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Des centaines de milliers d'Algériens assistent aux funérailles de l'opposant Hocine Aït Ahmed

Après une vie de lutte contre le colonialisme français d'abord et contre le régime algérien après l'indépendance, l'opposant Hocine Aït Ahmed a été enterré dans son village natal, dans les montagnes kabyles, vendredi, en présence de centaines de milliers de personnes.

Rarement une personnalité politique algérienne aura suscité autant de ferveur et d'admiration.

Le cercueil recouvert de l'emblème algérien a été accueilli par la foule scandant en kabyle et en arabe « Assa azeka, Dda Hocine yella yella » (« Aujourd'hui et demain, Hocine restera vivant ») et « Djazaïr horra, dimoqratiya » (« Algérie, libre et démocratique »).

Des milliers de personnes se sont rendues dans le petit village depuis l'annonce le 23 décembre du décès de Hocine Aït Ahmed à l'âge de 89 ans à Lausanne, en Suisse, où il vivait en exil depuis 1966.

Sa dépouille a été rapatriée jeudi à Alger où l'ensemble du gouvernement l'a accueillie à l'aéroport. Et le président Abdelaziz Bouteflika a décrété un deuil national de huit jours, ce qui est réservé habituellement aux anciens chefs d'État.

La télévision nationale a transmis en direct l'arrivée de la dépouille à Alger et son enterrement, alors que de son vivant Hocine Aït Ahmed n'avait pas accès aux médias publics en raison de son opposition au régime.

Hocine Aït Ahmed a refusé d'être inhumé au cimetière officiel d'El Alia à Alger, où sont enterrés cinq chefs d'État et de grandes figures de la résistance au colonialisme français.

Ainsi, ses funérailles ont échappé au régime et se sont transformées en immense manifestation populaire.

Aux honneurs officiels, il a préféré le retour à ses sources près du mausolée où est enterrée une partie de sa famille, en particulier son aïeul Cheikh Mohand Oulhoucine, poète et saint soufi, toujours révéré dans la région.

Jeudi, sa dépouille a été exposée au siège de son parti le Front des forces socialistes (FFS) , à Alger, où des dizaines de milliers d'Algériens se sont déplacés pour lui rendre un dernier hommage.

Plus de 70 ans de lutte

Hocine Aït Ahmed était le dernier survivant des neuf dirigeants qui ont déclenché la guerre d'Algérie contre la puissance coloniale française le 1er novembre 1954.

Recherché par la police coloniale, il s'est réfugié au Caire, en Égypte, d'où il a plaidé la cause algérienne dans le monde jusqu'à son arrestation en 1956.

Après l'indépendance, il deviendra opposant au régime autoritaire qui s'installait en Algérie. Arrêté et condamné à mort, il réussira à s'évader. Il restera en exil 24 ans.

Avec l'ouverture démocratique de 1989, il reviendra au pays et jouera un rôle majeur dans la vie politique algérienne. Lorsque l'armée décidera d'interrompre le processus démocratique après la victoire du parti islamiste le Front islamique du salut (FIS), Hocine Aït Ahmed s'y opposera et refusera la présidence du pays offerte par les généraux.

Il quittera le pays encore une fois après l'assassinat du président Mohamed Boudiaf en juin 1992.

En 1999, il se présente à l'élection présidentielle, mais il se retirera de la course avec cinq autres candidats pour dénoncer « la fraude électorale » en faveur d'Abdelaziz Bouteflika.

Il quittera la vie politique en 2013, laissant derrière lui un héritage remarquable.

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