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Dans quel aéroport américain y a-t-il le plus de temps d'attente? La réponse en carte

L'attente de plus de deux heures qu'ont connue des voyageurs à leur descente d'avion à Montréal-Trudeau ces derniers jours a été condamnée par un grand nombre d'entre eux. L'Agence des services frontaliers du Canada indique que dans 95 % des cas, le temps d'attente est inférieur à 20 minutes dans les aéroports du pays. Qu'en est-il chez nos voisins du Sud?

Un texte de Mathieu Gobeil

C'est à l'aéroport d'Orlando, en Floride, que l'on attend le plus longtemps en moyenne pour passer les douanes en descendant de l'avion aux États-Unis, selon des données compilées par les autorités américaines. Il fallait environ 30 minutes pour franchir les douanes à cet endroit en août.

L'aéroport où l'attente est la moins longue est celui de Phoenix, en Arizona. On attendait en moyenne moins de 8 minutes le mois dernier.

Les situations vécues par des passagers ces derniers jours à l'aéroport Montréal-Trudeau - plus de 2 heures d'attente aux douanes - sont en effet exceptionnelles, plus fréquentes l'été en période de pointe. Mais d'autres aéroports d'Amérique du Nord et dans le monde connaissent aussi ces pics de transit pendant les vacances.

Les données compilées par la U.S. Customs and Border Protection montrent, par exemple, qu'entre 14 h et 15 h le 8 août, au terminal 1 de l'aéroport JFK de New York, les passagers attendaient en moyenne 1 heure 18 minutes aux douanes, mais que l'attente maximale atteignait 3 heures 33 minutes. Cette situation s'est répétée de nombreuses fois au cours du même mois. Les autres grands aéroports américains connaissent des pics similaires.

Les aéroports de New York et de Chicago sont parvenus à réduire considérablement les files d'attente ces dernières années en ajoutant notamment des bornes automatisées qui permettent un traitement accéléré des déclarations à la douane. Des bornes semblables existent aussi à Montréal, à Toronto et à Vancouver, ce qui, selon l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), réduit l'attente. Mais malgré ce dispositif, les autorités aéroportuaires ne peuvent réaliser l'impossible.

Une question de mathématiques

« Les files d'attente, c'est des mathématiques », affirme d'emblée Jacques Roy, professeur titulaire spécialisé en gestion du transport et de la logistique à HEC Montréal, en analysant la situation.

« S'il arrive 50 personnes à l'heure et qu'on ne peut qu'en traiter 45, c'est sûr que la file va se prolonger à l'infini. On peut calculer exactement combien ça prend de douaniers pour traiter un tel taux de passagers. On peut le faire à l'avance. Il n'y a pas vraiment d'excuse pour ne pas suffire à la tâche », dit-il.

L'ASFC indique que le 6 septembre, à Montréal-Trudeau, « entre 15 h et 18 h, 6100 passagers sont arrivés sur des vols internationaux », ce qui explique les temps d'attente inhabituels aux douanes. Selon l'ASFC, la capacité de la salle des arrivées a été utilisée au maximum par les agents des douanes.

« Nous avons une capacité [de traitement] de 2000 à 2500 voyageurs par heure. Or, si des vols n'arrivent pas dans l'ordre habituel (des retards, des vols à l'avance), on se retrouve avec plus de 6000 voyageurs au même moment. C'est un entonnoir. Ça crée un bouchon », soutient le directeur général régional de l'ASFC, Benoît Chiquette, en entrevue à Radio-Canada.

Il affirme qu'il faudrait revoir entièrement la façon dont le hall d'arrivée à Montréal-Trudeau est disposé pour accueillir plus de passagers à l'heure.

De son côté, Aéroports de Montréal (ADM) soutient qu'il est possible d'optimiser les services dans la salle des douanes et que l'on pourrait doubler le nombre de guichets pour les douaniers, selon Christiane Beaulieu, vice-présidente des Affaires publiques et communications à Aéroports de Montréal.

Un problème connu

« Ce qui m'agace, c'est que c'est un problème connu depuis longtemps », affirme le professeur Jacques Roy.

