L'horloge emblématique Big Ben a sonné à midi, heure de Londres, ses 12 derniers coups, avant de se taire pour les quatre prochaines années en raison de travaux de rénovation. Ce silence suscite l'indignation des Londoniens, fortement attachés à ce symbole historique et national.

Plus d'un millier de personnes se sont rassemblées lundi midi pour entendre les derniers sons de cloche.

« Je peux la voir d'où je vis, j'ai vécu ma vie à côté d'elle. Nous perdons une partie de Londres. J'ai 72 ans et je crains que ce soit la dernière fois que je l'entends! On doit tous partir un jour! C'était très émouvant », a raconté une dame à l'AFP.

Le silence de Big Ben a fait grand bruit dans la capitale britannique, si bien que la première ministre Theresa May a appelé à revoir l’arrêt planifié, qui sera le plus long en 157 ans.

Peu après sa déclaration, le Parlement britannique a annoncé qu'un comité examinerait la durée de l'arrêt proposé.

En plein Brexit, les Britanniques sont déjà bien conscients que de telles entreprises politiques peuvent être jonchées de complications et s’étirer beaucoup plus longtemps que prévu.

Le ministre du Cabinet chargé de mener à bien le Brexit a notamment décrit le projet de rénover Big Ben de « fou ».

C'est le Gardien de la Grande Horloge qui a annoncé l'arrêt de Big Ben, un titre qui illustre bien l’attachement romantique qui unit les Londoniens à la célèbre tour.

« Ce programme essentiel de travaux permettra de conserver l’horloge à long terme, et permettra de protéger et de préserver sa demeure, la tour Elizabeth », a déclaré le gardien Steve Jaggs.

Les rénovations colossales de 47 millions de dollars impliquent le démantèlement de l'horloge et le verrouillage des marteaux à cloche. Chaque pièce sera examinée, nettoyée et réparée si nécessaire.

L’horloge devra par ailleurs être recouverte pendant les travaux, ce qui est sûr de décevoir les nombreux touristes qui affluent chaque année dans les rues de Londres.

Seule une façade de l’horloge sera encore visible.

La trame de fond d'une nation

L’auteur du livre Big Ben : la Grande Horloge et les cloches au palais de Westminster, Chris Mackay, a pour sa part souligné l'importance d'assurer la survie de Big Ben.

« Ça ajoute encore 100 ans de vie à la tour, ainsi qu’à l’horloge et ses cloches », a-t-il estimé.

Bien que le nom de Big Ben soit souvent utilisé pour désigner l’ensemble de la structure, c’est en fait le surnom de la Grande Cloche qui résonne toutes les heures de la journée, forte de ses 13,9 tonnes métriques. C’est elle qui sera réduite au silence pour sauver les travailleurs de dommages auditifs certains.

L’ancienne directrice des Archives parlementaires britanniques, Caroline Shenton, a quant à elle rappelé le rôle historique de l'horloge. « C’est la trame de fond de notre vie nationale », a-t-elle déclaré.

Mme Shenton est également l’auteure du livre La Guerre de M. Barry, qui retrace la construction des chambres du parlement britannique.

Elle a souligné que les sons de cloche annonçaient les célébrations nationales comme les temps de deuil.

Le son distinctif a même informé le pays de la fin de la Première Guerre mondiale, résonnant à 11 h, le 11 novembre 1918.

Elle a également retenti lors de la Deuxième Guerre mondiale, même si Londres avait été bombardée par les airs.

Ainsi, le « Blitz », nom donné à la campagne de bombardements menée par l’Allemagne, n’aura pas réussi à faire taire Big Ben, mais la santé et la sécurité y seront parvenues. Cette analogie est pratiquement devenue un dicton cette semaine en Grande-Bretagne.

Enregistrer le son des cloches?

Les Londoniens étaient nombreux à penser, lundi, alors qu'ils écoutaient les derniers coups de l'horloge, qu’il n’y avait là aucune raison de célébrer.

Le député travailliste de l'ouest de Londres, Steve Pound, parle plutôt d’« une journée sombre dans l'histoire britannique ».

M. Pound estime qu’il serait dommage de faire taire un symbole de la démocratie.

Il suggère de considérer d’autres options, par exemple de faire jouer un enregistrement du son de cloche, ou encore d’en réduire la fréquence.

Selon le projet actuel, les cloches ne sonneront que deux fois par an, soit à l’occasion du jour du Souvenir, et au Nouvel An.

Certains croient plutôt que l’arrêt est un complot visant à empêcher la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne.

Ils s'appuient sur le fait que, plus tôt cette année, un porte-parole du bureau de la première ministre avait déclaré que le Brexit entrerait en vigueur lorsque Big Ben sonnera minuit le 30 mars 2019.

Cette théorie estime que, sans cloche, il ne pourra pas y avoir de Brexit.

Les grands changements politiques n'ont pourtant pas l'habitude de se soumettre aux contraintes du temps.

Avec les informations de Thomas Daigle, de CBC News

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