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Des employés de Google dénoncent un projet d’intelligence artificielle à des fins militaires

Des milliers d'employés de Google, dont des dizaines d'ingénieurs haut placés, ont dénoncé, dans une lettre, l'implication du géant du web dans un projet du Pentagone visant à développer des algorithmes basés sur l'intelligence artificielle capable d'analyser les vidéos enregistrées par les drones militaires.

Un texte de Rania Massoud

La lettre, publiée mercredi dans le New York Times, a récolté plus de 3100 signatures et reflète, selon le quotidien américain, « le conflit culturel opposant Silicon Valley au gouvernement fédéral ». Ce conflit risque de « s’intensifier avec l’utilisation de plus en plus fréquente de l’intelligence artificielle à des fins militaires », poursuit le journal.

Les signataires de la lettre affirment que le projet conjoint avec le Pentagone - baptisé Maven - « causera des dommages irréparables » à la réputation de l’entreprise californienne.

« Google ne doit pas s’impliquer dans les affaires de la guerre », peut-on lire dans la lettre adressée à Sundar Pichai, président-directeur général de Google.

Les employés appellent le géant du web à se retirer du projet Maven et à s’engager à ne « jamais développer des technologies de guerre », évoquant la devise de Google Don't be evil (Ne faites pas le mal).

Une source de Google a cependant indiqué au New York Times que la lettre a été rédigée avant que l’entreprise n’ait eu le temps d’expliquer le projet à ses employés.

Un coup de pouce pour les drones du Pentagone

Lancé il y a un an, le projet pilote servira, selon le Pentagone, à mieux identifier les différents éléments, comme des véhicules ou des objets, apparaissant sur les images filmées par des drones.

Chaque jour, les drones de l’armée américaine capturent une quantité tellement importante d’images que les analystes ne peuvent pas toutes les décortiquer.

Selon le Wall Street Journal, le département américain de la Défense a dépensé 7,4 milliards de dollars en intelligence artificielle en 2017. Le projet pilote mené avec Google constituerait la première étape du projet Maven.

« La technologie signale des images destinées à être analysées ensuite par des humains et ne sert qu’à un usage non offensif », avait affirmé Google dans un communiqué adressé au site américain Gizmodo qui avait révélé début mars la nouvelle de cette collaboration controversée. L’entreprise californienne, qui emploie plus de 70 000 personnes, rappelle par ailleurs qu’elle travaille depuis longtemps avec des agences gouvernementales.

« L’utilisation de l’apprentissage automatique à des fins militaires suscite des inquiétudes légitimes, a-t-elle ajouté. Nous discutons activement de ce sujet important en interne et avec d’autres, et nous continuons à établir des politiques et des garde-fous concernant le développement et l’utilisation de nos technologies d’apprentissage automatique. »

Plusieurs hauts dirigeants de Google entretiennent des relations étroites avec le Pentagone, rappelle toutefois le New York Times, citant l’ancien PDG Eric Schmidt et le vice-président Milo Medin, qui siègent tous les deux sur un comité consultatif du Pentagone.

En novembre dernier, M. Schmidt avait affirmé que « dans le milieu de la technologie, il y a une inquiétude générale quant au fait que le complexe militaro-industriel puisse utiliser de manière inappropriée leurs outils pour tuer des gens ». Il a affirmé siéger sur le comité du Pentagone pour « ouvrir la voie au dialogue », tout en assurant que l’armée américaine « se servira de cette technologie pour préserver la sécurité du pays ».

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