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Cruz vainqueur en Iowa, Clinton gagne de justesse

Après des mois de préliminaires électoraux, la course des caucus et des primaires américaines a finalement pris son envol en Iowa, lundi soir, avec des courses extrêmement serrées. Ted Cruz est sorti vainqueur de la lutte-surprise à trois chez les républicains, tandis qu'Hillary Clinton s'en est tirée avec une très mince avance du côté des démocrates.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

Déclaré vainqueur, le sénateur du Texas Ted Cruz a obtenu l'appui de 27,6 % des électeurs républicains.

Il a devancé le magnat de l'immobilier Donald Trump, qui recueille 24,3 % des voix. Il s'agit d'une contre-performance pour le controversé milliardaire, que les sondages dans cet État plaçaient en avance.

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Principal candidat de la droite religieuse et chouchou du Tea Party, Ted Cruz a cependant su rallier l'électorat républicain très conservateur et religieux de l'Iowa, un État à la population plus homogène - plus blanche - que la moyenne nationale.

Le conservatisme, la religion et la Constitution ont été au centre du discours prononcé devant ses partisans, amorcé en remerciant Dieu.

Il a présenté sa victoire comme celle « des conservateurs courageux de l'Iowa et de cette nation merveilleuse », qu'il a décrite comme « la plus grande que la Terre a jamais connue ».

Le politicien né au Canada - qui a renoncé à sa citoyenneté canadienne - a promis le retour du libre marché, des libertés garanties par la Constitution et des « valeurs judéo-chrétiennes qui ont construit ce merveilleux pays ».

« Nos droits viennent de notre créateur », a-t-il répété.

Donald Trump, notamment reconnu pour sa tendance à traiter de nombreuses personnalités de « perdants », s'est montré humble dans la défaite.

Félicitant son rival, il s'est dit « honoré » de sa deuxième place. Il est allé jusqu'à demander devant la foule d'admirateurs s'il n'allait pas acheter une ferme dans l'Iowa.

Il a ensuite souligné qu'il était le favori pour la primaire du New Hampshire, qui se tiendra dans une semaine.

Premier à s'exprimer devant ses partisans, l'autre vainqueur de cette soirée est le jeune sénateur de la Floride Marco Rubio, qui avec 23,1 % des voix talonne les deux favoris de la course républicaine.

Meilleurs que prévu, les résultats du jeune élu floridien pourraient pousser les modérés de la formation à se rassembler derrière sa candidature - et les donateurs à se montrer généreux.

« On m'avait dit que je n'avais pas de chance [de l'emporter] à cause de mes cheveux, qui n'étaient pas assez gris, et de mes bottes qui étaient trop hautes », a-t-il lancé.

« Aujourd'hui, nous avons fait un premier pas, mais un pas important vers la victoire », a-t-il soutenu, promettant de lutter pour le respect de la Constitution et contre la réforme de la santé.

Le Parti républicain a évoqué un taux de participation record pour ses caucus de l'Iowa, ce dont s'est d'ailleurs vanté le gagnant.

Une lutte serrée chez les démocrates

Chez les démocrates, les deux principaux candidats, Hillary Clinton et Bernie Sanders ont été à quasi-égalité durant toute la soirée. Ce n'est que tard dans la nuit que l'équipe de campagne de l'ancienne secrétaire d'État a dit qu'elle avait remporté le caucus de l'Iowa. Les résultats étaient si serrés que la formation a cependant attendu au lendemain pour officialiser sa victoire.

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Battue en Iowa par Barack Obama en 2008, Mme Clinton a dû batailler ferme pour prendre sa revanche. Une revanche, toutefois, à l'ampleur très limitée.

En fin de compte, elle a remporté 49,8 % des voix, contre 49,6 % pour son adversaire.

Les deux politiciens se sont adressés à leurs partisans avant de connaître l'issue du vote.

