Retour

Des églises clandestines pour résister au régime chinois

La répression croissante envers les chrétiens en Chine force des centaines de milliers de croyants à se tourner vers des églises clandestines pour pratiquer leur foi.

Yavn Côté

  Un texte d'Yvan Côté

À l'abri des regards, dans un petit appartement de Pékin, une dizaine de chrétiens entonnent des chants religieux et se recueillent autour de la Bible. Parmi eux, le psychiatre Xu Yonghai, qui a connu les camps de travail et la prison pour avoir tenté de défendre sa foi chrétienne. Il a même perdu le droit de pratiquer sa profession.

Des églises contrôlées

Xu Yonghai s'est converti au protestantisme à la suite des manifestations de la place Tiananmen en 1989. Le pays vivait alors des moments tragiques, et la religion a été un exutoire lui permettant de retrouver ses repères.

Au début, l'homme dans la quarantaine a visité les églises traditionnelles, mais il a rapidement réalisé que les prêches étaient prorégime et que le message de Jésus était dilué dans des discours écrits par le Parti communiste. En Chine, les églises et les pasteurs doivent être approuvés par le gouvernement.

Le psychiatre a donc décidé, comme des centaines de milliers de croyants, de créer sa propre église. Selon certaines évaluations, il y aurait en ce moment plus de 65  millions de chrétiens en Chine. Ces estimations comprennent les églises approuvées par l'État et les églises clandestines.

Les chrétiens sont de plus en plus nombreux. Ils risquent même de dépasser en nombre les membres du Parti communiste d'ici 2030. On compte actuellement 88 millions de membres du parti.

Cette donnée pourrait expliquer la vaste campagne antireligion qui se déroule dans le sud de la Chine depuis deux ans. Plus de 20 églises ont été démolies, 1500 croix ont été enlevées des bâtiments et au moins 130 fidèles ont été blessés alors qu'ils tentaient de défendre leurs églises.

14 ans de prison pour un pasteur

De nombreux pasteurs ont aussi été arrêtés par le gouvernement. Bao Guohua, un prêtre de la province du Zhejiang, a reçu une peine de 14 ans de prison pour des accusations de corruption et pour avoir troublé la paix sociale après avoir tenu tête au gouvernement.

Selon l'organisme de bienfaisance China Aid, établi au Texas, les cas de persécution envers les chrétiens sont sept fois plus nombreux aujourd'hui en Chine qu'en 2008.

Cette situation renverse l'ancienne haute-commissaire aux droits de l'homme Louise Arbour, qui est de passage à Pékin.

Malgré les préjudices, Xu Yonghai continue d'organiser des rencontres chaque vendredi dans son petit appartement de Pékin. « Sans Jésus, il n'y a plus d'espoir dans ce pays », insiste-t-il.

Il faut dire qu'il n'a plus grand-chose à perdre. Presque tous les membres de son groupe ont été arrêtés au moins une fois.

Plus d'articles

Commentaires