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Des journalistes et des enfants tués en masse lors d'attentats-suicides en Afghanistan

Au moins 36 personnes ont été tuées et 65 autres, blessées, lundi, dans une série d'attentats-suicides en Afghanistan. À Kaboul, des kamikazes ont visé les services de renseignements afghans et les journalistes, tandis qu'à Kandahar, un homme s'est fait exploser près d'un convoi de l'OTAN entouré d'enfants.

La plus meurtrière des deux attaques a eu lieu dans la capitale afghane, où un double attentat-suicide revendiqué par le groupe armé État islamique (EI) a fait 25 morts et 49 blessés, selon un bilan du ministère de l'Intérieur.

La première explosion s'est produite vers 8 h, heure locale, près des bâtiments des services de renseignements, le NDS, dans un quartier abritant également des bureaux de l'OTAN et des ambassades.

Une trentaine de minutes plus tard, un second assaillant s'est fait exploser quelques centaines de mètres plus loin parmi les membres de la presse qui avaient accouru pour couvrir le premier attentat et qui étaient rassemblés derrière un cordon de sécurité.

Selon Reporters sans frontières (RSF) et le Centre des journalistes d'Afghanistan (AJC), neuf membres des médias ont péri dans cette attaque, un bilan sans précédent dans ce pays en guerre depuis 40 ans.

Parmi les victimes figure notamment Shah Marai, chef photographe du bureau de l'Agence France Presse à Kaboul, dont les clichés offraient une fenêtre sur le pays depuis près de 20 ans.

Les autres journalistes tués étaient employés par des médias afghans : deux travaillaient pour la chaîne de télévision Mashal, deux pour 1 TV, deux pour Radio Azadi et un pour la chaîne d'informations en continu Tolo News.

Selon un porte-parole du ministère de l'Intérieur, Najib Danish, le second kamikaze s'est fait passer pour un journaliste et a montré une carte de presse pour accéder au site où les journalistes étaient rassemblés. Une source sécuritaire soutient qu'il était « muni d'une caméra ».

L'attaque de Kaboul a été rapidement revendiquée par l'EI qui s'en est pris dans un communiqué aux « apostats des forces de sécurité et des médias ».

L'AFP « dévastée » par la mort de son photographe

Âgé de 48 ans, Shah Marai avait entrepris sa carrière à l'AFP en 1996, en tant que chauffeur.

À cette époque, il avait déjà été roué de coups parce qu'il écoutait de la musique au volant, ce qu'interdisaient les talibans alors au pouvoir. Il en avait longtemps conservé des séquelles et avait été opéré à l'étranger en 2012.

Après avoir commencé à prendre quelques clichés en 1998, il est devenu photographe à temps plein en 2002. Entre-temps, il avait annoncé pour l'AFP les premiers bombardements américains sur l'Afghanistan, quelques semaines après les attentats du 11 septembre 2001.

Avec la fin du joug taliban, « tout redevenait possible, même les choses les plus simples, comme d'aller chez le coiffeur se faire raser la barbe », avait raconté Shah Marai, qui avait toujours le visage glabre.

Dans les années qui ont suivi, Shah Marai a continué de couvrir l'horreur, le pays étant plongé dans une violente guerre civile. Plus récemment, il avait été témoin de l'installation dans le pays de l'EI, groupe rival des talibans.

Lors d'un séjour à Paris en 2016, Shah Marai avait décrit ses « nuits sans sommeil », passées à fumer, accablé par ses doutes après avoir été témoin de « tant d'attentats, de tant de victimes ».

Guillaume Lavallée, ancien correspondant pour l’AFP et maintenant professeur de journalisme à l’UQAM, a perdu un ami.

« [Shah Marai] était un être apprécié de tous, une personne au cœur en or et aussi quelqu’un qui riait tout le temps », a-t-il confié dans une entrevue lundi à 24/60.

« Marai était un peu la légende de la photographie à Kaboul, dans le sens où depuis le début du conflit en 2001, il photographiait son pays, explique M. Lavallée. Il vivait son pays. Il ne pouvait pas dire je reste deux semaines et je retourne chez moi boire du champagne. Lui, c’était son pays. Sa famille était là. Il a fait le choix de rester. »

D’ailleurs, de nombreux messages de sympathie et de condoléances affluaient au bureau de l'AFP-Kaboul dont un autre journaliste, Sardar Ahmad, a été tué en mars 2014 avec toute sa famille, à l'exception d'un enfant alors âgé de 3 ans, dans un attentat taliban. Ce dernier était un très proche ami de Shah Marai.

Le photographe de l'AFP était lui-même père six enfants, dont une dernière petite fille née il y a 15 jours.

11 enfants tués à Kandahar

Une seconde attaque d'envergure a eu lieu lundi vers 11 h près de l'aéroport de Kandahar, lorsqu'une explosion s'est produite au passage d'un convoi transportant des soldats roumains de l'OTAN, chargés d'assurer la sécurité à l'aéroport de la ville.

Onze enfants d'une école religieuse qui s'étaient massés près du convoi ont été tués, selon un bilan fourni par le gouvernement provincial. L'explosion a aussi fait 16 blessés, dont 8 soldats roumains et 2 policiers afghans.

Des informations contradictoires circulent au sujet de la source de l'explosion. Les autorités locales parlent d'un kamikaze, l'OTAN évoque une voiture piégée, tandis que le ministère roumain de la Défense l'attribue à un engin explosif improvisé.

Personne n'a encore revendiqué cette attaque à Kandahar, une région où des soldats canadiens ont longtemps été déployés pour assurer la sécurité et la protection du gouvernement local.

Associated Press rapporte également que le responsable des enquêtes criminelles du district de Behsud, dans la province de Nangarhar, dans l'est du pays, a aussi été tué par une explosion lundi. Quatre autres personnes ont été blessées dans cette attaque, qui n'a pas été revendiquée.

Selon l'ONU, Kaboul est devenu l'endroit le plus dangereux d'Afghanistan pour les civils avec une recrudescence des attentats, généralement perpétrés par des kamikazes et tour à tour revendiqués par les talibans ou l'EI.

Le précédent en date dans la capitale, le dimanche 22 avril, a fait près de 60 morts et 20 blessés dans un quartier à majorité chiite. Un kamikaze de l'EI avait visé un centre de délivrance de cartes d'identité en vue des élections législatives du 20 octobre.

L'une des attaques les plus meurtrières, le 27 janvier, avait fait 103 morts et plus de 150 blessés.

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