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De gigantesques feux de forêt attisent les tensions en Israël

Des pompiers de plusieurs pays sont arrivés en Israël vendredi pour combattre d'importants incendies de forêt qui ont forcé l'évacuation de plus de 60 000 personnes, mais sans faire de victime. Des pompiers palestiniens participent à la lutte aux côtés d'Israéliens, malgré la suspicion qu'une partie de la classe politique israélienne exprime ouvertement envers eux.

Profitant d’une extrême sécheresse et de vents forts, les feux ont débuté mardi dans la communauté de Neve Shalom, près de Jérusalem, où des Arabes et des Israéliens vivent côte à côte, et se sont rapidement propagés dans le secteur, notamment à Beit Meir. D’autres se sont ensuite déclenchés à Haïfa, troisième ville du pays, dans le nord.

Dans cette dernière ville, des dizaines de milliers de résidents ont été contraints de quitter les lieux devant l’avancée des flammes de plusieurs mètres de haut qui attaquaient les immeubles et menaçaient des quartiers entiers.

Un porte-parole de la police, Mickey Rosenfeld, affirme vendredi que la situation est « sous contrôle » à Haïfa, tout en prévenant qu’elle peut évoluer rapidement. Des centaines de policiers, de pompiers et de secouristes restent déployés dans les quartiers les plus durement touchés pour surveiller et répondre à de nouveaux brasiers.

La situation s’avère également difficile à Beit Meir, village coopératif religieux proche de Jérusalem, où des centaines d’habitants ont dû être évacués au cours des dernières heures.

Personne n’a perdu la vie, et aucune blessure sérieuse n’a été rapportée, bien que des dizaines de personnes aient été hospitalisées après avoir été incommodées par la fumée. Des centaines de résidences ont cependant été la proie des flammes.

Des secours venus de Russie, de Turquie, d’Italie, de Grèce, de Chypre et de Croatie participent au combat contre les flammes ou sont sur le point de le faire. Israël a également accepté des offres d’aide de l’Égypte et de la Jordanie, les deux pays arabes avec lesquels le pays a signé des traités de paix.

Les Palestiniens ont également envoyé des pompiers à la rescousse. Une quarantaine de pompiers et huit camions ont été déployés à Haïfa et à Beit Meir, pour combattre les flammes aux côtés des Israéliens. Une vision hors du commun étant donné les tensions qui divisent les deux peuples.

La crainte de l’« intifada du feu »

Malgré ce coup de main palestinien, la vague d’incendies contribue à alimenter la suspicion d’une partie de la classe politique et de la population à l’égard de la population arabe israélienne et des Palestiniens. Des médias s’interrogent sur le déclenchement d’une « intifada du feu ».

À Haïfa, la police israélienne a annoncé vendredi l’arrestation de douze personnes soupçonnées d’incendie volontaire. Selon M. Rosenfeld, elles ont été appréhendées alors qu’elles tentaient d’allumer un feu ou de fuir une zone incendiée. Il n’a pas fourni d’autres détails.

Le ministre de la Sécurité intérieure, Gilad Erdan, a cependant affirmé qu’elles étaient issues des « minorités », allusion claire aux Arabes israéliens ou aux Palestiniens. « La plus grande probabilité est que leur mobile soit nationaliste », a-t-il déclaré à la radio de l’armée.

Le dirigeant d’extrême droite et ministre de l’Éducation, Naftali Bennett, a accusé des « terroristes nationalistes », d’être à l’origine des brasiers. « Seuls ceux à qui la terre n’appartient pas sont capables de la brûler », a-t-il commenté.

Équivoque, le premier ministre Benyamin Nétanyahou a prévenu que tout incendie volontaire serait considéré comme un « acte de terrorisme », sans dire explicitement si c’était le cas pour les feux qui brûlent.

« Quand le premier ministre parle de terrorisme, même s'il n'emploie pas le mot d'Arabes, tout le monde est censé comprendre : [...] "les Arabes mettent le feu au pays" », a écrit en éditorial le quotidien Yedioth Ahronoth, peu favorable au chef du gouvernement.

Des leaders de la communauté arabe s’indignent, en soulignant que les Arabes israéliens sont également touchés par les incendies. Un responsable arabe israélien de Haïfa, Ayman Odeh, rejette ces allégations, et accuse le gouvernement de tirer parti de la situation pour nourrir la haine contre la minorité arabe, qui représente 17,5 % de la population.

« Je recommande vivement de ne pas jeter de l'huile sur le feu », a commenté à la radio publique le chef de file de l'opposition israélienne, le travailliste Isaac Herzog. « La situation est moins claire que ne le suggèrent les propos tonitruants » de certains, a-t-il dit.

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