Elles sont venues de partout aux États-Unis : jeunes, moins jeunes, Blanches, Noires, Latino-Américaines, musulmanes, démocrates et républicaines. Plus de 200 Américaines se sont donné rendez-vous au Minnesota, par une froide fin de semaine de novembre, pour apprendre à faire de la politique et se donner des outils pour résister à l'élection de Donald Trump.

Un texte de Christian Latreille

Un an après la marche des femmes, où 4 millions de personnes étaient descendues dans la rue, la plupart sont encore dégoûtées par l’arrivée du milliardaire et ses politiques de droite.

Erin Vilardi dirige l’organisation Vote Run Lead, qui enseigne aux femmes les rudiments de ce métier encore dominé par les hommes.

C'est son groupe qui tient l'événement auquel nous assistons, sous le thème « Run as you are » (« Présente-toi telle que tu es »).

La politique est un sport extrême où tous les coups sont permis, surtout aux États-Unis. Un combat où l’on doit souvent sortir de sa zone de confort pour promouvoir ses idées et sa personnalité.

Comme pour Cindy Woodward (nom fictif pour protéger son identité, NDLR). Elle a la gorge nouée par l’émotion quand elle se rappelle la violence familiale qui sévissait souvent chez elle quand elle était petite. Elle devait protéger son jeune frère et sortir au plus vite de la maison.

C’est une organisation venant en aide aux enfants qui lui a permis de s’en sortir, à l’époque. « Je souhaite faire de la politique parce que je crois que tous les enfants ont droit à des services sociaux », explique-t-elle.

Carol Bontekoe, du Michigan, raconte comment, le 14 août 2016, elle été poignardée à de nombreuses reprises et a perdu l’usage d’un oeil.

« Le but de cette formation est aussi de permettre aux femmes de démystifier les différents aspects de la politique que maîtrisent les hommes, indique Erin Vilardi. Par exemple : le financement, le réseautage, la capacité de s’exprimer devant une foule. »

Elle ajoute que ces femmes souhaitent aussi rester authentiques lorsqu’elles tentent de convaincre. Leur but est d’émouvoir leurs futurs électeurs.

Cette formation intensive est brutale pour plusieurs, pour qui le simple fait de parler en public relève de l’exploit.

C’est le cas de Jacquelyn Cordova, 26 ans, du Nouveau-Mexique, incapable d’affronter une foule pour faire passer son message.

Le stress et l’angoisse la paralysent. Elle pleure seule sur la scène, le micro pendu au bout des doigts, alors que ses consoeurs l’applaudissent pour lui donner du courage.

Après cette expérience traumatisante, Jacquelyn nous raconte ce qu’elle vient de vivre il y a peine quelques minutes. Elle devient étonnamment volubile et inspirante.

« Ce que je trouve le plus difficile, c’est de constater que durant des siècles, les voix de toutes les femmes, ici, n’ont pas été entendues ni écoutées », dit Mme Cordova.

Donald Trump, l'ennemi

Toutes les femmes que nous avons rencontrées durant cette fin de semaine de formation intensive partagent la même haine de Donald Trump et le même désir de changer les choses.

Elles ne comprennent pas comment un homme qui a été dénoncé par une quinzaine de femmes pour agression et harcèlement sexuels a pu devenir leur président.

Ces Américaines comprennent encore moins pourquoi 53 % des femmes ont voté pour lui.

Rina Shah, une républicaine de longue date, ose une explication : « Les femmes ont pris un risque en votant pour Trump. Elles se sont dit : "Essayons quelque chose de complètement nouveau. Secouons le système et on verra bien." C’est ça le vote des femmes pour Trump. »

Avec le recul, des millions d’Américaines regrettent aujourd’hui leur vote. Plus de 6000 groupes de résistance sont nés de l’élection du milliardaire. Partout au pays, les femmes ont décidé de transformer leur colère en action politique.

Mme Shah, qui est venue partager son expérience politique avec ces femmes, affirme que la présidence de Donald Trump ne sert personne d’autre que la famille Trump. « Il n’a pas les intérêts des Américains à coeur », estime-t-elle.

Tishaura Jones, une démocrate qui a perdu la course à la mairie de St. Louis par 800 voix en 2016, est venue à Minneapolis pour aider des futures candidates à développer leur instinct politique.

Les femmes réunies à Minneapolis ne feront pas toutes le grand saut en politique. Mais cette formation intensive leur aura permis de réaliser que le pouvoir de changer les choses est à leur portée.

« Les gens commencent à nous écouter, souligne Jacquelyn Cordova. Ils nous écoutent parce qu’ils réalisent que nous ne sommes pas sur la bonne voie. »

« Nous sommes toutes d’avis, peu importe nos allégeances idéologiques, que le fait d'avoir plus de femmes en politique et à des postes de pouvoir va nous permettre de guérir les blessures collectives dont nous souffrons depuis très longtemps dans ce pays », affirme Rina Shah.

Ces guerrières de la politique repartent de Minneapolis non seulement motivées, mais aussi convaincues plus que jamais que les femmes ont vraiment le pouvoir de changer le monde.

Plus d'articles