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Demandeurs d’asile : au-delà de la pauvreté, les droits de la personne

Alors qu'ils sont présentés génériquement comme étant des victimes d'un séisme ravageur et d'une pauvreté endémique en Haïti, les demandeurs d'asile incarnent aussi de tristes histoires de persécution et d'atteinte aux droits de la personne, précisent des avocats.

Un texte d'Ahmed Kouaou

« Il faut éviter de généraliser », lance d’emblée Stéphanie Valois, avocate spécialisée en immigration, qui a des clients parmi les demandeurs d’asile récemment arrivés au Québec, en provenance des États-Unis.

Parmi ces gens, dit-elle, il y a des homosexuels, des femmes vulnérables victimes de violence conjugale, des journalistes ou des opposants politiques qui ont de bonnes raisons de craindre un retour dans leur pays d’origine.

C’est que la situation en Haïti, au-delà des difficultés économiques, est aussi faite de persécutions et de violations des droits de la personne, comme en témoignent des rapports d’organisations non gouvernementales.

Ces violations « se répètent tous les jours », avait déclaré en mars 2016 Gustavo Gallon, l'expert indépendant des Nations unies sur la situation des droits de la personne en Haïti.

Un avocat haïtien des droits de la personne, Mario Joseph, avait déjà sonné l’arme lors de son passage à Gatineau, en 2014.

« Au cours des dix dernières années, la liberté d'expression, le droit à l'éducation ainsi que le droit à la santé et au logement sont constamment bafoués par les autorités locales », observait celui qui est reconnu comme étant le plus influent avocat haïtien des droits de la personne.

Au Canada, le statut de réfugié est octroyé généralement quand il y a persécution pour des motifs religieux, politiques, sociaux ou autres. Les arguments économiques (pauvreté, chômage) ne sont pas recevables.

Sans dévoiler les détails de chacun de ses dossiers, Me Valois est confiante quant aux chances de certains de ses clients d’obtenir gain de cause. Elle rappelle tout de même que les taux de régularisation des demandes d’asile au Canada oscillent en moyenne autour de 50 %.

Stéphane Handfield, avocat également spécialisé en immigration, fait le même constat quant à la diversité des cas parmi les demandeurs d’asile haïtiens, rappelant notamment que certains parmi eux étaient déjà aux États-Unis avant même le séisme de 2010.

« Chaque dossier est un cas d’espèce » et il est erroné, selon lui, de mettre tous ces derniers dans la catégorie des réfugiés économiques.

Me Handfield s’étonne par ailleurs de la venue de deux ministres haïtiens au Canada, qui ont expliqué leur déplacement par leur souci de soutenir leurs ressortissants. Ce qui pourrait contredire des demandes basées sur la persécution des autorités haïtiennes.

Il trouve anormal que ces représentants gouvernementaux aient accès à des demandeurs d’asile, à leur identité et à leur historique dans certains cas, alors que la loi canadienne sur les réfugiés est « bâtie sur la confidentialité ».

Celui qui a été pendant quelques années commissaire au CISR estime que cet événement peut être soulevé par les demandeurs d’asile identifiés par ces ministres et qui craignent des représailles s’ils retournaient en Haïti.

Dédramatiser les arrivées massives

Pour le reste, Stéphane Handfield soutient qu’il faut relativiser toute l’agitation médiatique et politique autour de la question des demandeurs d’asile. Il rappelle que le Canada a vécu des vagues d’arrivées autrement plus importantes, pendant lesquelles des Chiliens et des Mexicains affluaient par milliers aux postes frontaliers.

De son point de vue, ce qui frappe l’imaginaire cette fois-ci, c’est moins le nombre d’arrivées, mais le chemin irrégulier emprunté par les demandeurs d’asile, les images de processions de familles et le camp érigé par l’armée pour les accueillir temporairement.

Il invite d’ailleurs les autorités canadiennes à suspendre l’Entente sur les tiers pays sûrs entre le Canada et les États-Unis, qui interdit aux demandeurs d’asile de formuler leur demande dans un poste frontalier. D’où le recours de ces derniers au passage irrégulier du chemin Roxham, près de Saint-Bernard-de-Lacolle, pour se retrouver en sol canadien, où ils peuvent faire leur demande.

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