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Des « journalistes » envoyés par l'EI en Occident?

CHRONIQUE - Les autorités allemandes ont arrêté jeudi un homme qui aurait agi à titre de « correspondant à l'étranger » pour l'agence Amaq, l'un des organes de presse du groupe armé État islamique (EI). Ça en dit long sur le fonctionnement de cette machine de propagande du groupe terroriste.

Cette nouvelle, qui est passée un peu inaperçue, pourrait aider à expliquer comment l'EI obtient ses informations.

Selon les autorités allemandes, Mohammed G., un homme de 23 ans d'origine syrienne, a été arrêté jeudi dans la province de Westphalie pour avoir possiblement entretenu des liens avec l'EI. Mais ce qui intéresse les observateurs de l'EI, c'est que le communiqué des autorités allemandes affirme que l'homme en question aurait agi à titre de « journaliste » pour l'agence Amaq.

« [Mohammed G.] est arrivé en Allemagne à titre de contact entre Amaq et des terroristes potentiels », peut-on lire.

Les autorités accusent Mohammed G. d'avoir entre autres été en contact avec un homme qui aurait attaqué un centre communautaire chiite en Suède, en octobre 2016, ajoute le communiqué. Le « journaliste » aurait cherché à vérifier si l'homme était véritablement l'auteur de l'attaque pour le compte d'Amaq. Le journal hebdomadaire de l'EI, Al-Naba, a par la suite revendiqué l'attaque.

Vous comprenez que c'est une démarche qui ressemble étrangement à ce que tenterait de faire un correspondant étranger : appeler des sources locales pour vérifier l'information avant de publier un texte.

Comme je l'écrivais cette semaine dans une série d'articles sur les revendications d'attentats terroristes de l'EI, le groupe terroriste mise beaucoup sur sa stratégie de communication. Ses deux organes de presse, Amaq et Nashir, prennent soin de revendiquer des attaques que l'EI a soit organisées, ou du moins inspirées.

Je soulignais aussi que l'EI semblait se baser sur des sources médiatiques locales pour étoffer ses revendications. Si le groupe terroriste reprend souvent des informations inexactes qui ont circulé dans les médias, reste que l'EI n'a jamais revendiqué une attaque avec laquelle il n'avait aucun lien.

De nouvelles pistes de réponse?

La journaliste du New York Times Rukmini Callimachi, qui se spécialise dans les questions de terrorisme, fait d'ailleurs remarquer que cette arrestation pourrait répondre à certains questionnements qu'avaient les observateurs à propos des activités d'Amaq. Les communiqués de revendication d'attaques terroristes commencent souvent par : « selon une source de sécurité d'Amaq ». Est-ce que cette « source de sécurité » serait un (ou des) « correspondants » étrangers un peu partout dans le monde?

Si l'agence a des « correspondants » en Occident, ça pourrait aussi expliquer comment Amaq réussit à téléverser des images et des vidéos dans des salles de clavardages cryptées sur l'application Telegram, alors que l'accès à Internet en Syrie et en Irak n'est pas très fiable.

Bref, tout ça démontre encore une fois comment l'EI prend au sérieux sa stratégie de communication, au point d'envoyer des agents à l'étranger pour colliger de l'information.

C'est d'autant plus hallucinant qu'à une époque où plusieurs salles de nouvelles se retrouvent à couper leurs correspondants internationaux, l'EI, lui, trouve le moyen d'en déployer.

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