Retour

Ceux que le président Trump déçoit vraiment

ANALYSE - Donald Trump est président des États-Unis depuis plus de 30 semaines. La plupart de ses idées phares semblent encore loin de devenir réalité. Est-ce pour cela qu'une partie de la droite envoie des signaux d'alarme?

L’été a été chargé pour le président. Au travers des politiques, des tweets et des controverses, les Américains commencent à dresser un constat : les principales promesses de Donald Trump ne se réalisent pas.

« Sévère déception. Suprême déception. » Des mots durs, sortis de la bouche de Tony Sciullo. Président d’une compagnie d’assurances, il a voté Trump en novembre. Il habite Pittsburgh, l’une de ces villes que le président dit représenter fièrement.

Complet rayé et foulard jaune en poche, M. Sciullo participait mardi soir à une séance d’analyse (focus group) pour l’université Emery, à Atlanta. Un exercice avec un groupe d’une douzaine de personnes choisies au hasard pour bien représenter l’ensemble de la population du pays : cinq ont voté pour Donald Trump, six pour la démocrate Hillary Clinton et une pour la candidate du Parti vert, Jill Stein.

Dans ce groupe, où les discussions étaient modérées par le sondeur Peter D. Hart, fondateur de Hart Research, les quatre autres électeurs ayant voté républicains ont aussi exprimé leur déception.

« On n’est pas en 7e manche, encore », expliquait David Turner, un machiniste à la posture bien rigide, faisant référence au dernier tiers d’un match de baseball. Mais « il doit se cultiver, s’investir et aller dans la direction pour laquelle j’ai voté ».

Cette direction, elle est probablement plus populiste : le mur à la frontière mexicaine, l’assurance maladie moins chère, des emplois pour les Américains ordinaires, moins d’aventures militaires à l’étranger.

Courtiser les républicains traditionnels

Bien sûr, ce ne sont pas les préférences de tous ceux qui ont voté Trump. Il est utile de se le rappeler : le président a été élu grâce à l’appui de groupes aux intérêts parfois contradictoires.

Justement, les récentes politiques venant de Washington semblent pointer dans la direction plus centriste. Plus près des intérêts traditionnels républicains : réduction des impôts, du rôle de l’État dans la vie des entreprises et des citoyens.

Il n’y a qu’à regarder les décisions majeures prises en août : envoyer davantage de soldats en Afghanistan et renvoyer le controversé conseiller Steve Bannon, l’un des plus grands défenseurs des idées nationalistes à la Maison-Blanche.

En théorie, la renégociation de l’ALENA pourrait faire avancer des objectifs nationalistes. Malgré le ton colérique du président, le mandat des négociateurs américains se rapproche plus des intérêts des grandes entreprises.

Même chose avec cet objectif de réformer en profondeur les lois sur l’impôt. Les changements suggérés devraient favoriser davantage les actionnaires que les travailleurs.

Des signaux envoyés au président

« Les réductions d’impôts, c’est une priorité de second mandat », a lancé la commentatrice Ann Coulter, une voix influente à droite. LA priorité doit être le mur à la frontière sud, répète-t-elle à ses dizaines de milliers d’auditeurs.

Ann Coulter n’est pas la seule à sembler inquiète. Le discret, mais très influent Matt Drudge, créateur du blogue conservateur Drudge Report, a aussi lancé quelques flèches en direction du président cet été. « L’histoire se répète » avait-il écrit, en relayant une manchette au sujet de vieux problèmes de Donald Trump.

Certains observateurs y voient des signaux envoyés au président par ces populistes qui l’ont aidé à se démarquer en campagne. Des gens qui voyaient en lui un politicien différent des autres.

Depuis qu’il est en poste, Donald Trump a bousculé l’ordre établi à Washington, politiciens et médias inclus. Mais du concret, il y en a peu, outre la nomination d’un juge conservateur à la Cour suprême et le retrait de l’Accord de Paris sur le climat.

Est-ce parce que le président ne veut pas faire avancer ses priorités populistes? Est-ce plutôt parce qu’il est trop influencé par une faction plus centriste à la Maison-Blanche? Est-ce de l’incompétence?

Donald Trump, lui, semble surtout jeter la faute dans la cour des élus. L’adversaire démocrate… mais l’allié républicain également. Une cible facile : ces élus sont encore moins populaires que lui.

Après huit mois tumultueux, bien des Américains qui ont voté Trump espèrent encore qu’il réussisse. Dans la salle de réunion de Pittsburgh, plusieurs ont déploré le bouillant tempérament du président, son manque de discipline.

La confiance de partisans comme Tony Sciullo semble fragile. « J’espère et je prie pour que [Donald Trump] change vraiment », expliquait-il en regardant le plafond avant de laisser tomber : « C’est peu probable… »

Plus d'articles

Commentaires