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Dans quels pays les enfants ne vont-ils pas à l'école? La réponse en carte

Incontournable du mois d'août : des milliers d'enfants feront leur rentrée scolaire, trimbalant leur sac à dos bien chargé. Or, ils sont environ 60 millions dans le monde à ne pas avoir accès à ce droit universel, bien que l'éducation soit obligatoire dans la majorité des pays. État des lieux.

Un texte de Pascale Fontaine

Malgré des progrès importants dans les années 2000, encore 9 % des enfants de 6 à 11 ans échappent au système d'éducation. Ce sont les filles, les handicapés, les Autochtones et les enfants en zone de conflit qui sont les plus touchés, soutient l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO).

« Les gains faciles ont été réalisés », commence d'emblée Gabriel Goyette, expert en aide publique au développement au Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CERIUM). Scolariser les autres enfants est plus difficile et complexe, poursuit-il pour expliquer le ralentissement des progrès depuis 2007.

« Cela nécessite des interventions plus ciblées », indique Andorinina Rakotonarivo, statisticienne à l'Institut de la statistique de l'UNESCO.

Des interventions plus ciblées, mais aussi plus onéreuses, alors que les budgets stagnent depuis la crise économique et que le terrorisme et la crise migratoire font désormais les manchettes, renchérit Gabriel Goyette.

L'Afrique subsaharienne, l'élève en difficulté

Plus de la moitié des enfants non scolarisés dans le monde vivent en Afrique subsaharienne (34 millions en 2014), qui est colorée en rouge sur la carte. Et pour cause, cette région connaît une grande croissance de sa population.

Or, si cette exclusion persiste, 45 % des enfants ne seront jamais scolarisés, prévient la statisticienne.

La pauvreté est aussi en cause dans une douzaine de pays. « Dans les populations les plus pauvres, il n'est pas rare que les parents aient besoin des enfants comme main-d'oeuvre, particulièrement dans le milieu agricole », mentionne Gabriel Goyette. Envoyer son enfant à l'école équivaut à une perte de revenus pour certains parents.

Les filles, grandes perdantes

« Les filles sont plus susceptibles d'être exclues que les garçons », indique Andorinina Rakotonarivo. Mariage précoce, discrimination, intimidation, environnements peu propices, enseignement genré : les raisons sont multiples, mais aussi spécifiques à chaque pays.

Dans un milieu pauvre, les filles peuvent être affectées aux tâches domestiques, explique la statisticienne. L'absence de toilettes séparées ou une grande distance à parcourir sont autant de situations où la sécurité des filles peut être menacée.

« Il y a aussi la perception des gens. Et même celles de petites filles qui savent que leur avenir est d'être mère-épouse », ajoute Gabriel Goyette. « C'est évident que [pour elles] le gain n'est pas si grand en allant à l'école. »

« C'est aussi un choix rationnel dans certaines familles, si, par exemple, ce sont les hommes qui ont accès au marché du travail de manière disproportionnée par rapport aux femmes », explique-t-il.

Or, les spécialistes en développement peuvent prédire le niveau de scolarité qu'un enfant va atteindre en regardant celui de la mère. « Plus la mère est scolarisée, en général, plus les enfants le seront aussi », résume le chercheur au CERIUM.

Les réfugiés manquent à l'appel

Les grands absents des statistiques sont les enfants réfugiés, migrants ou déplacés dans leur pays.

La moitié des réfugiés en âge de fréquenter le primaire ne sont pas scolarisés, estime le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, malgré des données incomplètes.

« Le problème des réfugiés est important : ce sont des populations qui, très souvent, vont se déplacer, dit Gabriel Goyette. Ils ne sont pas fixés nécessairement à un seul endroit, donc c'est très difficile de les scolariser. »

Quant aux camps de réfugiés où le passage peut s'étaler sur huit ou neuf ans, « les ressources ne sont déjà pas au rendez-vous pour offrir des conditions de vie décentes, observe-t-il. L'éducation n'est donc pas évidente. Mais, en même temps, si on n'offre pas l'éducation aux gens, on sacrifie des générations entières. »

Zone de conflits

Les conflits armés sont un autre obstacle aux écoliers. Sécurité menacée, écoles détruites, enrôlement forcé d'enfants-soldats sont autant de raisons pour les parents de retirer leurs enfants, énumère Andorinina Rakotonarivo.

En 2014, les pays en conflit où il y a le plus d'enfants non scolarisés sont l'Érythrée, le Liberia, le Soudan, le Soudan du Sud ainsi que la Côte d'Ivoire.

Les conflits compliquent aussi la collecte de données à laquelle échappent bien souvent les enfants, rappelle l'UNESCO.

Aller à l'école, ce n'est pas tout

Les statistiques de fréquentation des écoles masquent la qualité de l'enseignement, estime Gabriel Goyette.

« C'est un des problèmes qu'on rencontre en développement international, dit-il. On doit rendre des comptes aux pays du Nord. Ça fait en sorte qu'on évalue ces programmes [en demandant] : "est-ce qu'on a un bon retour sur notre investissement?" Dans ce contexte, c'est plus facile d'évaluer la quantité d'enfants qui vont à l'école que ce qu'ils reçoivent comme éducation. »

Des livres dans la bonne langue, un professeur présent, un contenu pertinent : ce n'est pas toujours gagné dans plusieurs pays.

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