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Climat : 6 questions à Rahm Emanuel, maire de Chicago

Rahm Emanuel est le maire de Chicago depuis 2011, après avoir été pendant des années le chef de cabinet du président Obama. Œuvrant auparavant dans l'entourage de Bill Clinton, on lui devrait la fameuse poignée de main entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat en 1993. Surnommé « Rahmbo » par certains, il s'est taillé une réputation d'homme à la poigne de fer. Nous l'avons rencontré en marge du congrès Metropolis à Montréal.

Une entrevue d'Étienne Leblanc, journaliste spécialisé en environnement

1. Que peut faire une ville comme Chicago pour faire contrepoids à la décision de Trump de se retirer de l’Accord de Paris?

Réponse : Il y a une dynamique économique qui fait en sorte que peu importe ce que dit Donald Trump, les faits ne changeront pas : le charbon est plus cher que le gaz naturel; le solaire et l’éolien coûtent de moins en moins cher, et la capacité de stockage du solaire augmente sans cesse, c’est une révolution technologique.

Bref, lorsqu’il s’agit d’environnement et de création d’emplois, il y a des facteurs économiques qui sont plus forts qu’une déclaration présidentielle.

Les villes ont le pouvoir d’en faire beaucoup, de pallier le manque de leadership du gouvernement central. Nous pouvons agir sur la modernisation des immeubles, sur l’ajout d’autobus hybrides, sur l’ajout de pistes cyclables. Nous pouvons investir massivement dans le transport en commun.

À Chicago, nous n’avons jamais eu un taux de chômage aussi bas qu’au cours des dernières années, et pourtant, nous avons diminué nos émissions de gaz à effet de serre de 7 % entre 2010 et 2015. Vous pouvez faire croître votre économie sans nuire à l’environnement, c’est possible!

Nous avons aussi fait fermer deux centrales au charbon. Ce sont des choses que nous allons continuer à faire.

Aussi, une des choses que nous pouvons faire pour pallier le manque de leadership des États-Unis sur l’action concertée [Common Action], c’est de faire équipe avec des villes comme Montréal, Paris, Berlin, Tel-Aviv, Buenos Aires, Toronto, etc.

Les maires de ces villes, et surtout ceux des villes américaines, peuvent combler le vide, pour ne pas que le leadership historique des États-Unis disparaisse.

2. Il s’agit donc pour les villes de jouer un rôle diplomatique sur la question climatique?

Réponse : Il y a plusieurs enjeux sur lesquels les villes peuvent agir aux États-Unis : l’immigration, la question des réfugiés, les changements climatiques… Dans ces domaines, les villes vont continuer à jouer un rôle croissant, parce que les États-nations ne le font pas. Je crois que la centaine de villes qui mènent le monde actuellement sur le plan économique, intellectuel et culturel vont continuer à combler le vide qui existe.

3. Quel poids avez-vous en tant que ville pour changer concrètement les choses sur la question climatique?

Réponse : Je pèse 67 kilos, dépouillé et mouillé! (rires). Plus sérieusement, nous pesons lourd dans la balance. L’action concertée était jadis réservée aux États-nations. Mais il y a une métamorphose qui s’opère actuellement.

L’action commune sera de plus en plus le lot des leaders locaux. Nos citoyens se sentent plus proches de leurs gouvernements locaux que de l’État-nation.

4. Quelles sont vos sources de revenus pour agir sur la question climatique?

Réponse : Nous faisons des choix financiers, comme tous les gouvernements. Nous avons aussi de l’argent qui provient d’un fonds de l’État qui est obligé, par la loi, de redistribuer aux gouvernements locaux une partie des impôts sur le revenu des contribuables.

Nous avons aussi des revenus fonciers. Parfois, nous faisons des collectes de fonds. C’est ce que nous avons fait en partie pour les transports en commun, et je suis tout à fait pour! La liberté n’est pas gratuite!

5. En quoi le secteur privé contribue-t-il à atteindre vos objectifs?

Réponse : Je vous donne un exemple. À Chicago, nous avons mis en place une règle qui impose aux propriétaires privés d’immeubles de plus de 4600 mètres carrés (50 000 pieds carrés) de rendre publique leur consommation d’énergie.

Plus les citoyens auront accès à des informations de la sorte, plus les entreprises du secteur privé seront incitées à devenir de meilleurs citoyens corporatifs.

Ça ne nous a rien coûté! Nous avons seulement rendu l’information publique.

6. Quels exemples d’actions prises pour lutter contre les changements climatiques donnez-vous quand vous allez à l’étranger?

Réponse : Je parle souvent de ce que nous faisons pour créer des espaces verts.

Nous avons le lac [Michigan] à Chicago, avec ses 29 kilomètres de plages publiques, ses pistes cyclables, son sentier de course à pied et ses parcs tout le long de l’eau. Maintenant, ma priorité, c’est la rivière Chicago. Ce sera le 2e grand parc de la ville.

Nous avons aussi demandé à nos grands architectes de concevoir des bibliothèques dans les immeubles qui abritent des logements sociaux. Nous avons donc des immeubles efficaces au point de vue énergétique, et les citoyens ont accès à un nouvel espace et à des livres dans leur quartier.

C’est unique aux États-Unis.

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