Retour

Combattre l'extrémisme en s'attaquant à la corruption des élites

Des organisations radicales comme le groupe armé État islamique (EI) ne pourront être vaincues par les puissances occidentales sans une lutte de tous les instants contre la corruption des élites politiques en place dans les pays où ces groupes prospèrent, plaide l'antenne britannique de Transparency International.

Dans un rapport de 44 pages publié mardi, l’organisation non gouvernementale souligne que lutter contre cette corruption devrait constituer la priorité dans la mesure où elle explique l’émergence de groupes comme l’EI en Syrie, en Irak et en Libye, ou Boko Haram au Nigeria.

Selon elle, les pays occidentaux font fausse route en se confinant à présenter ces groupes comme de simples partisans d’une idéologie à combattre.

Les mouvements radicaux comme l’EI prospèrent quand les gens perdent toute confiance en ceux qui sont au pouvoir, quand les responsables profitent de la misère du plus grand nombre, quand la police exploite plutôt qu'elle ne protège et quand les opportunités économiques sont faussées en faveur de quelques personnes bien branchées.

Extrait du rapport

Dans tous les cas de figure étudiés, la corruption des élites en place permet de radicaliser et de recruter des citoyens et alimente le sectarisme, explique Transparency International. Les puissances occidentales qui s’appuient sur ces élites sont dès lors perçues comme des complices, sinon des moteurs de cette corruption.

Cette corruption des institutions nationales facilite en outre le travail de ces groupes radicaux, qui peuvent en bénéficier pour obtenir des armes ou du financement. En Libye et en Irak, par exemple, l’EI s’est livré à des trafics en tout genre, avec la complicité de responsables gouvernementaux, tout en se présentant comme une option au pouvoir en place.

Enfin, la corruption empêche les gouvernements attaqués par ces groupes radicaux de répondre avec efficacité. Après la prise de Mossoul par l’EI, le premier ministre irakien a ainsi admis que l’armée irakienne comptait 50 000 « soldats fantômes », des citoyens officiellement enrôlés et payés – 380 millions par année –, mais qui ne se sont jamais présentés pour combattre, voire n'ont pas été entraînés.

S'il faut retenir quelque chose du Printemps arabe, c'est que les élites politiques qui échouent à répondre aux demandes fondamentales de leur population, et particulièrement de ceux qui accumulent des capacités militaires significatives, représentent la menace la plus sérieuse pour notre sécurité.

Extrait du rapport

« Les gouvernements occidentaux doivent repenser leurs relations avec les Kadhafi, Assad et Maliki à l’avenir », conclut Transparency International.

« Trop de gouvernements occidentaux préfèrent essayer d'influencer ou de modérer le comportement d'autocrates corrompus qu'ils considèrent comme une alternative à l'instabilité, dit l'ONG. Mais au final, les gouvernements corrompus jettent les fondations des futures crises sécuritaires. »

Transparency International propose aux puissances occidentales de lutter contre la corruption des élites en refusant des visas aux responsables gouvernementaux en cause ou en gelant leurs avoirs.

Plus d'articles