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Ce que la science politique doit retenir de Trump

Donald Trump n'a jamais été aussi près du pouvoir. Le candidat républicain à la présidence pourrait bien devenir le 45e président des États-Unis. Pourtant, qui aurait pu parier sur cette possibilité il y a un an à peine? La science s'est-elle « trumpée »? L'avis de trois experts.

Un texte de Gildas Meneu

« Un des problèmes dans les sondages, ce sont les êtres humains qui ont des comportements aléatoires », explique Pierre Martin, directeur de la Chaire d'études politiques et économiques américaines à l'Université de Montréal, l'un des invités du Bar des sciences de l'émission Les années lumière. « Les prédictions probabilistes donnent de meilleures chances de réussite, mais aussi des chances de se tromper. Actuellement, les probabilités donnent 7 chances sur 10 à Hillary Clinton de gagner. C'est donc 3 chances sur 10 de se tromper! »

La science politique n'est pas une science exacte, même si les maisons de sondage disposent de nombreux outils mathématiques pour établir des projections.

« Certains phénomènes comportent trop de variables, ajoute Pierre Martin. C'est une réalité trop complexe. Par exemple, les primaires. C'est un moment du cycle électoral qui est particulièrement difficile à juger et à prédire. La compétition se passe entre un grand nombre d'individus. Il y a donc une grande part d'aléatoire dans ce cas. »

Le mystère des primaires

« On a souvent dit, lors des primaires, que ce sont les élites qui finalement décident des candidats », ajoute Rafael Jacob, chercheur associé à l'Observatoire des États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand à l'Université du Québec à Montréal (UQAM). « Mais cette théorie est jeune, note-t-il. Nous disposons de trop peu d'observations pour conclure que cette hypothèse est vraie. »

« Aux primaires, le principal objectif est de se faire connaître », modère M. Martin.

La science peut donc se tromper. Mais pas si fréquemment, selon Jacques Priol, président de CIVITEO Conseil et stratégie, en France.

« On parle plus de la science quand elle se trompe! Dans les sondages, on a vu de véritables fiascos en France, notamment lors de la campagne présidentielle de 1995, alors que deux candidats du même parti se présentaient au premier tour. Tout le monde s'est trompé! La science du sondage fonctionne avec des échantillons et des projections complexes, précise-t-il. Il y a une grande part d'extrapolation et des corrections de données très importantes. »

La science s'est-elle trompée? La réponse de Rafael Jacob :

À quoi servent les sondages?

Tout simplement « parce qu'il y a une demande pour cette connaissance », affirme Pierre Martin. « Mais les études démontrent que les sondages ont en fin de compte peu d'influence sur le cours des élections. »

La présidentielle américaine 2016 - notre section spéciale

Des sondés pas toujours honnêtes

Qui a commandé le sondage? Comment sont posées les questions? Pour Rafael Jacob, l'électeur n'est pas toujours honnête.

« En science politique, nous sommes victimes ici de ce qu'on appelle le biais d'acceptabilité, c'est-à-dire que le citoyen répond en fonction du sondeur. Un exemple : lorsqu'on demande par sondage si les gens fument, on va obtenir un taux de fumeurs de 20 %. Mais si on était capable de croiser des données beaucoup plus précises sur le terrain, on arriverait probablement à un taux de 25 %, mentionne-t-il. On constate aussi régulièrement qu'il y a moins de votes que de gens qui disent avoir voté lors d'un sondage. »

La solution des données massives

Les données sur les individus se multiplient. Mais les maisons de sondage continuent d'utiliser la bonne vieille méthode de l'échantillon. Ce qui pourrait changer, selon Jacques Priol.

« Un sondage, c'est 1000 personnes, souligne M. Priol. Alors qu'on peut ramasser les données de millions de gens pour comprendre comment se comporte la population. On peut regarder les données précédentes et en ajouter de nouvelles, sur les revenus, les diplômes, etc. On regarde alors si ces données donnent des explications. On peut aussi utiliser les réseaux sociaux, notamment grâce à leur capacité à embarquer des gens dans une campagne virtuelle. Tellement efficace qu'on se demande alors pourquoi faire campagne. C'est une logique inquiétante, mais aussi une manière différente d'observer le réel. »

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