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Des Latino-Américains de Baltimore rêvent du Canada

Les Salvadoriens et les Honduriens pourraient former la prochaine vague de migrants à la frontière canadienne. Depuis la fin de 2017, des milliers d'entre eux, présents aux États-Unis depuis plus de 20 ans, se sont vu retirer leur statut de protection temporaire. Ces Latino-Américains vivent depuis dans l'angoisse d'être déportés par l'administration Trump.

Un texte Jean-Michel Leprince

Les États-Unis ont généreusement accordé des statuts protégés à des milliers de victimes de guerres civiles, de l’ouragan Mitch en 1998 et des séismes de 2001 au Salvador.

Les Européens (Polonais, Juifs, Italiens, Irlandais) sont arrivés au début du 20e siècle, les Cubains après la révolution castriste (1959) et les Centraméricains (Salvadoriens, Guatémaltèques, Honduriens) après les guerres civiles des années 80.

Nombre d'entre eux se sont établis à Baltimore.

Cette ville portuaire a connu des difficultés économiques dans la deuxième moitié du 20e siècle et elle s’est dépeuplée. Ce sont les immigrants qui lui ont permis de se maintenir autant d'un point de vue démographique (600 000 habitants) qu'économique.

Encore aujourd'hui, ces immigrants contribuent à la société américaine.

Pas des assistés sociaux

Ces gens travaillent et paient des impôts aux États-Unis. Contrairement aux clichés propagés par beaucoup de partisans de Donald Trump, la très grande majorité des immigrants latino-américains (et autres) ne sont pas des assistés sociaux.

Difficile de rencontrer ces immigrants menacés d’expulsion. Les ONG ou les différents services aux immigrants de la ville, de l’État ou des comtés ont refusé de nous mettre en contact avec des Salvadoriens ou des Honduriens touchés par la politique « tolérance zéro » de l’administration Trump.

Le Centre Esperanza (espoir en espagnol) nous a toutefois dirigés vers le père Bruce Lawandowski, curé de la paroisse Sacré-Cœur de Baltimore qui, lui, a cru bon nous aider. Ses fidèles sont presque tous des Centraméricains.

Les Herrera

Ersilia et Marcelino Herrera, du Honduras, expliquent qu'ils vivent aux États-Unis depuis 1998. Ils aident financièrement leurs enfants restés au pays. Ils sont désemparés depuis la récente annonce de leur perte de statut.

Le couple est originaire de la région de San Pedro Sula, qui est considérée comme l'une des villes les plus meurtrières du monde. Au Honduras, les bandes criminelles (Maras) font la loi dans beaucoup de quartiers. La police est inefficace ou corrompue.

Les Santos

La famille Santos du Salvador est composée de Mario, Sandra et de leurs trois filles, nées aux États-Unis.

Travaillants, parfaitement intégrés, ils ont peur de tout perdre : travail, maison, amis. Ils ont un avocat pour les aider. Sandra a déjà revendiqué l’asile politique, mais rien n’indique qu’elle l’obtiendra; et si elle l’obtenait, son mari n’y aurait pas droit, à moins qu'il fasse la même démarche lui-même.

L’aînée des trois filles n’a que 12 ans. Elle ne pourrait pas, avant ses 21 ans, parrainer ses parents pour immigrer légalement. Toute la famille est donc menacée de devoir retourner, l’an prochain, au Salvador.

Et Juan

Depuis 14 ans aux États-Unis, Juan, lui, est illégal. L'homme de 36 ans a appris l’anglais et il est mécanicien. Il aide financièrement sa famille qui est restée au Salvador.

Juan se cache de la police d’immigration, dont les rafles sont de plus en plus fréquentes. Il a tenté à plusieurs reprises de faire légaliser son statut, mais il a échoué à chaque fois pour des raisons techniques hors de son contrôle.

Rêver du Canada

S’ils ne peuvent pas rester aux États-Unis, les Herrera et les Santos songent à demander l'asile au Canada. Pas question de retourner dans leur pays d’origine. Tous vivent dans la terreur de se faire arrêter par la police de l’immigration à n’importe quel moment.

À Baltimoire, l’Église catholique est très engagée dans la défense des droits des immigrants. Simple question d’humanité.

« Nous sous-estimons également l’effet que cela a sur les individus et les familles, le niveau d’insécurité, de crainte, d’angoisse et de stress que [ce sentiment anti-immigrant] provoque », explique le père Lewandowski.

L'aide des avocats nécessaire

Catholic Charities USA, fondée en 1910, membre de l’association Caritas Internationalis, se consacre à réduire la pauvreté en Amérique, à fournir des services aux personnes dans le besoin et à lutter pour une justice pour tous.

Depuis 55 ans, Catholic Charities gère le centre Esperanza à Baltimore. En plus de cours de langue et de services médicaux et sociaux, Esperanza a un service juridique composé d’une dizaine d’experts et d’une centaine de bénévoles.

Selon Heather Benno, directrice des services juridiques d’Esperanza, sans avocat, ces immigrants menacés d’expulsion n’auront pratiquement aucune chance de pouvoir rester aux États-Unis en réclamant l’asile politique ou la résidence pour des raisons humanitaires.

La majorité d’entre eux n’ont pas les moyens de consulter un avocat ou ne savent pas quoi faire. Les ONG ne suffisent pas à la demande.

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