Depuis quelques semaines, des avions russes survolent le ciel de la Syrie et bombardent au sud d'Al Bab, le dernier bastion détenu par le groupe armé État islamique à l'ouest de Raqqa, le château fort du groupe en Syrie.

Jusqu’ici, rien d’étonnant. Mais ces plus récentes opérations russes sont menées non pas à la défense du régime syrien, mais au service de la Turquie, qui a lancé en novembre dernier une opération militaire pour déloger le groupe armé État islamique de la ville d’Al Bab. Une opération qui s’enlise.

Une improbable alliance qui a de quoi choquer les observateurs de longue date du conflit syrien.

D’un côté, Recep Tayyip Erdogan, le président turc, qui exige le départ de Bachar Al-Assad et soutien des groupes armés s’opposant au régime syrien depuis le début du conflit en Syrie. De l’autre, Vladimir Poutine, le dirigeant russe, à qui, avec l’Iran, Bachar Al-Assad doit non seulement la victoire de ses troupes à Alep en décembre dernier, mais plus largement sa survie à la tête d’un pays morcelé par une guerre qui s’éternise.

Une collaboration improbable

Comment deux hommes aux objectifs affichés aussi diamétralement opposés en sont-ils venus à collaborer?

Les premiers signes d’un rapprochement turco-russe se sont pointés en août dernier, lors d’une visite officielle du président Erdogan à Saint-Pétersbourg, en Russie. C’était à peine plus de deux semaines après la tentative de coup d’État manqué en Turquie.

Le dirigeant turc ne cachait pas alors une profonde irritation envers les États-Unis, à qui il demandait d’extrader Fethullah Gülen, le prédicateur en exil aux États-Unis, accusé par le gouvernement turc d’avoir orchestré le putsch infructueux. Un clivage entre deux partenaires de l’OTAN que Vladimir Poutine, lui même de plus en plus en froid avec l’Occident depuis l’annexion de la Crimée en 2014, n’a pas manqué d’exploiter.

Alors qu’Alep poursuivait sa lente agonie à la fin de l’année, le silence inhabituel d’Ankara est en quelque sorte venu consolider les bases d’une relation renouvelée avec Moscou.

Pour le président Erdogan, l’acceptation de la dominance russe en Syrie est une position pragmatique. Si la Turquie souhaite bien la paix en Syrie, le départ de Bachar Al-Assad semble un objectif secondaire. Surtout, il n’est pas question de laisser les Kurdes de Syrie s’établir et prendre racine le long de la frontière turque.

Voilà une autre pomme de discorde avec les États-Unis, pour qui les combattants kurdes représentent la force terrestre la plus efficace dans la lutte contre Daech en Syrie. Pour ne pas attiser la colère de la Turquie, les États-Unis se gardent d’armer directement les combattants du YPG. Mais ça ne suffit pas pour la Turquie, qui perçoit les Kurdes de Syrie comme le simple prolongement du Parti des travailleurs kurdes, le PKK, un groupe d’insurgés en Turquie et en Irak. Les Turques accusent le PKK d’être responsable de la mort de dizaines de ses soldats et policiers au cours des derniers mois.

La puissante Russie

La reprise d'Alep par le régime syrien et ses alliés iraniens et russes a mis en relief une nouvelle organisation d’un échiquier politique complexe au Moyen-Orient sur lequel l'Occident n’arrive pas à s’imposer. La Russie domine avec sa force brute. L’effacement occidental profite également à l’Iran, qui rivalise d’influence avec les monarchies du Golfe, notamment l’Arabie saoudite et le Qatar.

Fin décembre, avec en poche un cessez-le-feu négocié avec la Turquie qui survit difficilement, Vladimir Poutine a annoncé la reprise des négociations de paix pour la Syrie non pas à Genève, mais à Astana, la capitale du Kazakhstan. La Turquie et l’Iran, l’autre grand vainqueur à Alep, sont conviés. Mais ni les États-Unis, ni l’Europe ou les Nations unies n'ont reçu un carton d’invitation. L’Arabie saoudite et le Qatar, qui avec la Turquie sont les grands parrains d’une majorité de rebelles, sont aussi mis au banc du processus.

Depuis le début de la guerre, c’est la première fois que l'Occident est évacué d'une initiative diplomatique sur la Syrie. La conséquence, croient plusieurs, d’une politique faite de demi-mesures, d’hésitations et de reculs de la part du président Obama et des dirigeants européens.

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