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Conglomérats industriels en Corée du Sud : une réforme maintes fois promise

Cette fois-ci pourrait être la bonne, si le nouveau président sud-coréen élu en mai tient parole. Moon Jae-in a les conglomérats dans sa mire, dans le cadre de sa lutte contre la corruption et les inégalités. Sa tâche s'annonce ardue compte tenu de l'énorme emprise qu'ils exercent sur l'économie du pays.

Samsung. Hyundai. LG. Ces empires font partie des conglomérats industriels de la Corée du Sud qui ont permis à ce pays de devenir, en une génération, la quatrième puissance économique en Asie.

Et on les retrouve pratiquement dans tous les secteurs de l’économie grâce à leur organisation tentaculaire.

Par exemple, Samsung, le géant de l'électronique, a des dizaines de filiales notamment dans la mode, les hôtels, les assurances.

Lotte, l’empire de la distribution, est également dans l'hôtellerie, entre autres, et est le propriétaire de l’ancien terrain de golf où est déployé le controversé bouclier antimissile américain.

Les principaux conglomérats du pays représentent plus de la moitié du PIB.

Le nouveau président Moon Jae-in veut notamment endiguer le pouvoir des grands conglomérats. Leur position dominante dans l’économie fait dire à leurs détracteurs qu’ils tuent l’innovation dont a besoin la Corée du Sud pour continuer à avancer, qu’ils étouffent les entreprises en démarrage, les petites et les moyennes entreprises.

Entre autres, quand ils construisent d’imposants centres commerciaux au grand dam des propriétaires de petites boutiques et magasins qui se trouvent à proximité. À Séoul, la municipalité a bloqué l’un de ces projets.

Le maire est un ancien avocat des droits de la personne connu pour son militantisme contre les puissants conglomérats familiaux, surnommés Chaebols (Chae pour richesse, bol pour clan). Il en a particulièrement contre leur gestion opaque et leur structure complexe étroitement contrôlées par les familles qui se transmettent le pouvoir.

Des liens troubles de longue date entre les grands patrons et le pouvoir politique

La promesse de réformer les conglomérats est revenue au goût du jour après le vaste scandale de corruption qui a mené à la destitution de l’ex-présidente, Park Geun-hye et à l’inculpation de grands patrons, dont l’héritier de Samsung, Lee Jay-yong (plus souvent appelé Jay Y. Lee).

Cette affaire a de nouveau braqué les projecteurs sur la face sombre des liens qui unissent le gouvernement et les grandes entreprises : pots de vin, trafic d’influence, abus de pouvoir.

Moon Jae-in a promis, durant son discours d’investiture, de rompre ces liens qui ont commencé à se tisser dans les années 1960. Les dirigeants du pays ont misé sur une poignée d’entreprises pour sortir la Corée du Sud de son extrême pauvreté grâce à l’industrialisation et à l’exportation. En échange, ces entreprises familiales ont eu droit à une fiscalité et à des lois avantageuses, en plus de protections contre la concurrence.

Malgré les scandales, les Chaebols semblent conserver leur attrait, voire leur prestige, chez une partie de la population.

Plusieurs étudiants croisés sur le campus de l’Université Hongik de Séoul disent que c’est parce que ces empires offrent les salaires les plus élevés et les meilleurs avantages sociaux au pays.

Lee Bin et Park Beom-jin, qui étudient en comptabilité, trouvent que cela fait plus sérieux de travailler chez un grand conglomérat que chez les petites et moyennes entreprises. Ils se fichent complètement que tel ou tel grand patron soit en prison.

Kim Ji-yeon, une finissante en dessin industriel, affirme avec un petit haussement d’épaules que de toute façon, il y a de la corruption partout dans la société sud-coréenne.

Kwon Byung-hoon était descendu dans la rue, lui, comme les millions de personnes qui ont réclamé bougie à la main, la tête de l’ex-présidente lorsque le scandale de corruption s’est avéré la goutte de trop pour bien des citoyens qui se sentent en difficulté sociale et économique.

Mais l’étudiant en gestion reconnaît qu’il ne ferait pas la fine bouche s’il décrochait un emploi chez Samsung, Hyundai ou les autres. Le chômage est élevé chez les jeunes sud-coréens.

Mais n’accède pas nécessairement qui veut à ces postes privilégiés, il se dit qu’il faut notamment avoir de bons contacts. Seulement un million de personnes, sur les 19 millions de Sud-coréens qui sont sur le marché du travail, sont à l’embauche des grands conglomérats selon le nouveau gouvernement. Ça vaut à ces empires d’être fustigés par Moon Jae-in, qui a fait de la création d’emplois l’une de ses priorités.

Le nouveau président a nommé à la direction de la Commission de la concurrence un économiste réputé pour être un critique des Chaebols... qui a toutefois averti qu’il ne s’agissait pas de démanteler les conglomérats, mais d’établir de nouvelles règles.

Une réforme qui s'annonce difficile pour le progressiste Moon Jae-in, dans un parlement dominé par des modérés et des conservateurs

Park San-in, analyste à Séoul, croit que les grandes entreprises vont plaider leur cause, en disant que si elles subissent des bouleversements, cela pourrait avoir un effet domino néfaste pour l’économie du pays.

Il prévoit que Moon Jae-in va se retrouver pris dans un étau, car la pression viendra aussi de la part de ceux qui ont massivement manifesté pour qu’il y ait plus d’égalité sociale et économique en Corée du Sud.

Ceux-là même qui ont obtenu la tête de celle qui l’a précédé à la présidence. Et qui n’hésiteraient pas à redescendre dans les rues.

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