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Ce qu'ExxonMobil n'a pas dit au sujet des changements climatiques

Selon une étude effectuée par deux professeurs de l'Université Harvard, le géant pétrolier ExxonMobil tient un double discours depuis 40 ans sur les effets des changements climatiques, entretenant le doute sur cette situation dans ses communications publiques tout en reconnaissant, en privé, que ce phénomène est réel.

Les auteurs de l'étude, Naomi Oreskes et Geoffrey Supran, voient « une contradiction systématique entre ce qu'Exxon disait du changement climatique dans des cercles privés ou universitaires et ce que l'entreprise disait au public dans le New York Times », selon ce qu'a expliqué M. Supran.

Leur article, paru dans Environmental research letters, est la suite d'une enquête du site InsideClimate News publiée à l'automne 2015. Les historiens des sciences que sont Oreskes et Supran ont analysé 187 documents produits par la pétrolière américaine entre 1977 et 2014 : publications scientifiques, documents internes et tribunes payantes dans le New York Times.

Ils ont établi que 83 % des publications scientifiques et 80 % des documents internes étudiés reconnaissent que le changement climatique est « réel et causé par les hommes », alors que « 81 % des tribunes parues dans le New York Times expriment un doute » à ce sujet.

ExxonMobil sur la sellette

S'ils reconnaissent que l'entreprise a été fautive sur le plan éthique, les chercheurs ne peuvent toutefois pas affirmer qu'elle a enfreint les lois.

Mais leurs conclusions pourraient fournir des munitions aux employés actuels et anciens de la pétrolière qui avaient acheté des actions de cette dernière et qui la poursuivent désormais en justice. À l'instar d'autres actionnaires qui ont aussi entrepris des procédures contre ExxonMobil, ces employés affirment avoir été leurrés par les fausses ou les trompeuses déclarations d'ExxonMobil sur les risques financiers des changements climatiques, des risques qui ont pu affecter la valeur de leur portefeuille.

Le mois dernier, trois communautés de la Californie ont entamé des poursuites contre 37 entreprises des secteurs du pétrole, du gaz et du charbon, dont ExxonMobil, parce qu'elles croient que ces entreprises ont contribué à hausser le niveau de la mer tout en menant « des efforts coordonnés et multiples pour camoufler et nier leur connaissance de la menace posée par les changements climatiques ».

De plus, les procureurs généraux de New York et du Massachusetts enquêtent pour savoir si ExxonMobil a enfreint les lois protégeant les consommateurs et les investisseurs et celles portant sur la corruption.

Des actifs dont la valeur pourrait chuter

La question est de savoir si, en minimisant sciemment les risques environnementaux et financiers des changements climatiques, la pétrolière a camouflé le fait que ses réserves pétrolières et gazières puissent devenir inexploitables, ce qui plomberait notamment sa valeur en bourse.

ExxonMobil nie avoir caché son jeu

Le chercheur Geoffrey Supran affirme que dans une déclaration, ExxonMobil s'est dite en désaccord avec les conclusions de l'étude et a affirmé que ses déclarations sur les politiques publiques et la science du climat « avaient toujours reflété les connaissances globales sur le sujet ».

ExxonMobil tire ses lointaines origines de la Pennsylvanie, où deux Américains avaient exploité avec succès un premier puits de pétrole en 1859. Onze ans plus tard, John D. Rockefeller et ses associés créent Standard Oil, un empire qui sera démantelé en 1911 en vertu d'une décision de la Cour suprême des États-Unis. Par la suite, au gré des acquisitions et des changements de noms naîtra ExxonMobil.

La pétrolière fut dirigée entre 2006 et 2016 par Rex Tillerson qui affirmait, il y a quelques années, que l'entreprise avait « de manière continue, publique et ouverte cherché et discuté des risques liés au changement climatique ».

En décembre 2016, le président américain Donald Trump a nommé Rex Tillerson au poste de secrétaire d'État au sein de son administration.

Quant aux Rockefeller ils ont, par une sorte d'ironie de l'histoire, réorienté leurs investissements de manière à soutenir la lutte contre les changements climatiques. En septembre 2014, des milliardaires et des fondations philanthropiques, dont la fondation des frères Rockefeller, se sont engagés à réduire de 50 milliards de dollars leurs investissements dans l'industrie des combustibles fossiles et ce jusqu'en 2019.

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