Le Temple Theatre, fondé en 1667, est l'un des écrins qui préservent l'opéra de Pékin, un art traditionnel inscrit au patrimoine de l'UNESCO. Parmi la distribution ces jours-ci, on retrouve Liu Xin Ran. Il perpétue l'une des traditions de l'opéra de Pékin : celle des hommes interprétant des rôles féminins, des rôles appelés Dan.

En cet après-midi d’automne, l’acteur est en pleine répétition. Il exécute des gestes précis, codifiés. Son jeu de doigts est ritualisé et permet d'exprimer les émotions : joie, colère, tristesse, etc. Il souligne que tout cela est typique des divers rôles de l’opéra de Pékin. « Il faut rire de telle façon, courir d’une autre et ainsi de suite », dit-il.

Avant même le maquillage et les costumes qui sont flamboyants et élégants, autres caractéristiques de cet art traditionnel, Liu Xin Ran est déjà habité par son personnage. Ce soir, il joue le rôle-titre de la pièce Adieu ma concubine. Demain, ce sera peut-être celui de l'impératrice. Sur scène, sa voix est haut perchée, parfois stridente, quand il chante ou quand il récite son texte. Sa voix est plus grave quand nous le rencontrons dans les coulisses.

Il explique qu’à l’époque de la création de l’opéra de Pékin, il y a plus de 200 ans, il était mal vu pour les jeunes filles et pour les femmes de se montrer dans les lieux publics. Seuls les hommes pouvaient être acteurs. Il établit un parallèle entre l’interprétation des Dan par les hommes et les castrats, ces chanteurs qui ont connu leur heure de gloire, notamment au 18e siècle.

Jouer les Dan, c'est arrivé tard dans la carrière de l’acteur de 39 ans. Il a d'abord interprété les Laosheng, les rôles d'hommes âgés.

Autour de la scène, il y a les musiciens. L’un d’entre eux joue du violon chinois à deux cordes, l'instrument principal de l'opéra de Pékin. En face, le tambour donne le rythme, souligne Liu Xin Ran. « Quel que soit l’opéra en Chine, c’est toujours le tambour qui commande. Les musiciens [et] tout le monde doivent l’écouter. C’est l’âme d’une troupe », dit-il.

D'autres acteurs arrivent. Ils suivent les instructions du directeur. Tantôt ils dansent, tantôt ils combattent et font des acrobaties, tantôt ils récitent.

Sur la droite, une partie de la scène se prolonge entre les sièges des spectateurs dans un décor de bois où le rouge domine. Hanxia, le responsable de la gestion du Temple Theatre, explique que c’est pour permettre au public de se « plonger » dans le spectacle. Tout a été restauré il y a six ans.

C'était un temple taoïste durant la dynastie des Ming. C'est devenu un lieu de théâtre en 1667. Il est depuis réservé aux opéras traditionnels, selon le gestionnaire.

Pour la direction et les acteurs, l'opéra de Pékin est un art qui doit être vivant, un patrimoine qui doit être protégé. Hanxia reconnaît que ça n'attire pas nécessairement les foules, en ces temps où tout va très vite. La pièce Adieu ma concubine a d'ailleurs été réduite à 40 minutes. Il précise que l'intégrale dure trois heures et demie. Mais il dit sentir un retour des Chinois vers les traditions, un regain d'intérêt pour les classiques. En particulier chez les plus aisés qui sont, à son avis, à la recherche de leur identité culturelle.

Anyck Béraud est correspondante pour Radio-Canada à Pékin. On peut consulter ses articles et ses reportages ici.

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