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Des Haïtiens appellent à l'aide : « On est en train de crever de faim »

Ils ont tout perdu et appellent au secours. Quatre jours après le terrible ouragan qui a ravagé le sud du pays et tué au moins 877 personnes, des sinistrés désespèrent d'attendre l'aide humanitaire.

Un reportage de Thomas Gerbet

Educhina Adeline n'a pas mangé depuis trois jours. La mère de famille de Camp-Perrin n'a plus de toit au-dessus de la tête. Il s'est envolé. Et ce qu'il y avait à l'intérieur de sa maison a été emporté par l'inondation.

La ville est méconnaissable, plongée dans le chaos depuis mardi. Tout est à terre. La plupart des arbres sont couchés, tout comme les habitations de tôle. Même les maisons de béton ont été abîmées.

Les habitants ont commencé à reconstruire des toitures, mais le travail prendra des mois, voire des années. Il manque de matériaux de construction. Il n'y a plus d'électricité. Les rues sont remplies de choses en train de sécher : des vêtements, des matelas, des draps... même les pierres tombales sont mises à contribution.

« Il faut tout sécher parce qu'on n'a rien pour dormir, rien pour se coucher, explique Brisson Sidore. Même la nourriture est tout abîmée ». Les plantations d'avocats, d'oranges, de bananes et de noix de coco sont à terre. Quant au bétail, il a été emporté par les eaux.

Sans eau potable, les habitants de Camp-Perrin sont obligés de boire de l'eau potentiellement contaminée, avec le risque de développer des maladies en résurgence, comme le choléra.

« On ne sait pas quoi faire », ajoute Brisson Sidore. Les habitants de Camp-Perrin perdent patience.

« On est en train de crever de faim. S'il vous plaît, venez nous aider, lance un voisin qui nous attire dans les débris de sa maison. On veut faire passer notre voix au travers de votre micro. Dites-leur qu'on n'a plus rien. On n'a pas de support, on n'a pas d'aide. Haïti n'est plus un pays. Les Blancs doivent nous aider. »

« Le gouvernement haïtien ne fait rien, même la Croix-Rouge ne fait rien pour nous aider », ajoute Raymond Morin, un père de famille du village.

L'État et l'organisme, comme d'autres, ont lancé des initiatives, mais pour le moment, elles n'ont pas atteint cette ville. Les ONG et les pouvoirs publics se heurtent aux routes coupées ou détruites par l'ouragan, en plus des nombreuses populations dans le besoin.

Comme les antennes de la compagnie de téléphone Digicel ont été endommagées, personne ne peut appeler depuis Camp-Perrin. Ceux qui en sont capables peuvent monter sur une colline qui surplombe la ville, dans l'espoir d'obtenir un peu de réception cellulaire.

« Ici, c'est comme Bell Canada », plaisante Michel Pierre. L'homme de 67 ans fait des blagues, mais il est bouleversé par la destruction de son village, où il passe plusieurs mois par année. Le reste du temps, il vit dans l'arrondissement d'Anjou, à Montréal.

« C'est pas croyable. Tout a été détruit. C'est comme si l'armée avait déposé une bombe à neutrons. Mardi, c'était presque comme la fin du monde », raconte-t-il.

En observant son village du haut de la colline, Michel Pierre, retraité de la construction québécoise, fait preuve de cette résilience si forte chez les Haïtiens : « On a pris un dur coup, mais on va se relever. On est des Haïtiens! On a besoin d'aide, mais on va se relever. »

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