Marine Le Pen et, dans une moindre mesure, François Fillon ont été attaqués mardi lors du vif débat présidentiel à 11 où les « petits » prétendants ont critiqué les programmes et les démêlés judiciaires de certains de leurs « grands » adversaires.

Organisée à trois semaines du premier tour de scrutin sur BFM TV et CNEWS, cette rencontre inédite de près de quatre heures a été émaillée de piquants échanges sur des sujets comme l'Europe, la laïcité et la probité en politique.

Aux cinq candidats favoris des sondages, qui avaient déjà débattu sur TF1 et LCI le 20 mars - Benoît Hamon, François Fillon, Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et Marine Le Pen - se sont ajoutés six prétendants oscillant entre 0,5 et 5 % des intentions de vote dans les enquêtes - François Asselineau, Jacques Cheminade, Nicolas Dupont-Aignan, Jean Lassalle, Nathalie Arthaud et Philippe Poutou.

Selon un sondage Elabe pour BFM TV, le candidat de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a été le plus convaincant (25 %) devant le fondateur d'En Marche! Emmanuel Macron (21 %), le candidat de droite et du centre François Fillon (15 %) et la présidente du Front national Marine Le Pen (11 %), un score deux fois plus faible que les intentions de vote en sa faveur.

Les candidats de l'ultragauche Philippe Poutou et Nathalie Arthaud n'ont pris aucune précaution oratoire pour dénoncer ce qu'ils considèrent comme une différence de traitement entre certains élus et les citoyens.

« Fichez-nous la paix avec la religion! »

Ouvrier chez Ford, le candidat du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) a dénoncé la « triche » de François Fillon, mis en examen dans une affaire d'emplois fictifs présumés, avant d'ironiser sur la décision de Marine Le Pen de ne pas se rendre à une convocation de la justice, comme le lui permet son immunité d'eurodéputée. « Quand on est convoqué par la police, on n'a pas d'immunité ouvrière, on y va », a lancé Philippe Poutou.

Nathalie Arthaud, de Lutte ouvrière, a renchéri sur ce « décalage insupportable », dénonçant en outre « la conception de la laïcité » de Marine Le Pen qui est, selon elle, « une façon d'avancer sur [son] racisme, [sa] xénophobie ».

Jean-Luc Mélenchon a lui aussi ciblé la candidate du Front national, donnée en tête dans la plupart des sondages en vue du premier tour du 23 avril.

« 60 % des Français n'ont pas de religion, fichez-nous la paix avec la religion, lui a-t-il lancé. Nous ne sommes pas obligés de subir vos foucades, vos trouvailles, votre manière d'imposer à tous votre manière de vivre qui n'est pas la nôtre. »

Le candidat de la droite et celle du Front national ont refusé de répondre sur le fond des enquêtes qui les concernent, Marine Le Pen s'estimant même « persécutée politiquement ».

Le thème de l'Europe, fil rouge de la première partie du débat consacrée à l'emploi, a été l'occasion pour Emmanuel Macron de viser Marine Le Pen, sa principale opposante en l'état actuel des sondages.

« Le nationalisme, c'est la guerre. Moi, je viens d'une région qui est pleine de ces cimetières », a dit l'ancien ministre, reprenant la célèbre phrase prononcée par François Mitterrand au soir de sa vie, en 1995. « Madame Le Pen, vous ressortez, pardon de vous le dire, les mensonges qu'on entend depuis 40 ans et qu'on entendait dans la bouche de votre père. »

Ce à quoi la fille de Jean-Marie Le Pen a rétorqué : « On ne se présente pas comme la nouveauté quand on ressort de vieilles badernes qui ont au moins 50 ans. »

Fillon et Macron s'allient contre Le Pen sur l'Europe

François Fillon s'est associé à Emmanuel Macron pour critiquer le programme européen de la dirigeante d'extrême droite, qui prévoit la sortie de l'euro après un référendum.

« Comme on sait tous qu'il y a l'immense majorité de Français qui ne souhaite pas sortir de la monnaie européenne, ça veut dire qu'en réalité, il n'y a pas de politique économique de Mme Le Pen parce que cette politique économique s'effondrera à la minute où les Français se seront prononcés sur la question du maintien dans la monnaie européenne », a-t-il dit.

Le débat s'est aussi concentré sur la question des travailleurs détachés qui payent leurs cotisations sociales dans leur pays d'origine et non au niveau du pays d'accueil.

Pris pour cible par plusieurs candidats, en majorité « eurosceptiques », Emmanuel Macron a dit vouloir réformer cette directive par l'entremise d'« une harmonisation sociale », alors que Marine Le Pen veut la supprimer.

Jean-Luc Mélenchon a reproché à cette dernière de n'avoir pas voté contre la directive au Parlement européen dont elle est membre. Elle s'était abstenue. « Je suis élu, plus de travailleur détaché », a-t-il promis.

À 19 jours du premier tour, Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont en tête, autour de 25 % chacun, dans les sondages d'intentions de vote, devant François Fillon, qui oscille entre 17 et 20 %. En progression depuis deux semaines, Jean-Luc Mélenchon est autour de 15 %, devant le socialiste Benoît Hamon, crédité de 10 % des voix environ.

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