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Crise en Espagne : une analyse de Judith Jasmin en 1960

Chaque année, la fête nationale espagnole est célébrée le 12 octobre afin de commémorer la découverte de l'Amérique en 1492. Cette année, les célébrations se déroulent sur fond de tensions sociales et politiques. Pour l'occasion, nous vous offrons un retour en archives, avec la journaliste Judith Jasmin, dans un pays où les racines de la crise s'enfoncent profondément dans son histoire.

En 1960, l'Espagne, bordée au sud par la mer Méditerranée, est un pays de contrastes où se côtoient des paysans, dépossédés de la terre qu’ils exploitent, et les citadins des grandes villes, dont le niveau de vie est plutôt confortable. Une chose lie alors les Espagnols entre eux : un passé religieux bien ancré dans les traditions et les coutumes du pays.

Au moment où la journaliste Judith Jasmin visite la péninsule Ibérique, le pays est toujours profondément déchiré sur les causes et les conséquences de la guerre civile de 1936. Judith Jasmin, pour comprendre, rencontre des Espagnols : l'abbé de Santa Cruz expose les causes de la guerre civile espagnole. D’autres, des inconnus qui refusent de s’identifier, parlent de leur travail, de l'esprit catalan, du sport et de la censure de la presse.

Le contexte politique est alors difficile. Le dictateur Francisco Franco Bahamonde est au pouvoir depuis 21 ans. Le régime s’essouffle. Les bienfaits économiques qui devaient découler de la loi sur les principes fondamentaux du Mouvement national, loi adoptée le 17 mai 1958, commencent à peine à se faire sentir. L’élargissement des pouvoirs de l’État, lui, est bien réel.

Que dire de l’opposition au régime franquiste? « Dans les prisons d’Espagne, un tiers des détenus sont des condamnés politiques. Les principaux d’entre eux sont des Catalans. Des intellectuels, des chefs syndicalistes. » Les conférences qui « peuvent porter atteinte au prestige de l’État » ou encore les grèves ouvrières sont considérées comme des actes de rébellions militaires. La journaliste appuie chacun de ces mots.

Deux nations sur un même territoire

Est-ce que les Catalans sont également d’excellents Espagnols? « Ils pourraient l’être », répond anonymement un témoin rencontré par la journaliste.Les Catalans ont un passé historique important, une culture et des traditions historiques. Ainsi, il pourrait être d’excellents Espagnols, mais non sans que soient reconnues les spécificités catalanes.

À l’époque, aucun journal n’est rédigé en Catalan. Les nouvelles publications doivent obtenir l’approbation de l’évêque et, par la suite, de l’État. Le travail sur le terrain est unique, en plein cœur de l’un des derniers régimes autoritaires d’Europe de l’Ouest.

Une antipathie existe alors entre les Catalans et les Castillans. Si elle ne peut se manifester politiquement, elle se reflète dans le sport : le football, les courses de taureaux, la natation.

L’épuisement du régime franquiste

Les racines de la crise sont profondes. Au point où la perte de liberté n’affecte plus les citoyens. C’est sur ce constat que Judith Jasmin termine son reportage.

Où en est alors le régime franquiste? « Une fatigue verbale. Il faudrait que le régime change, mais quoi faire? »

Il faut dire que, à l’époque, le tourisme est en pleine expansion : Français, Allemands, Suisses, Américains et Britanniques, sont de plus en plus nombreux sur les rivages espagnols.

La présence de ces milliers d'Européens du Nord, venus en vacances, influence grandement la jeunesse espagnole castillane et catalane.

Une fois la caméra fermée, un « anti-franquisme verbal s’exprime partout ». Il est facile de le constater. La jeunesse bouillonne. La nouvelle génération est également affectée par le rayonnement économique et socioculturel des États-Unis et du Royaume-Uni au cours de la décennie des années 1960. Ce qui, dans les faits, ne fera qu’accentuer les contrastes entre modernité et traditions.

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