« Cette période de pointe, en fin d'après-midi, est accentuée quand atterrissent tous les gros porteurs, qui arrivent d'Europe notamment, surtout l'été, en haute saison. Ces voyageurs doivent tous passer par les douanes. Ce n'est pas un secret. On sait que cette période de pointe existe, et ça se répète. »

Le professeur soutient que dans le contexte actuel, un aéroport comme Montréal-Trudeau se trouve en situation de quasi-monopole pour le transport aérien dans la région. Cette absence de concurrence n'aide pas à améliorer le bilan.

« Dans un supermarché, si on s'aperçoit que de nombreux clients attendent en ligne, on s'empresse d'ouvrir une caisse. On veut minimiser le temps d'attente. On ne veut pas leur déplaire, on veut qu'ils reviennent! Les supermarchés sont en concurrence », puisqu'on en retrouve plusieurs dans un même secteur, rappelle-t-il.

« À l'aéroport, même si on n'est pas content, avec deux heures d'attente, on n'a pas beaucoup de choix. On pourrait toujours revenir par Burlington ou Plattsburgh, où on attend moins, ou encore Toronto, en espérant que ce soit plus court », donne-t-il en exemple.

« On voit que le choix est limité pour le voyageur. Dans ce sens, on est captif d'ADM qui se trouve à gérer en quelque sorte un monopole. »

Des solutions?

« La solution passe par l'augmentation de la capacité de traitement. C'est clair. » Installer plus de guichets et y affecter plus de douaniers semble s'imposer, selon le professeur Roy.

Il faudrait aussi imaginer un système où les cas peu problématiques pourraient franchir la douane rapidement, ajoute-t-il.

« À l'épicerie, on a des caisses rapides, où peuvent passer les clients qui ont peu d'achats. On pourrait imaginer des guichets rapides aux douanes pour les gens qui présentent moins de risques d'être des terroristes », cite-t-il.

« Une fois qu'on est dans la file des Canadiens avec un passeport en bonne et due forme, par exemple si vous et moi, on débarque après deux semaines de vacances en Europe, je ne pense pas que l'on représente une grande menace pour la sécurité canadienne... »

Les bornes automatisées sont une bonne idée, mais encore faut-il que les voyageurs y aient accès facilement et qu'elles accélèrent véritablement le passage. Au Canada, un douanier doit quand même valider le reçu imprimé que produisent ces bornes. Pour l'instant, elles ne peuvent traiter que les arrivées de voyageurs canadiens et américains. Des aéroports américains ont quant à eux commencé à implanter des guichets automatisés qui peuvent aussi traiter les dossiers de voyageurs d'autres nationalités.

Le fait que de nombreux étudiants étrangers sont arrivés ces derniers jours par les aéroports du pays, passagers pour lesquels le traitement aux douanes est plus long, explique aussi l'attente record à Montréal-Trudeau. Mais, selon Jacques Roy, cet argument ne devrait pas excuser ces retards.

« On nous dit qu'il y a beaucoup d'étudiants étrangers. D'accord, mais ce n'est pas une surprise. Ces étudiants-là ont demandé un visa. Donc, il y beaucoup de travail qui a été fait en amont [avant leur arrivée]. Il n'y a pas de raison que ça prenne des heures à l'aéroport pour traiter ces dossiers. »

Rendre l'attente plus agréable

M. Roy indique que de nombreux aéroports disposent maintenant de tableaux d'affichage qui indiquent non seulement le temps moyen requis pour passer la sécurité avant un vol, mais aussi le temps moyen à l'arrivée, avant de passer la douane.

On pourrait aussi imaginer une salle où les gens pourraient lire ou travailler pendant les heures où ils attendent, au lieu de faire la file, dit-il. 

L'espace où les voyageurs attendent pourrait aussi être pourvu de sièges ou de bancs pour que puissent s'asseoir les personnes âgées ou à mobilité réduite et les enfants, dit-il encore. Le tout pour rendre l'attente plus agréable.

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