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Crise des migrants : Poutine et Assad veulent montrer qu’ils sont des joueurs indispensables

Les Syriens fuient leur pays, ravagé par la guerre. À qui la faute? Ces derniers jours, le président russe Vladimir Poutine et le président syrien Bachar Al-Assad ont reproché à plusieurs pays occidentaux qui combattent le groupe armé État islamique (EI) d'être à l'origine de la crise qui a fait des milliers d'exilés syriens.

Un texte de Raymond Saint-Pierre

En entrevue avec des médias russes, Bachar Al-Assad a montré du doigt les pays occidentaux qui voudraient le voir partir. « Si cette crise des réfugiés vous préoccupe, dit-il, cessez de soutenir les terroristes en Syrie. C'est là le cœur du problème. »

Il reproche à la coalition d'une soixantaine de pays qui combattent l'EI, les Européens, Canadiens, Américains, d'appuyer d'autres factions de combattants, dits modérés, qui veulent le renverser. Pour lui, ce sont tous des terroristes.

Son message à la communauté internationale : je ne partirai pas tant qu'il y aura une guerre civile en Syrie.

L'entrevue a été reprise ad nauseam dans les bulletins de nouvelles des chaînes de télévision russes, presque toutes pro-Poutine.

Ce n'est sûrement pas un hasard, si, quelques heures plus tôt, Vladimir Poutine a tenu des propos similaires. Pour lui, ces Syriens ne fuient pas le régime de Bachar Al-Assad. D'abord et avant tout, ils fuient les extrémistes, et la Russie a bien fait d'appuyer le régime syrien, a-t-il fait valoir. Sans quoi, ajoutait-il, la situation dans ce pays aurait été bien pire qu'en Libye, et la vague de réfugiés aurait été encore plus importante.

La Russie juge très modestes les résultats des attaques de la coalition contre le groupe armé État islamique. Pour M. Poutine, les frappes aériennes ne font qu'augmenter le nombre de sympathisants de l'EI.

Alors que se tenait en Russie une exposition d'armements russes, des armes déployées en Syrie soulevaient bien des questions quant aux intentions de Vladimir Poutine. Une demi-douzaine de chars d'assaut, des hélicoptères, de l'artillerie, des habitations préfabriquées, de l'équipement pour allonger une piste d'atterrissage étaient envoyés à Lattaquié, le fief de Bachar Al-Assad.

Critiques et inquiétudes

Pour bien des observateurs, la Russie augmente sa présence en Syrie pour forcer la communauté internationale à l'inclure dans un futur plan de paix. Mais l'entreprise peut être risquée.

Alexei Malashenko, du Carnegie Endowment à Moscou, redoute que les troupes russes déployées à Lattaquié se retrouvent prises dans un engrenage qui amènerait la Russie à s'engager dans une nouvelle guerre.

Ban Ki-moon, secrétaire général de l'ONU, a critiqué ce renforcement du soutien militaire de Moscou à Damas, qui ne peut que rendre la situation encore pire, à son avis.

Le secrétaire d'État américain, John Kerry, a aussi dénoncé cet appui militaire, qui ne risque que d'aggraver le conflit, pense-t-il. Il admet avoir reçu un appel du pied de Moscou, qui voudrait avoir des discussions « entre militaires » avec Washington, sur cette guerre en Syrie.

Pour l'instant, Vladimir Poutine ne dit rien de ses vraies intentions. Jusqu'où veut-il aller, jusqu'où est-il prêt à engager ses troupes dans cette guerre?

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, comme bien d'autres dirigeants, se le demande, et il va se rendre à Moscou pour demander des éclaircissements au président russe.

Vladimir Poutine profite, en tout cas, du fait que la communauté internationale a les yeux rivés sur la guerre en Syrie pour tenter de démontrer que toute solution à ce conflit et à la crise des migrants passe par Bachar Al-Assad, et surtout, par la Russie. S'il y arrive, et ce n'est pas évident, il pourrait sortir de l'isolement et des sanctions que lui ont values l'annexion de la Crimée et son appui aux rebelles en Ukraine.

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