 colonias n'ont aucune incorporation légale. Malgré tout, les conditions s'améliorent petit à petit. Les maisons mobiles deviennent plus grandes. Et au bout de quelques années, les rues sont pavées, puis les habitants ont accès à l'eau courante et à l'électricité.

C'est le cas de Cameron Park, une colonia de 10 000 habitants, qui aujourd'hui ressemble davantage à un quartier urbain modeste qu'à un bidonville. Lupita Sanchez, qui travaille pour un organisme communautaire, y habite depuis 13 ans.

La grande fierté de Lupita Sanchez, ce sont ses enfants. « J'ai deux filles qui sont allées à l'université, et mon fils termine son secondaire et veut devenir médecin. »

L'éducation est certainement la clé pour sortir de ces colonias. C'est aussi le grand défi de toute la communauté hispanique de Brownsville. Plus de Latinos qu'avant font des études universitaires. Mais c'est encore trop peu, selon Alexandre Couture-Gagnon.

Brownsville et la frontière, un autre pays? Pas vraiment, mais il y a une culture, des réalités et des défis bien particuliers dans cet extrême sud texan.

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