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Corée du Nord : le Canada veut jouer un rôle pour régler la crise nucléaire

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, soutient qu'Ottawa a son rôle à jouer pour tenter de dénouer la nouvelle crise touchant le programme nucléaire de la Corée du Nord, au lendemain d'un tir de missile intercontinental théoriquement capable d'atteindre l'ensemble du territoire américain.

Lors d'une mêlée de presse, mercredi, la ministre Freeland a soutenu que « le Canada a un rôle à jouer » dans cet épineux dossier, et que « nous serons à la hauteur de la tâche » en tant que « pays pacifique ».

Mme Freeland a aussi assuré qu'elle continuait de « travailler étroitement avec nos alliés aux États-Unis », y compris avec le secrétaire d'État américain, Rex Tillerson.

Elle n'a toutefois pas voulu se prononcer sur les accès de colère du président américain contre le dictateur nord-coréen Kim Jong-un sur Twitter, où M. Trump abreuve régulièrement d'insultes le chef d'État du régime totalitaire, l'affublant entre autres du surnom « Rocket Man ».

Lors d'un discours prononcé mercredi, justement, le président Trump a employé le terme « chiot malade » pour décrire son homologue nord-coréen. Le locataire de la Maison-Blanche a aussi demandé à la Chine de « cesser immédiatement » les livraisons de pétrole à Pyongyang, qui représentent la très grande majorité des entrées d'or noir du régime dictatorial.

Pour la ministre, une sortie de crise passe nécessairement par une solution diplomatique. Ce faisant, elle reprend l'argumentation de son homologue américain, qui a lui aussi indiqué sa préférence pour des négociations, mardi.

Voilà pourquoi Mme Freeland a lancé l'idée d'une rencontre des ministres des Affaires étrangères concernés par la crise pour tenter d'y voir plus clair.

Tendre la main à la Chine

Si elle adopte une approche plus mesurée vis-à-vis de Pékin, comparativement au président Trump, la ministre Freeland estime que la Chine est effectivement un joueur essentiel pour résoudre la crise.

« Je pense qu'il est par ailleurs important de reconnaître que la Chine a aussi posé plusieurs gestes [dans ce dossier], y compris en appuyant les sanctions du Conseil de sécurité qui ont augmenté la pression sur le régime nord-coréen », a-t-elle ajouté, avant de préciser que Pékin en « avait fait davantage que par le passé » dans ce domaine.

Coopération, dialogue... La ministre a répété ces termes à plusieurs reprises lors d'entretiens accordés en direct d'Ottawa; d'abord en anglais, puis en français.

« C'est une situation très inquiétante », a rappelé Mme Freeland, avant de rappeler que la rencontre des ministres des Affaires étrangères « sera un pas dans la bonne direction » pour obtenir une solution diplomatique.

Une nouvelle hausse des tensions

La sortie de la ministre Freeland survient alors que le Conseil de sécurité des Nations unies se réunissait d'urgence pour traiter du tir d'une arme balistique par Pyongyang, survenu mercredi matin, heure de Corée du Nord.

Ce test d'une arme semble confirmer que le régime nord-coréen dispose désormais de la capacité de frapper n'importe quelle cible en Amérique du Nord.

Aux prises avec un ennemi toujours plus menaçant, les États-Unis ont eux aussi multiplié les mises en garde, mercredi.

L'ambassadrice américaine aux Nations unies, Nikki Haley, a ainsi déclaré que le tir du missile intercontinental « rapprochait la région » d'une guerre que ne souhaitait pas Washington.

En marge de la réunion d'urgence du Conseil de sécurité, Mme Haley a assuré que, si la guerre éclatait à la suite d'autres actes « d'agression » comme le récent lancement, « il ne faut pas se leurrer : le régime nord-coréen sera entièrement détruit ».

« Le dictateur de la Corée du Nord a pris une décision qui nous rapproche d'un conflit, a-t-elle poursuivi. Nous n'avons jamais cherché la guerre avec la Corée du Nord, et encore aujourd'hui, nous ne la souhaitons pas. »

Avancées technologiques

Selon Valérie Niquet, responsable du pôle Asie à la Fondation pour la recherche stratégique, le nouveau tir a bel et bien atteint une altitude plus importante qu'à l'habitude, ce qui porte à croire qu'il s'agissait d'un missile balistique intercontinental (ICBM) pouvant être équipé d'une tête nucléaire.

« Si on tire à l'horizontale, en théorie, [ce nouveau type de missile] aurait la possibilité de frapper l'ensemble du territoire américain; en tous cas, c'est ce que proclame la Corée du Nord, qui veut démontrer qu'elle possède cette capacité, et elle fait indéniablement des progrès », mentionne-t-elle, en évoquant la vingtaine de tests de missiles effectués par Pyongyang au cours de la dernière année.

« En revanche, les questions que l'on se pose à propos de ses capacités en situation réelle demeurent », a déclaré l'experte sur les ondes de Midi info.

Quel type de charge peut-on installer sur ce missile nouveau genre, dénommé Hwasong-15? S'il s'agit d'une tête nucléaire, quel est son poids? Le régime nord-coréen est-il parvenu à miniaturiser suffisamment ses armes atomiques pour les installer sur des missiles intercontinentaux? Autant de questions sans réponse pour l'instant, indique Mme Niquet.

Et cela, dit-elle, c'est sans compter plusieurs autres considérations techniques dont devront théoriquement tenir compte les forces nord-coréennes lors de la mise au point d'un véritable ICBM chargé d'une tête nucléaire.

Assurer la survie du régime

Menace réelle? Bluff? Selon Jean-François Bélanger, chercheur au Centre d'études sur la paix et la sécurité internationale de l'Université McGill, la mission de Pyongyang est claire : il s'agit de disposer d'un arsenal dissuasif et « d'augmenter, de façon exponentielle, le prix d'une attaque contre le régime nord-coréen ».

Ultimement, Kim Jong-un et son gouvernement cherchent à assurer la survie de leur mode de vie politique et à éviter une intervention militaire qui renverserait le pouvoir en place, comme cela s'est produit en Irak en 2003.

Mais comme le mentionne de son côté Valérie Niquet, « toute utilisation de cet arsenal nucléaire entraînerait de graves ripostes »; il s'agit donc d'une dissuasion nucléaire en bonne et due forme, à l'image de ce qui existait entre les États-Unis et l'Union des républiques socialistes soviétiques à l'époque de la guerre froide.

Faut-il alors renforcer les sanctions politiques et économiques pour tenter de faire plier Pyongyang, au risque de voir le régime se refermer davantage sur lui-même et s'armer toujours plus?

« À mon avis, la fantaisie d'une dénucléarisation de la Corée du Nord est terminée », a estimé M. Bélanger sur les ondes d'ICI RDI. Il s'agit pourtant de l'objectif régulièrement visé par les grandes puissances dans le cadre de négociations avec Pyongyang.

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