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Cinq accusations de meurtre contre l'auteur présumé de la tuerie au Capital Gazette

Cinq accusations de meurtre au premier degré ont été déposées contre l'auteur présumé de la tuerie perpétrée jeudi dans la salle de rédaction du Capital Gazette, basé à Annapolis, au Maryland. Il s'agit de Jarrod Warren Ramos, un homme de 38 ans qui avait eu des démêlés avec la justice et qui était en guerre contre le quotidien.

En conférence de presse vendredi, le chef de la police du comté d’Anne Arundel, Timothy Altomare, a confirmé que le suspect a été arrêté dans les locaux du journal, tapi sous un bureau, deux minutes après que la police eut été appelée sur les lieux.

Il était muni d’un fusil à pompe, acheté légalement environ un an plus tôt, et avait d'autres « engins » sur lui. Selon plusieurs médias américains, il s'agirait de grenades fumigènes.

« Ce gars était là pour tuer le plus de gens possible », a-t-il déclaré sans détour, après avoir affirmé que l'intervention rapide des forces de l'ordre avait permis « sans aucun doute » d'empêcher qu'il ne fasse plus de victimes.

Selon M. Altomare, les policiers qui ont fouillé sa résidence dans les heures suivant la tragédie ont trouvé des preuves que son attaque était planifiée. Il n'a pas donné de détails, sinon pour préciser qu'aucun « manifeste » n'a été découvert.

Les policiers ne désignent aucun autre suspect dans cette affaire et n'ont aucune raison de croire qu'il avait des complices, a-t-il aussi affirmé.

Le chef Altomare a aussi répété que le tireur n'avait pas coopéré avec les policiers, et qu'il a été identifié grâce à un logiciel de reconnaissance faciale.

Signe des temps, le chef Altomare a même refusé de prononcer le nom du suspect lors de sa conférence de presse. « Il ne mérite pas qu'on parle de lui une seconde de plus », a-t-il laissé tomber.

Pas de motifs, mais des soupçons

Le chef d'Altomare n'a pas voulu s'avancer sur les motifs qui ont pu pousser le suspect à assassiner des journalistes, mais a reconnu qu'il avait eu des démêlés avec la justice, puis avec le Capital Gazette.

Des documents judiciaires déterrés par la presse américaine laissent effectivement croire qu’il pourrait avoir agi par vengeance, après avoir perdu une poursuite en diffamation contre le journal en 2015.

Il alléguait avoir subi des préjudices dans la foulée d’un article publié en 2011 par le quotidien après qu’il eut plaidé coupable à des accusations de harcèlement criminel. La plainte avait été déposée par une ancienne collègue de classe.

La poursuite en diffamation a été rejetée, le tribunal n’ayant vu aucune preuve que ce qui avait été publié par le quotidien était faux. Une cour d’appel a maintenu ce jugement par la suite.

Ramos avait entre-temps ouvert un compte Twitter illustré par une photo de l'auteur de l'article en question, et a affiché des centaines de messages concernant sa poursuite.

Il y a également publié des messages faisant référence à d'autres attaques contre des journalistes, dont l'attentat contre Charlie Hebdo et le meurtre en direct de deux journalistes de la Virginie.

Des menaces qui n'ont pas abouti à une plainte formelle

Un ancien éditeur du quotidien, Tom Marquardt, affirme qu’il a longtemps entretenu des inquiétudes envers le suspect, en raison des menaces contre le Capital Gazette et ses employés qu'il faisait sur les réseaux sociaux.

Interrogé par le Capital Gazette, il dit avoir appelé la police au sujet de Ramos en 2013, et avoir même considéré demander une ordonnance judiciaire de non-communication contre lui.

Au Los Angeles Times, M. Marquardt a précisé que la police n'a pas pu l'arrêter et que le journal a hésité à entreprendre des poursuites contre lui.

« La théorie, à l'époque, c'était : "Ne le mettons pas en furie plus qu'il ne le faut. Plus on va agiter ce gars, pire ce sera" », a-t-il expliqué.

En conférence de presse, le chef Altomare a confirmé cette histoire. Il soutient qu'un enquêteur de son service a été affecté au dossier en 2013, mais que le quotidien n'a pas voulu porter plainte. « Ils craignaient qu'en faisant cela, ils allaient exacerber une situation déjà inflammable », a-t-il résumé.

Il a dit ne pas croire que son service avait été négligent dans ce dossier.

« Nous allons publier ce foutu journal demain »

Quelques heures à peine après la tuerie, le Capital Gazette a publié son édition du jour, tel que promis. « Nous allons publier ce foutu journal demain », avait écrit le quotidien sur Twitter vers minuit.

Sur la page couverture, le journal diffuse les photos des cinq employés qui ont perdu la vie dans cette attaque. Il s'agit de :

  • la journaliste de longue date Wendi Winters;
  • la coordonnatrice aux ventes et à la publicité Rebecca Smith;
  • le chroniqueur Robert Hiaasen;
  • l'éditorialiste en chef Gerald Fischman;
  • le journaliste sportif John McNamara.

Deux autres employés ont été transportés à l'hôpital après avoir subi des blessures, mais ont depuis reçu leur congé.

Aucun article n'a cependant été publié dans la page d'opinion traditionnelle du Capital Gazette, remplacée par ce seul message : « Aujourd'hui, nous sommes sans voix. Cette page est laissée blanche intentionnellement pour commémorer les victimes de la tuerie de jeudi dans nos bureaux ».

« Demain, cette page retrouvera sa raison d'être habituelle d'offrir à nos lecteurs des opinions informées sur le monde qui nous entoure, pour qu'ils soient de meilleurs citoyens. »

Le Capital Gazette, qui a une trentaine d'employés, est une propriété du Baltimore Sun. Il a été fondé sous le nom d'Evening Gazette en 1884, mais soutient que ses racines remontent au Maryland Gazette, publié pour la première fois en 1727.

Le maire d'Annapolis, Gavin Buckley, soutient que sa communauté, forte d'environ 40 000 habitants, est en deuil.

Le Baltimore Sun n'a pas tardé à faire savoir qu'il donnerait un coup de main au Capital Gazette pour les semaines à venir. L'agence Associated Press a aussi promis d'aider le personnel à surmonter cette épreuve.

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