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Concert de protestations contre l'abandon par Trump de l'Accord de Paris

« Faute honteuse », décision « funeste » : chefs d'État et leaders internationaux ont été très nombreux à condamner la décision des États-Unis de se retirer de l'Accord de Paris sur le climat.

« On ne peut pas arrêter » la lutte contre le réchauffement climatique, a prévenu le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, appelant tous les pays signataires à « rester engagés » envers l'Accord de Paris.

« Le changement climatique est indéniable et constitue l'une des plus fortes menaces au monde, actuellement et pour le futur de notre planète », a déclaré M. Guterres en marge du Forum international de Saint-Pétersbourg.

Malgré une « grande déception », M. Guterres « fait confiance aux villes, aux États et aux entreprises aux États-Unis pour continuer - avec d'autres pays – [...] à oeuvrer en faveur d'une croissance économique durable et à faible émission de carbone, qui créera emplois de qualité et marchés et assurera la prospérité au 21e siècle ».

Premier pollueur mondial, la Chine a maintenu son intention de mettre en oeuvre l'Accord de Paris.

« Les parties prenantes doivent chérir ce résultat chèrement gagné », a déclaré devant la presse la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, avant de souligner que la Chine prendrait « des mesures concrètes » en réponse au changement climatique.

« Nous tiendrons sincèrement nos obligations », a-t-elle assuré.

La Chine a d'ailleurs annoncé qu’elle intensifierait sa coopération en matière de lutte contre le changement climatique avec l'Union européenne (UE), à l'issue d'un sommet annuel entre Bruxelles et Pékin.

L'Europe comme chef de file

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a, de son côté, jugé « gravement erronée » la décision du président américain, tout en assurant qu'il n'y aurait pas de « retour en arrière ». Le monde « peut continuer à compter sur l'Europe » pour mener la lutte contre le réchauffement climatique, a réagi le commissaire européen à l'Action pour le climat, Miguel Arias Canete.

« Nous sommes plus déterminés que jamais en Allemagne, en Europe et dans le monde à rassembler toutes nos forces » pour faire face au défi climatique, a déclaré vendredi la chancelière allemande Angela Merkel.

« Cette décision ne peut et ne va pas arrêter ceux d'entre nous qui estiment avoir le devoir de protéger la planète », a déclaré la chancelière à Berlin. Mme Merkel a qualifié la décision du président Trump « d’extrêmement regrettable ».

« Et encore, je m'exprime en des termes très mesurés », a-t-elle ajouté.

« Nous avons besoin de cet accord afin de préserver » la planète et « nous allons appliquer nos engagements, notamment en ce qui concerne les financements destinés à aider les pays les plus pauvres et les plus vulnérables », a-t-elle insisté.

Macron lance un appel aux Américains

Le président français Emmanuel Macron a déclaré jeudi lors d’une brève allocution télévisée que Donald Trump « commet une erreur pour les intérêts de son pays et une faute pour l'avenir de notre planète ».

Emmanuel Macron a appelé les « scientifiques, ingénieurs, entrepreneurs, citoyens engagés » américains à « venir travailler en France sur des solutions concrètes pour le climat ».

À ceux « que la décision du président des États-Unis a déçus, vous trouverez dans la France une seconde patrie », a-t-il ajouté.

En réponse au président américain qui s’est dit ouvert à négocier une nouvelle entente « dans des termes justes pour les États-Unis », Paris, Berlin et Rome ont souligné dans un communiqué commun que rien n'était renégociable dans l'Accord de Paris.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau a téléphoné à M. Trump pour lui exprimer « sa déception », et « la volonté soutenue du Canada de travailler à l'échelle internationale pour lutter contre le changement climatique ».

Le Brésil, l’Argentine et le Mexique ont également déploré la décision américaine. Le Mexique continuera à « encourager la coopération internationale, sans restriction, pour que l'Accord de Paris s'applique en totalité ». Le changement climatique « est un fait établi basé sur des preuves scientifiques », insiste le voisin des États-Unis.

« Même sans les États-Unis, 70 % des émissions mondiales restent concernées par cet accord », a déclaré le premier ministre australien.

Le ministre de l'Environnement indien Harsh Vardhan a indiqué que son pays demeurait engagé dans l'Accord de Paris. « En ce qui concerne l'Accord de Paris [...], notre gouvernement reste engagé, quelle que soit la position d'autres, n'importe où dans le monde », a indiqué Harsh Vardhan qui s'exprimait depuis New Delhi.

Le président russe Vladimir Poutine s’est quant à lui refusé à condamner le président Trump pour sa décision de quitter l'Accord de Paris. M. Poutine a plutôt appelé la communauté internationale à un « travail en commun » avec le président américain pour arriver à un accord.

« Je ne jugerais pas Obama, oh je veux dire Trump, pour la décision qu'il a prise », a déclaré M. Poutine lors du Forum économique de Saint-Pétersbourg. Le président russe estime qu’il faut collaborer avec le président américain, « faute de quoi nous ne parviendrons à aucun accord ».

Entre-temps, à Washington, le directeur de l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA), Scott Pruitt, a refusé de dire si Donald Trump croit toujours que le réchauffement climatique a été inventé par les Chinois pour empêcher l'industrie américaine d'être compétitive comme il l'a affirmé pendant la campagne présidentielle.

En conférence de presse à la Maison-Blanche, il a affirmé que l'administration Trump ne s'était concentrée que sur un seul sujet, à savoir si l'Accord de Paris sur le climat était bon ou mauvais pour les États-Unis. Il a ajouté que le président avait conclu que l'accord désavantageait économiquement les États-Unis.

Plus facile à dire qu'à faire

Bien que le président Trump a décidé de retirer son pays de l'Accord de Paris, il ne pourra en sortir avant le mois de novembre 2020, date qui coïncidera avec la prochaine élection présidentielle.

Afin de se retirer de l’accord, un pays doit le signifier par écrit au secrétariat de la Convention-cadre climat de l'ONU (CCNUCC) qui compte 196 États. Il ne peut toutefois le faire que trois ans après l'entrée en vigueur des accords (4 novembre 2016).

Au bout de ces trois ans, le pays doit donner un préavis d’un an à la CCNUCC. Donald Trump ne pourra donc dénoncer officiellement le texte qu'à partir du 4 novembre 2019, et la décision s'appliquera au mieux le 4 novembre 2020. Cette date coïncide avec l’élection présidentielle américaine qui aura lieu la veille, soit le 3 novembre 2020. M. Trump pourrait ainsi ne plus être au pouvoir aux États-Unis.

M. Trump pourrait prendre un raccourci en se retirant simplement de la CCNUCC, mais il n’en a pas fait mention dans son discours dans lequel il a même parlé d’une éventuelle « renégociation » de l’accord.

Un retrait de la CCNUCC constituerait toutefois un geste d’isolement supplémentaire sur la scène internationale et une politique difficile sur le plan intérieur. Les États-Unis ont adhéré à la CCNUCC en 1992 alors que le président George H. W. Bush l’avait ratifiée.

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