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Dernier droit de la campagne électorale dans la Turquie d’Erdogan

À trois jours d'un double scrutin présidentiel et législatif en Turquie, l'opposition critique le bilan du président Recep Tayyip Erdogan, qui est au pouvoir depuis plus de 15 ans.

Pratiquement assuré d’une victoire, selon ses partisans, le président Erdogan risque néanmoins de perdre beaucoup de ses électeurs le 24 juin.

« Je croyais qu’Erdogan travaillait pour le bien du pays, mais plus je m’informe, plus je réalise qu’il ne travaille que pour ses propres intérêts », raconte Erman, un jeune turc.

Si Erdogan et son Parti de la Justice et du Développement assurent une présence sur le terrain depuis le début de la campagne, ses opposants en font autant et veulent se faire entendre.

« Selon moi, après tout ce temps, c’est un tyran », lance Zaynap Duygu, qui a déjà été arrêtée et emprisonnée pendant huit mois pour des raisons politiques.

« Oui, je suis menacée ou ils me perçoivent comme une menace, mais ça ne m’arrêtera pas de parler. C’est ce qu’ils veulent : réprimer par la peur », ajoute Mme Duygu.

Depuis une tentative de coup d’État, il y a deux ans, la Turquie est sous les lois de l’État d’urgence. Plus de 100 000 fonctionnaires ont été démis de leurs fonctions et au-delà de 50 000 personnes ont été arrêtées et emprisonnées.

« La Turquie est gouvernée par la peur aujourd’hui, analyse le politicologue Gareth Jenkins. Vous avez les gens qui n’aiment pas Erdogan et qui ont peur du régime, avec raison. Et vous avez les partisans d’Erdogan qui ont peur des histoires qu’il [Erdogan] invente sans cesse pour expliquer ce qui ne va pas bien. »

Malgré les apparences d’une campagne électorale démocratique, la vie est très difficile pour l’opposition, déplorent ses détracteurs.

L'un des adversaires de Recep Tayyip Erdogan dans cette course à la présidence, le dirigeant du parti prokurde HDP, Selahattin Demirtas, a mené sa campagne électorale depuis la prison, où il est détenu depuis 2016.

Muharrem Ince, candidat du Parti républicain du peuple, attire quant à lui les foules et semble gagner la confiance d’une partie importante de l’électorat. Il représente la seule chance d'alternative à Erdogan.

Pour M. Jenkins, « l’incompétence de l’opposition est l'une des principales raisons pour laquelle Erdogan a pu consolider son emprise sur le pays et l’appareil étatique ». Mais cette campagne électorale étonne.

Élections devancées

Les élections étaient prévues en novembre, mais ont été devancées. Selon Erdogan, il était nécessaire de tenir un scrutin plus tôt afin de mettre fin à l’incertitude qui règne depuis l’adoption d’une nouvelle loi par référendum, qui permet un élargissement sans précédent des pouvoirs présidentiels.

Mais ses opposants ne sont pas du même avis et estiment que c'est l'économie qui explique l'urgence de tenir ces élections. Le président Erdogan devait se présenter devant les électeurs avant que la crise économique ne frappe la population de plein fouet, croient-ils.

Erdogan et ses partisans se défendent en reprochant à l'Occident d'être à l'origine des problèmes économiques au pays.

Dimanche, si aucun candidat ne remporte plus de 50 % des voix dès le premier tour de la présidentielle, un second tour se tiendra le 8 juillet.

D'après le reportage de Marie-Eve Bédard

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