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Corée du Nord : le grand bluff de Donald Trump

ANALYSE - Donald Trump veut-il vraiment partir en guerre contre la Corée du Nord? Il ne regrette sûrement pas ses récents propos apocalyptiques. Mais faut-il le prendre au mot? Probablement pas.

Les mots utilisés par Donald Trump pour avertir la Corée du Nord sortent du cadre traditionnel de la diplomatie américaine. Il a lancé des menaces « d’ennuis sérieux », de ripostes par le « feu et la fureur ».

C’est pour bien se faire comprendre du dictateur Kim Jong-un, assure l’administration américaine. Mais c’est probablement davantage pour un public américain que des mots aussi choquants ont été utilisés. Ce serait un bluff à la fois pour les caméras et pour la négociation.

Ces paroles musclées lancent un message : Donald Trump est prêt à aller jusqu’au conflit militaire. Ce qui ne veut pas dire qu’il a vraiment l’intention d’ordonner une frappe préventive ou de décapiter le régime nord-coréen.

Il ne s'agit pas de minimiser la situation actuelle ou les risques de conflit. Ces risques sont réels. Mais les signes qui nous éloignent de l’option militaire sont aussi bien nombreux.

La diplomatie repose en partie sur la prévisibilité, cette capacité de prévoir la réaction d’une nation en fonction de ses gestes passés. La Corée du Nord lance souvent des déclarations incendiaires. Elles sont souvent sans conséquence : après tout, Séoul, la capitale de la Corée du Sud, n’a pas été rayée de la carte...

La vie publique de Donald Trump révèle qu’il a souvent lancé de grandes menaces, mais qu’il les mettait rarement à exécution.

Combien de fois a-t-il menacé des gens de poursuites sans se rendre jusqu’au tribunal? Qu'on pense aussi aux frappes qu’il a ordonnées en avril contre un aéroport syrien. Le risque d’un débordement était minime, les images étaient spectaculaires.

Pas de mouvements de troupes

Il y a d’autres indices plus concrets des intentions américaines. D’abord, on ne rapporte aucun mouvement particulier de troupes ou d’appareils militaires dans le secteur de la péninsule coréenne. Aucune évacuation non plus du personnel américain non essentiel dans ce coin du monde.

Le secrétaire américain à la Défense a peut-être lancé le signal le plus rassurant. « En ce moment, a déclaré James Mattis, vous voyez que la diplomatie mène les efforts américains. Il y a une traction diplomatique qui donne des résultats. »

Des résultats qui découlent peut-être d’efforts diplomatiques discrets, appuyés par la Russie et la Chine. « Il faut qu’on en reste là en ce moment, a conclu le général Mattis. La tragédie des guerres est trop bien connue. »

À cela, il faut ajouter la déclaration assez extraordinaire du secrétaire d’État. En réponse aux menaces de « feu et de fureur » de Donald Trump, Rex Tillerson nous a carrément demandé de ne pas porter attention aux paroles de son patron.

Une certaine légitimité pour la Corée du Nord

Ces signaux, la Corée du Nord les a sûrement décodés. Pour le régime, cette crise apporte une certaine légitimité. Elle permet à son jeune leader d’asseoir son autorité en tenant tête au président des États-Unis.

Bien sûr, il est impossible de savoir jusqu’où le président américain compte vraiment aller. Après tout, il se présente lui-même comme un leader imprévisible.

Comme il l’a souvent fait, Donald Trump refuse de dévoiler son jeu. Il laisse en suspens tous ceux qui se sentent préoccupés par ce conflit.

Dans l’attente, les pires scénarios sont évoqués. Les projecteurs restent braqués sur l’homme fort de Washington. Celui qui sait tourner cette incertitude en un bon spectacle télévisé.

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