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Connus pour leur joie de vivre, les Brésiliens sont fatigués

Les Brésiliens n'en peuvent plus d'entendre parler de corruption, des sommes colossales qui ont été détournées dans des paradis fiscaux. Tout cet argent qui s'est envolé alors qu'ils ont de plus en plus de mal à se payer l'essentiel pour vivre. Voici trois familles touchées par la pire crise qu'ait traversée le pays.

Un photoreportage de Ginette Lamarche à Désautels le dimanche

LA FAMILLE DE PÉDRO

Pédro et sa famille habitent dans le Morro dos prazeres (Le mont des plaisirs), une favela qui surplombe des quartiers de classe moyenne. Pédro a grandi dans la zone sud, dans les beaux quartiers, mais aujourd'hui lui et sa famille ont dû monter là-haut.

La zone sud lui est inabordable. Les loyers sont hors de prix et tout coûte plus cher : le gaz, l'électricité, le téléphone, Internet.

Il y a quelques années, Pédro ne se plaignait pas trop de son sort. Vivre dans la favela, dans la « communauté » comme on appelle ces bidonvilles, avait son charme. Il y avait une vie de quartier paisible et tout était abordable.

À l'époque, les Unités de police pacificatrice (UPP) avaient pris le contrôle de la favela. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. L'État a réduit les budgets destinés aux UPP et les policiers ne reçoivent plus d'indemnités pour travailler dans ces zones à risques. Ces derniers mois, plusieurs d'entre eux ont perdu la vie. Résultat : les trafiquants ont repris le contrôle de la communauté.

Au petit matin, quand Pédro entend les échanges de tirs entre les policiers et les trafiquants, c'est le cœur serré qu'il conduit ses enfants à l'école et sa femme au travail, dans la zone sud.

LA FAMILLE DE BERLINE

Berline a ce sourire triste des gens rompus par le travail. Il a perdu son emploi à l'entretien des transports en commun. Il a été contraint de prendre sa retraite trop tôt, le laissant avec une petite pension. Pour joindre les deux bouts, Berline a trouvé un emploi comme homme à tout faire chez un particulier. 

Ce qui l'épuise le plus, ce n'est pas le travail, mais le voyage. Berline vit à la périphérie de la ville avec sa famille. Tous les jours, lui et sa femme passent deux à trois heures dans des autobus bondés sans air conditionné pour venir travailler à Rio. Berline est très inquiet. Chaque année, sa retraite diminue alors que tout coûte plus cher. Il a peur de l'avenir. « Quand je n'aurai plus la force de travailler, on va vivre de quoi? », demande-t-il.

Berline, comme beaucoup d'autres, a cru aux promesses de prospérité qu'apporterait la Coupe du monde de football et les Jeux olympiques. Pour l'instant, il ne voit que la crise. « On dirait que le sort s'acharne sur nous depuis que le Brésil a été humilié par l'Allemagne en 2014 », estime-t-il, faisant référence à la défaite du Brésil au Mondial.

Berline avait mis sa confiance en Lula, cet ouvrier devenu président. Lui aussi, dit-il, nous a trahis comme les autres. « J'aime mon pays, mais aujourd'hui je ne suis plus fier d'être Brésilien », dit-il.

LA FAMILLE DE LEILA

Leila espère pouvoir garder son travail à ONU Habitat. Son mari a perdu son emploi il y a huit mois. Le couple vit avec son seul salaire.

Son conjoint, un ingénieur, a bien essayé de se trouver du travail, mais tout ce qu'on lui a offert, ce sont des emplois deux fois moins bien rémunérés. Il a donc décidé de travailler à son compte, mais les contrats se font rares. L'économie ne roule pas.

Le couple a donc coupé dans ses dépenses, plus de sorties au cinéma ni au restaurant. Fini les petits voyages du week-end. Mais ce qui préoccupe le plus Leila, c'est qu'elle ne voit pas la fin de cette crise.

Elle n'a jamais vu les Brésiliens aussi déprimés, angoissés par l'avenir. « Nous sommes un peuple joyeux, souriant, et là, on ne voit que tristesse et nostalgie à tous les coins de rue », dit-elle.

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