« C'est rare que nous ayons l'occasion d'avoir un vrai débat d'idées, de réfléchir à ce que représente le Parti démocrate », a-t-elle déclaré.

Elle a affirmé sa volonté d'améliorer l'accès à l'assurance-maladie, de se tourner vers les énergies renouvelables, de rendre l'éducation universitaire plus accessible, de protéger les droits des minorités et de tenir tête au lobby proarmes.

Elle a dit avoir hâte de débattre avec son rival Bernie Sanders. « Nous devons être unis face à une vision républicaine qui veut nous séparer », a-t-elle ajouté.

De son côté, Bernie Sanders a souligné d'emblée que, peu importe les résultats finaux, il devrait obtenir environ la moitié des délégués de l'État.

Ironiquement, il a dénoncé l'establishment, à l'instar du vainqueur républicain.

Mais le politicien, qui se présente ouvertement comme un « démocrate socialiste » a pour sa part livré un long discours contre les inégalités sociales et un « système politique corrompu » par l'argent.

« Nous créerons une économie qui marche pour les familles, pas pour la classe des milliardaires », a-t-il promis, promettant d'augmenter le salaire minimum à 15 $, d'instaurer la parité salariale, de lutter contre le réchauffement climatique, d'améliorer l'accès aux soins de santé et de rendre les droits de scolarité gratuits.

Il est anormal que des milliardaires « achètent des élections », a lancé M. Sanders, seul candidat à refuser d'être soutenu par un « Super PAC », ces groupes extérieurs créés et financés par de richissimes Américains désirant faire campagne pour des candidats.

Le candidat a d'ailleurs souligné qu'il avait reçu 3,5 millions de contributions individuelles, des dons moyens de 27 $ faits en ligne.

Depuis 1996, les citoyens de l'Iowa ont chaque fois voté pour le démocrate qui a fini par remporter l'investiture. L'histoire est différente chez les républicains, qui ont tendance à favoriser un candidat plus conservateur que celui qui est couronné à la convention.

Premières victimes collatérales des caucus et des primaires

Le premier caucus a eu raison de deux candidats.

Chez les démocrates, l'ex-gouverneur du Maryland Martin O'Malley, très loin derrière ses rivaux, a aussi mis un terme à sa campagne.

La course à la direction démocrate se fera désormais à deux.

Le républicain Mike Huckabee, qui avait pourtant remporté les caucus de l'Iowa en 2008, a lui aussi annoncé son retrait de la course.

Lors du premier débat républicain, en août dernier, il y avait 17 candidats - un nombre record. Le champ s'est donc depuis réduit à 11.

Toujours en lice, les huit autres candidats ont obtenu des résultats décevants.

Le neurochirurgien Ben Carson a rallié 9,3 % des électeurs républicains de l'Iowa. Dans un communiqué aux relents quelque peu surréalistes, son équipe de campagne a indiqué qu'il ne partait pas immédiatement faire campagne au New Hampshire, mais qu'il rentrait chez lui « chercher des vêtements propres ».

Tous les autres candidats républicains, y compris l'ancien gouverneur de la Floride Jeb Bush, ont tous obtenu moins de 5 % des voix chacun.

L'importance de l'Iowa est symbolique, puisqu'elle lance la saison des caucus et des primaires.

Dans les faits, il s'agit d'un petit État de trois millions d'habitants qui n'envoie que quelques dizaines de délégués aux conventions nationales des partis : 44 sur 4763 pour les démocrates et 30 sur 2472 pour les républicains.

Des candidats ont-ils déjà été élus à la présidence des États-Unis sans remporter le caucus de l'Iowa?

Une vidéo publiée par Radio-Canada Information (@radiocanadainfo) le

Prochain rendez-vous : le 9 février au New Hampshire, qui tiendra pour sa part une primaire, dont le fonctionnement diffère des caucus de l'Iowa. La saison des caucus et des primaires s'étendra jusqu'en juin prochain.

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