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D'où vient cette obsession des 100 premiers jours?

La presse et les spécialistes analysent avec fébrilité la performance du président américain, Donald Trump, alors qu'approche la barre symbolique de ses 100 premiers jours au pouvoir. Pourquoi accorde-t-on tant d'importance à cette mesure des 100 jours? Voici quelques réponses.

Depuis des décennies aux États-Unis, les 100 premiers jours d’un mandat présidentiel sont scrutés à la loupe. Quel style de leadership affiche le nouveau venu? Va-t-il bien s’entourer à la Maison-Blanche? Combien de lois a-t-il fait adopter pendant cette période? Combien de décrets et de mémos? A-t-il annulé des lois de son prédécesseur? Lesquelles? Quels sont ses gestes à l’international?

Une idée de RooseveltLa période des 100 jours n’a aucune teneur légale et n’est pas inscrite dans la Constitution américaine. Il s’agit plutôt d’une coutume qui remonte aux années 30. Selon les historiens, le président Franklin D. Roosevelt a établi, dès son arrivée au pouvoir en 1933, ce délai de 100 jours pour mesurer le succès d’un nouveau chef de l’exécutif.Roosevelt a été particulièrement productif durant les 100 premiers jours de son mandat présidentiel. En fait, personne ne l’a égalé jusqu’à aujourd’hui.Il faut dire que les circonstances ont joué en sa faveur. Roosevelt a été élu pendant la Grande Dépression. Cette terrible crise économique sévissait aux États-Unis depuis 1929. Le quart des travailleurs américains étaient sans emploi, les entreprises et les banques faisaient faillite, les déposants perdaient leurs épargnes d’une vie.

Dans cette période de marasme, le nouveau président a eu beau jeu de convaincre le Congrès de l’urgence de la situation. Dès son entrée en fonction, il a réuni le Congrès dans une session spéciale qui a duré trois mois. Il a eu la collaboration des démocrates, majoritaires au Congrès, mais aussi de certains législateurs républicains. Roosevelt a ainsi pu faire adopter rapidement toute une série de projets de loi qui ont non seulement contribué à résoudre la crise, mais qui ont aussi renforcé l’autorité du gouvernement fédéral.Avec ces réformes économiques et sociales, le nouveau président a pu mettre de l’avant son fameux New Deal. Les Américains ont assisté à la création de différentes agences fédérales pour créer de l’emploi, garantir les dépôts bancaires ou encore fournir de l’électricité dans les zones rurales.Roosevelt a donc fait adopter 76 projets de loi dans les 100 premiers jours, dont 15 de grande importance. Bon nombre de ces lois sont encore en vigueur aujourd’hui.Les 100 premiers jours du New Deal sont devenus une référence, et la barre est haute pour les présidents suivants.Ceux qui en ont fait le plusLe 18 avril dernier, le président Trump a déclaré qu’aucune administration n’en avait fait autant que la sienne durant les 90 premiers jours. Une affirmation démentie par le Washington Post, qui démontre, chiffres et citations d’experts à l’appui, que Roosevelt l’emporte largement sur Trump. Le journal mentionne notamment les 15 projets de loi majeurs adoptés lors des 100 premiers jours de Roosevelt, comparativement à aucun pour Trump.D’autres présidents semblent aussi avoir mieux fait que Trump. En 1965, Lyndon Johnson a présenté une législation importante sur les droits civiques et la lutte contre la pauvreté, et il a établi la commission d’enquête Warren sur l’assassinat de son prédécesseur, John F. Kennedy.

Les 100 premiers jours de Ronald Reagan ont été plutôt mouvementés. Au premier jour de son mandat, le 20 janvier 1981, la crise des otages en Iran se dénoue, et les diplomates américains sont libérés après plus de 400 jours en captivité. Au 69e jour, il reçoit une balle dans la poitrine. Il a d’ailleurs signé son premier projet de loi à l’hôpital. Le président présente aussi dans les 100 premiers jours un plan ambitieux pour réduire le chômage et l’inflation. Il propose notamment de diminuer la taille du gouvernement fédéral.Moins d’un mois après son entrée en fonction, en 2009, Barack Obama a fait adopter une loi importante pour affronter la récession qui touchait alors le pays. Création d’emplois et construction d’infrastructures sont parmi les mesures proposées. Et le tout premier projet de loi qu’il a signé fait la promotion de l’égalité salariale entre les hommes et les femmes.Une impopularité record pour TrumpMême si les présidents modernes n’arrivent pas à en faire autant que Roosevelt, il reste que les 100 premiers jours sont un peu comme une lune de miel, selon bon nombre de politologues. Les présidents surfent encore sur leur élection toute récente, et les citoyens donnent la chance au coureur.Cela dit, Trump bat le record de l’impopularité dans les 100 premiers jours d’un mandat présidentiel, d’après plusieurs sondages. Selon Gallup, le taux d’approbation de Trump atteint 41 %, comparativement à la moyenne de 63 % pour les présidents élus depuis 1953.

Un sondage CNN/ORC arrive à peu près aux mêmes chiffres, avec un taux d’approbation de 44 %. Six Américains sur 10 désapprouvent la façon dont Trump gère les dossiers de la santé et de l’immigration. De plus, 55 % des sondés estiment que le président ne s’intéresse pas assez aux problèmes importants de la nation, 56 % jugent qu’il n’a pas réussi à former une bonne équipe de conseillers à la Maison-Blanche, et 52 % croient qu’il n’a pas tenu ses promesses électorales. Près des deux tiers des interviewés, soit 61 %, pensent que les dirigeants de la planète n’ont pas beaucoup de respect pour Trump, et 52 % croient que son approche met inutilement le pays en danger.Si importants que ça, les 100 premiers jours?Beaucoup de politologues mettent un bémol sur ce baromètre des 100 premiers jours. À quoi se fier pour comparer les débuts des uns et des autres? Il y a bien sûr le nombre de lois qui ont été adoptées durant ces premiers mois. Le premier au palmarès est Roosevelt avec 76 lois, suivi par Harry Truman avec 55. Barack Obama en a fait adopter 11, et Trump 28. Encore là, il faut considérer l’importance des lois adoptées. Par exemple, les débuts d’Obama sont perçus comme ayant été productifs, même s’il n’a que 11 lois à son actif. Pourquoi? Parce que le président Obama a signé des législations majeures, notamment pour donner accès à l’assurance maladie aux enfants des ménages pauvres.En général, ces trois premiers mois ne prédisent pas nécessairement comment sera le mandat présidentiel. Ainsi, après un début difficile, Bill Clinton a tout de même dirigé le pays pendant deux mandats, et il était encore très populaire lorsqu’il a quitté son poste. Les réussites les plus grandes des présidents surviennent souvent plus tard dans le mandat.Plusieurs présidents ont d’ailleurs minimisé le baromètre des 100 jours, dont John Kennedy. « Tout cela ne sera pas achevé au cours des 100 premiers jours, ni au cours des 1000 premiers jours, ni pendant le mandat de ce gouvernement, et ni peut-être même de notre vivant sur cette planète. Mais allons-y, commençons », a-t-il déclaré dans son discours d’investiture en 1961.En 2008, avant même d’être élu, Barack Obama a fait valoir dans une entrevue qu’il faudrait probablement attendre que passent 1000 jours avant de juger son travail.Et plus récemment, le 21 avril, le président Trump a tweeté que peu importe ce qu’il a accompli durant ce « standard ridicule des 100 premiers jours, et ça a été beaucoup », les médias vont se déchaîner.

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