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Des combats dans la province d'Alep fragilisent la trêve en Syrie

À la veille de la reprise des négociations intersyriennes, le cessez-le-feu en vigueur depuis un mois et demi dans le pays semble de plus en plus fragile, en raison de combats qui font rage dans la province d'Alep, morcelée entre l'armée, les rebelles, les djihadistes et les Kurdes.

« Il y a actuellement une recrudescence notable des opérations militaires, notamment dans la province d'Alep, par rapport au mois de mars », indique Rami Abdel Rahmane, qui dirige l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

Or, Alep, la plus importante ville de Syrie avant que le conflit n'éclate, « détient la clé de la paix ou de la guerre en Syrie », soutient-il.

Lundi, des quartiers rebelles de la ville ont été bombardés par les avions du régime, alors que la fréquence de ces raids avait nettement diminué depuis l'entrée en vigueur de la trêve, le 27 février dernier.

De nombreux affrontements se déroulent par ailleurs le long de l'autoroute qui relie Alep à la capitale, Damas, et les belligérants ne sont pas toujours les mêmes :

  • à Khan Toumane, au sud d'Alep, des combattants du Front Al-Nosra, affilié à Al-Qaïda, tentent de reprendre le contrôle de la localité, actuellement sous le contrôle du régime;
  • à Al-Eis, plus au sud le long de la même autoroute, l'armée tente de repousser les combattants du Front Al-Nosra, qui occupe les lieux depuis la fin mars;
  • dans la région de Handarat, au nord d'Alep, des groupes rebelles ont attaqué une position de l'armée.

Selon l'OSDH, le Front Al-Nosra, « allié à des groupes rebelles » est aussi passé à l'offensive contre le régime dans les provinces d'Hama (centre) et de Lattaquié (nord-ouest), berceau de la communauté alaouite dont est issu le président Bachar Al-Assad. Selon Rami Abdel Rahmane, il s'agit bel et bien d'« offensives synchronisées ».

Le ton monte de part et d'autre

Le premier ministre syrien Waël Al-Halqi avait prévenu dimanche que le régime et ses « partenaires russes » étaient prêts à lancer une offensive pour reprendre Alep, malgré le cessez-le-feu.

Les Russes, alliés indéfectibles du régime de Bachar Al-Assad, accusent les djihadistes du Front Al-Nosra d'avoir convaincu des groupes rebelles de se battre à leurs côtés contre le régime et d'avoir ainsi mobilisé des milliers de combattants.

Contrairement aux groupes rebelles réunis au sein du Haut Comité de négociations, un groupe de combattants sunnites soutenu par l'Arabie saoudite et la Turquie, le Front Al-Nosra n'est pas concerné par la trêve, tout comme le groupe armé État islamique (EI) et les Kurdes.

« Nous sommes préoccupés par les plans visant à attaquer et à prendre le contrôle d'Alep alors qu'il y a là-bas des groupes d'opposition qui font partie de la cessation des hostilités », a déclaré lundi un porte-parole du département d'État américain, Mark Toner.

« Nous avons parlé du fait que tout le monde doit se concentrer sur Al-Nosra et Daech (acronyme arabe de l'EI), mais que nous ne pouvons pas avoir de chevauchements ni de violations [de la trêve, NDLR] en combattant ces groupes qui se sont investis dans le cessez-le-feu », a-t-il affirmé.

Le ministère français des Affaires étrangères affirme pour sa part que « les effets des offensives du régime et de ses soutiens autour d'Alep et dans la Ghouta orientale [...] sont une menace pour la cessation des hostilités. »

De Mistura plaide pour le maintien de la trêve

L'émissaire des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, poursuit néanmoins une tournée diplomatique dans la région pour promouvoir l'importance de préserver la trêve.

« La cessation des hostilités est peut-être fragile, mais elle existe. Nous devons nous assurer qu'elle va se poursuivre même s'il y a des incidents contenus », a-t-il déclaré lundi, après avoir rencontré le chef de la diplomatie syrienne, Walid Mouallem, à Damas.

« La prochaine phase des pourparlers de Genève est cruciale » car « elle se concentrera sur la transition politique, la gouvernance et les principes constitutionnels », a-t-il ajouté.

M. de Mistura s'est rendu mardi à Téhéran pour discuter avec le gouvernement iranien, autre allié clé de Damas dans le conflit.

« Nous avons expliqué à M. de Mistura nos inquiétudes après l'augmentation ces derniers jours des actions militaires des groupes armés irresponsables et de la hausse des cas de violation du cessez-le-feu », a déclaré à la télévision d'État le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir Abdollahian, après ces discussions.

« Ces questions sont inquiétantes et peuvent porter atteinte au processus politique en cours », a-t-il ajouté.

Ce processus demeure lui-même fragile, puisque le régime et les opposants y prenant part demeurent fermement campés sur leurs positions.

L'opposition exige la création d'un corps exécutif doté de tous les pouvoirs dont serait exclu le président Bachar Al-Assad. Or le régime se borne à proposer un gouvernement élargi à des membres de l'opposition, placé sous la présidence d'Assad.

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