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Colorado : 4 villes, 4 visions sur les armes

Même si les fusillades se multiplient aux États-Unis, la question du contrôle des armes n'a pas été un enjeu important de la campagne présidentielle. Or, cette question divise les électeurs américains et c'est particulièrement frappant au Colorado, un « purple state » comme on appelle ces États qui votent tantôt républicain, tantôt démocrate.

Un texte de Jean-Sébastien Cloutier

Greeley

L'après-midi est superbe au nord du Colorado. Dans un champ près de la petite ville de Greeley, sept étudiants écoutent attentivement leur entraîneur de tir donner ses derniers conseils. Puis ils arment leur fusil et tirent tous ensemble vers les cibles.

C'est la partie pratique de la formation sur les armes à feu offerte régulièrement par l'entreprise Colorado Shooting Sports. Un cours fort populaire d'une journée qui est donné à ceux qui veulent apprendre à utiliser leur arme, à savoir réagir dans une situation dangereuse et à mieux connaître leurs droits.

Parmi les étudiants, une jeune mère de famille, un grand-père et de jeunes célibataires. C'est l'Amérique attachée à ses fusils.

On a parfois l'impression d'être dans une vie virtuelle, en préparation pour un jeu vidéo. Dans le local où la théorie est donnée, les règles de combat de l'entraîneur sont affichées. Parmi ces règles : personne ne viendra vous sauver et il faut tuer ceux qui doivent être tués.

« Avec tout ce qui arrive de nos jours, il vaut mieux avoir une arme pour se sécuriser. Je sais que mes enfants seront en sécurité en cas de danger », dit Crystal Alvarado, une jeune mère de famille, qui semble encore maladroite en manipulant son fusil.

Ce genre de discours est davantage entendu dans les régions rurales du Colorado, plus sympathiques aux républicains.

Littleton

À deux pas de l'école secondaire Columbine, tristement célèbre pour avoir été le théâtre d'une des premières tueries à avoir choqué l'Amérique, le mémorial dédié aux 13 étudiants tués ce jour d'avril 1999 est immense.

Tom Mauser y vient de temps à autre pour se recueillir devant l'hommage à son fils. Il porte les souliers qu'avait Daniel le jour de sa mort, comme c'est toujours le cas lorsqu'il accorde des entrevues. 17 ans plus tard, il retient encore ses larmes: « C'est très symbolique pour moi. Aucun parent ne devrait avoir à porter les souliers de son enfant, mais je dois le faire ».

Bien sûr, il appuie les démocrates dans leur lutte pour un meilleur contrôle des armes, mais il est déçu de constater que cette question n'ait presque pas été discutée dans la campagne, tant au Colorado qu'ailleurs au pays.

« Malheureusement, demandez aux gens quels sont leurs principaux enjeux dans cette campagne et dans bien des cas, le contrôle des armes à feu ne sera même pas dans leur top 5 », déplore Tom Mauser

C'est triste à dire, conclut-il, mais les Américains se sont habitués aux fusillades.

Denver

Devant le capitole au centre-ville de Denver, le démocrate John Morse parle avec amertume de son passé professionnel. Aujourd'hui redevenu comptable, il a perdu son poste de sénateur en 2013 parce qu'il a fait voter des lois pour mieux contrôler les armes à feu au Colorado.

C'est la tuerie du cinéma d'Aurora, en banlieue de Denver, qui avait tout déclenché. Le 20 juillet 2012, un homme armé fait feu en pleine projection du nouveau film de la série Batman. Douze personnes sont tuées et 70 autres sont blessées. « Après cette fusillade, on s'est dit qu'il fallait faire quelque chose », dit John Morse, qui était alors président du Sénat.

Des lois sont alors passées : vérifications obligatoires des antécédents judiciaires pour l'acheteur d'une arme. Et imposition d'une limite de 15 cartouches par chargeur. Ces lois sont toujours en vigueur au Colorado.

Il voit un parallèle à faire avec l'élection présidentielle de mardi, dans ce Colorado un peu plus démocrate que républicain depuis quelques années.

« Il faut aller voter! Si 80 % des électeurs restent à la maison, le Colorado sera rouge... aussi rouge que la Russie! », tonne John Morse, qui constate lui aussi que l'enjeu des armes à feu est resté mineur dans cette campagne.

Colorado Springs

Propriétaire d'un magasin d'armes depuis 1982, Paul Paradis est un de ceux qui ont initié la pétition pour déloger le sénateur Morse dans son comté de Colorado Springs. Derrière son comptoir, il critique les démarches administratives nécessaires pour vérifier les antécédents de chaque acheteur.

Il dit qu'il votera pour Donald Trump parce que c'est lui qui protège ses droits, mais comme bien des républicains, ce sera à contrecoeur.

« Dire que dans ce pays de plus de 300 millions de personnes, ce sont les 2 meilleurs candidats qu'on nous offre! Vivement un vrai homme d'État ou une vraie femme d'État! »

Combien, comme Paul Paradis, iront voter mardi? Au Colorado, les derniers sondages donnent une légère avance à Hillary Clinton.

La présidentielle américaine 2016 - notre section spéciale

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