Si vous aviez besoin d'implants dentaires et que vous pouviez en obtenir pour quatre fois moins cher en Inde, iriez-vous subir l'opération là-bas? C'est ce qu'a fait le Québécois Jean Seaborn et il ne regrette pas du tout son choix.

Un reportage de Thomas Gerbet, de retour d'Inde

« J’ai trouvé que c’était un hôpital aussi propre sinon plus propre qu’ici, au Québec. » Jean Seaborn, 67 ans, ne tarit pas d’éloges sur les soins qu'il a reçus dans le sud de l’Inde.

L'hôpital MIOT de Chennai est ultramoderne et reçoit des milliers de patients étrangers chaque année, en provenance d’une centaine de pays. L’établissement est l'une des vitrines des ambitions de l’Inde : devenir la première destination mondiale des touristes médicaux.

Selon les estimations de Jean Seaborn, l’opération lui aurait coûté entre 32 000 $ et 50 000 $ au Québec. En Inde, le traitement lui est revenu à moins de 12 400 $, logé et nourri durant trois semaines à l’hôpital.

Lors d'un précédent voyage en Inde, en 2016, le Québécois avait réalisé que le pays ne se résumait pas aux mots saleté et pollution. « Il y a des endroits très propres », a-t-il répondu à certains de ses amis qui le décourageaient d’y aller.

« J’ai reçu un bon accueil, les chirurgiens sont venus me rencontrer à trois ou quatre reprises avant l’opération, raconte Jean Seaborn. Mon feeling était bon. »

Des services en français

Dans l'hôpital indien, le Québécois a bénéficié des services d'une infirmière capable de parler français. En Inde, 38 établissements de santé offrent des services en français, selon le site web du gouvernement India Healthcare Tourism Portal, spécialement destiné aux touristes médicaux. On peut y faire une recherche parmi une trentaine de spécialités, de la chirurgie esthétique à l'oncologie, en passant par l'ophtalmologie.

« On est capable d’offrir la même qualité qu’au Canada », affirme, en français, Dr Rohit Sharma. Le dentiste de Mumbai est accrédité par l'ambassade des États-Unis, qui effectue des inspections régulières pour s'assurer que ses outils et ses pratiques correspondent aux standards américains.

« La principale raison pour laquelle des Occidentaux viennent ici, c'est pour faire des économies, explique-t-il. Avec la main-d'oeuvre indienne moins chère, on peut offrir des couronnes, des implants, des traitements esthétiques, etc. à moindre coût. »

Explosion du nombre de touristes médicaux en Inde

Selon une étude de la firme comptable Grant Thornton, le tourisme médical représente aujourd'hui une manne de 4 milliards de dollars pour l'Inde. Le marché bondira à 10 milliards en 2020.

Les touristes médicaux les plus nombreux en Inde viennent du Bangladesh, de l'Afghanistan et du Nigeria. Mais le pays reçoit aussi de plus en plus d'Occidentaux. Le ministère du Tourisme indien se donne le rôle de « facilitateur » de ce marché très lucratif, qui bénéficie bien évidemment au secteur privé.

Dentistes de rue pour les plus pauvres

Pendant que le système de santé privé se développe à toute vitesse (80 % de l’offre en Inde) avec une médecine de pointe équivalente, voire supérieure, à certains pays occidentaux, le système public fait grise mine. L’accès aux hôpitaux publics indiens est souvent saturé, car ceux-ci manquent d’équipement et de personnel. Quant aux médicaments, ils ne sont pas remboursés.

En l’absence d’un système d’assurance maladie, certains Indiens vont jusqu’à publier des annonces dans les journaux pour demander de les aider à financer leur traitement.

Dans les quartiers pauvres de Mumbai, de petits cabinets dentaires présentent des lacunes d’hygiène évidentes. Le retrait d’une dent y coûte 20 $ et une couronne 200 $.

Dans plusieurs régions rurales, il y a encore des dentistes de rue qui officient en pleine chaleur au milieu des mouches, avec un équipement de bricoleur. Nous avons même constaté la vente de dentiers d'occasion.

Évidemment, la perspective de faire de grandes économies ne doit pas prendre le dessus sur un minimum de prudence. Difficile d'envisager de mener une procédure judiciaire en cas d'erreur médicale. Le mieux est de se référer aux médecins certifiés ou recommandés par des ambassades comme les États-Unis et la France. Les services consulaires canadiens n'offrent pas un tel service en Inde.

Les Canadiens de plus en plus nombreux à se faire opérer à l'étranger

En un an, le nombre de Canadiens partis recevoir des traitements à l'extérieur du pays a bondi de 40 %. En 2016, ils étaient 63 459 à avoir effectué un voyage médical, selon l'Institut Fraser, qui a mené un sondage pancanadien auprès des médecins. Ce chiffre sous-estime même la réalité puisque les dentistes n'ont pas été interrogés.

Selon l'Institut Fraser, c'est la détérioration des délais d'attente qui encourage davantage de Canadiens à se faire opérer à l'étranger. Les États-Unis, le Mexique et Cuba sont les principales destinations des touristes médicaux canadiens, selon les chercheurs.

Au moins 5 % des patients québécois qui ont eu une intervention en neurochirurgie l'ont reçue à l'étranger l'an dernier. En Colombie-Britannique, au moins 7,7 % des patients en otorhinolaryngologie se sont déplacés dans un autre pays pour leur traitement, même chose pour au moins 7,5 % des Albertains qui avaient besoin d'une chirurgie cardiovasculaire.

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