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Climat : à quoi aura servi la grand-messe de la conférence de Marrakech?

Vue de loin, la conférence de Marrakech peut apparaître un peu superflue. Pourquoi des milliers de personnes, dont environ 80 chefs d'État et de gouvernement, doivent-elles dépenser des millions de dollars pour se réunir une fois de plus et discuter de changements climatiques? N'avait-on pas déjà signé une entente historique l'année dernière à Paris? À quoi aura servi la COP22 de Marrakech? Questions légitimes.

Le communiqué final des Nations unies sur la conférence de Marrakech porte ce titre laconique : « Les nations avancent l’action climatique à la Conférence climat 2016 ». On lit ce titre et on se dit : tout ça pour ça?

C’est une réaction qui est souvent entendue chez ceux qui suivent d’un œil distrait les négociations sur la question climatique. Et on peut les comprendre.

L’Organisation des Nations unies (ONU) est experte pour rendre les choses compliquées. En utilisant pour commencer un jargon qui a de quoi donner le vertige.

Pardon? Ça bloque encore sur les MDP? La secrétaire générale de l’UNFCCC ne sera pas contente! On renvoie ça au APA 1-2 ou au SBSTA? Chose certaine, les choses se corsent pour la COP23/CMP13/CMA2, non? Et en plus, il y a le GEF qui est toujours presque vide!

Et pourtant, ce qui se passe dans ces conférences, bien que cela semble futile et inutile, fait avancer les choses. Pas toujours, mais parfois.

L’accord de Paris : et après?

La conférence de Paris en décembre 2015 est le meilleur exemple d’une conférence internationale qui change les choses. Pensez-y : le seul fait de rassembler 195 pays dans un accord sur le climat, c'est un exploit en soi. Autant de pays dont certains extrêmement pauvres, dont certains sont en guerre, dirigés par des dictateurs, criblés de dettes ou enrichis par l'exploitation pétrolière.

Ne serait-ce que pour cela. Pour cette improbable union d'intérêts si divergents, on se souviendra longtemps de l'accord de Paris.

C’est sans parler de l’exploit d'avoir pu créer un consensus autour d’un accord aussi complexe! L’accord de Paris sur les changements climatiques dépasse de loin les seules questions environnementales. C’est une entente d’une complexité inédite, qui combine la finance internationale publique et privée, l’aide aux pays en développement, la coopération scientifique, le transfert de technologie, le développement de l’agriculture et de multiples autres outils qui visent à régler un problème difficile : comment faire pour convaincre les êtres humains de changer leur mode de vie pour retrouver une planète décarbonée?

Un cadre

Mais aussi exceptionnelle qu’elle soit, cette entente ne reste qu’un cadre. Un cadre qui n’attend qu’à être mis en application pour vraiment commencer à changer les choses et améliorer le sort des êtres humains.

C’était ça, la conférence de Marrakech : s’entendre sur les manières de mettre en application tous les principes sur lesquels 195 pays se sont entendus à Paris l’année dernière.

Encore une fois, ce sont de grands mots. « Mise en application », « mise en œuvre », etc. Mais c’est pourtant très concret.

On parle de quoi?

La question la plus épineuse à Marrakech était certainement celle de l’argent. Le principe est simple : ce sont les pays industrialisés qui sont responsables, historiquement, du problème des gaz à effet de serre, et ce sont les pays en développement qui subissent le plus intensément les effets du réchauffement. C’est pourquoi, à Paris, les pays riches se sont engagés à assister financièrement les pays du sud pour les aider à lutter contre les changements climatiques, et à s’adapter à leurs effets.

La promesse est de constituer un fonds de 100 milliards de dollars par année d’ici 2020.

De quoi parle-t-on ici? De choses très concrètes.

On parle d’un pays qui subit à répétition des sécheresses et qui demande de l’aide pour améliorer ses systèmes d’irrigation.

On parle d’une ville dont les maisons pseudo-modernes sont tellement mal conçues qu’elles deviennent des fours quand les canicules – de plus en plus intenses – frappent le pays.

On parle de former des ingénieurs, des urbanistes et des architectes locaux, pour qu’ils comprennent comment mieux développer des projets afin de minimiser les risques lors d’une catastrophe naturelle.

On parle de financer des recherches pour créer des semences de riz et de blé pour qu’elles résistent mieux aux événements climatiques extrêmes.

On parle d’améliorer les systèmes de prévision météorologique, afin que les agriculteurs et les autorités locales puissent mieux prévoir les récoltes. Pour un Canadien, cela peut sembler bien futile, car le Canada a probablement le système météo le plus performant au monde. En Afrique, la situation est très différente…

On parle de fournir de petites cuisinières solaires pour éviter que les femmes – ce sont surtout elles qui le font – aient à marcher des kilomètres pour aller chercher du bois dans une forêt déjà décimée par ses habitants.

Autant de projets concrets qui, s’ils sont bien faits, peuvent véritablement améliorer le sort des gens.

À Marrakech, on essaie de s’entendre sur un système qui va faire en sorte que l’argent se rende dans les bonnes poches et serve à ce pour quoi il était destiné. Les pays riches exigent de la transparence dans le transfert des fonds et une reddition de comptes. Les enjeux sont complexes. Mais si elles aboutissent, ces discussions pourront débloquer des fonds qui auront de véritables retombées.

Mesurer, vérifier

Pour signer l’accord de Paris, les pays devaient obligatoirement déposer à l’ONU leurs propres cibles de réduction des émissions. Des cibles volontaires, mais officiellement enregistrées dans l’accord.

La question : une fois l’accord entré en vigueur (il l’est depuis le 4 novembre dernier), comment s’assurer que les pays vont respecter leurs promesses? Comment s’assurer que les données fournies par les différents pays sur leurs propres réductions d’émissions sont fiables?

C’était l’autre grand enjeu de Marrakech : mettre en place un système qui permettra de vérifier et de mesurer ces données pour qu’elles soient toutes comparables entre elles.

Mais cette initiative vise à contourner le caractère volontaire de l’accord de Paris. Si les données sont comparables, c’est le poids moral qui va inciter les pays à en faire plus. Quoi, notre voisin a réduit ses émissions plus que nous? Tout le monde nous montre du doigt! Il faut faire mieux!

Marrakech : un lieu d’échanges

Il fut un temps où les conférences des Nations unies sur le climat ne réunissaient que des experts des différents gouvernements, quelques scientifiques, des ministres et des ONG. Mais depuis environ une décennie, la situation a radicalement changé.

Les conférences sur le climat sont devenues l’un des lieux d’échanges les plus importants de la planète. Les COP, comme on les appelle dans le jargon, se sont transformées en grandes foires économiques où des centaines d’entreprises échangent idées, projets et concepts pour développer leur produit; où de jeunes entreprises viennent chercher des fonds pour développer leur nouvelle technologie verte; où des institutions financières privées sont présentes pour comprendre comment elles pourraient tirer profit du financement des projets qui permettent de réduire les émissions de GES.

Les COP sont aussi un lieu d’échanges de la société civile, où les groupes de femmes peuvent rencontrer des médecins de l’Organisation mondiale de la santé ou des intervenantes communautaires du programme de l’ONU pour le développement afin d’échanger sur leur quotidien; où les différentes nations autochtones de la planète se réunissent pour forger des alliances afin de mieux défendre leurs droits; où les ONG environnementales sont invitées à assister à certaines séances de négociation fermées, afin que ce qui se passe à l’intérieur ne soit pas discuté derrière des portes complètement closes.

Les plus cyniques diront que c’est inutile. D’autres pensent que ces rencontres climatiques contribuent, tant bien que mal, au progrès de l’humanité.

Deux générations

L’accord de Paris, c’est d’abord une vision de l’avenir. Une vision à laquelle ont adhéré 195 pays, dont 110 qui y croient assez pour avoir ratifié l’entente devant leur parlement. Cette vision prendra des décennies à arriver à terme. Mais la direction est claire.

Il y a des objectifs à l’horizon 2020 (date d’entrée en application de l’accord de Paris), puis 2023 (où chaque pays devra proposer des cibles de réduction plus ambitieuses), et ainsi de suite jusqu’en 2050 où la communauté internationale souhaite ne plus être dépendante des énergies fossiles.

C’est donc une grande montée d’escalier qui va se faire sur environ deux générations. Malgré les déceptions qu’elles suscitent, chaque conférence sur le climat nous rapproche tout de même un peu plus de la plus haute marche.

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