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Des migrants d'Amérique centrale continuent d'affluer vers le Mexique

La traversée du Mexique par ces migrants qui fuient les violences en Amérique centrale est de plus en plus difficile, dangereuse et chère. Ils cherchent de nouvelles routes pour échapper aux autorités mexicaines et, de plus en plus, ils se lancent en mer, dans l'océan Pacifique.

Un texte de Jean-Michel Leprince

En 2014, le Mexique s'est plié aux demandes américaines de mieux contenir sa frontière sud. D’où le nom de « Frontera Sur » donné au plan mis en place pour interdire le plus possible l’entrée de migrants d’Amérique centrale. Il est effectivement plus difficile pour un Centraméricain de traverser le Mexique vers la « terre promise », les États-Unis, où beaucoup d’entre eux ont déjà de la famille.

L'an dernier, le Mexique a expulsé près de 150 000 migrants illégaux en provenance d'Amérique centrale. Depuis le début de la présidence de Donald Trump, les expulsions continuent au même rythme, car le flot de migrants qui fuient la violence en Amérique centrale n'a pas diminué.

Barack Obama est le président américain qui a expulsé le plus d’immigrants illégaux pendant son mandat. Malgré sa rhétorique, Donald Trump n’a pas atteint le même rythme.

Le Mexique de son côté a fait mieux. En 2016, les États-Unis ont expulsé 96 000 immigrants illégaux du Mexique et surtout d’Amérique centrale, alors que le Mexique, lui, en a mis à la porte 147 000.

Malgré ces obstacles, ils sont encore nombreux à fuir la violence au Honduras, au Salvador, au Venezuela et à tenter de traverser le Mexique.

La Bestia

Jusqu’en 2015, le train était le moyen de transport le plus utilisé par les migrants, surtout ceux qui avaient peu d'argent. Un train de marchandises, qu’on a baptisé « la Bestia », la bête. Parce que chevaucher la Bestia, entre les wagons ou sur leur toit, était particulièrement dangereux : risques de chutes, nombreuses mutilations, migrants attaqués ou détroussés, femmes violentées par des malfaiteurs, les coyotes (passeurs) ou même la police mexicaine.

Depuis le plan « Frontière Sud », l’accès aux trains est mieux gardé. Les machinistes ont reçu l’ordre de rouler à 60 km/h au lieu de 30, ce qui augmente le danger de montée ou de descente en marche. Certains se risquent encore, mais beaucoup moins.

De plus, en 2005, l’ouragan Stan a endommagé le chemin de fer qui part de la frontière du Guatemala (Tapachula) vers le nord. Le train part désormais de beaucoup plus haut, d’Arriaga (Chiapas). Il faut donc emprunter les transports en commun et éviter les contrôles de la migra (la police migratoire) de plus en plus nombreux et mobiles. Les chauffeurs savent où ils se trouvent, les migrants les contournent à pied.

« Souvent, ils se font détrousser au détour, parfois par la police », dit Manuel Balsamo, anthropologue, bénévole venu d’Uruguay à l’Auberge des migrants d’Ixtepec, dans l'État d’Oaxaca.

La route de la mer

Les voies terrestres deviennent de plus en plus compliquées, alors la mer attire de plus en plus. Mais la route reste mystérieuse.

On sait que les bateaux de pêcheurs quittent le petit port d’Ocos, au Guatemala. Objectif : Salina Cruz, dans l’État d’Oaxaca. À partir de ce carrefour, il est plus facile de « monter » vers le nord à travers l’immensité du reste du Mexique et de s’y perdre aux yeux de la police migratoire.

Mais où ces bateaux atterrissent-ils? Nous avons parcouru en long et en large la vaste lagune que les locaux du Chiapas et d’Oaxaca appellent le mar muerto, la mer morte. Contrairement aux informations les plus courantes, les pêcheurs locaux affirment qu’ils ne voient jamais de bateaux de migrants dans la lagune. Seulement en plein océan lorsqu’ils y vont pêcher.

Pourtant, l'un de ces pêcheurs, Gustavo, nous confie que parfois, par mauvais temps, les bateaux de migrants viennent s’abriter dans le petit port de Paredón. Il paraît aussi que des pêcheurs mexicains sont engagés par les passeurs pour piloter des embarcations à Ocos, au Guatemala. Ils connaissent bien la côte.

Des bateaux fantômes

C’est la loi du silence, explique Alberto « Beto » Donis, coordonnateur de deux auberges de migrants de la côte d’Oaxaca. Parce que la route de la mer, c’est celle de la drogue et des armes. Elle est contrôlée par les narcotrafiquants, le cartel du Pacifique, croit-il.

Tout serait arrangé à l’avance avec les autorités, la marine.

Sur 600 km de plages pratiquement désertes, il est difficile de voir ces bateaux fantômes. La télévision mexicaine a réussi à en filmer deux, au loin, parce qu’ils longeaient la côte. L’un avait à son bord une quinzaine de passagers, son capitaine était masqué, le bateau avait deux moteurs. L’autre, un seul moteur, une quinzaine de passagers également, un bateau observé une heure plus tard.

Où vont-ils? Vraisemblablement au-delà de Salina Cruz, car plus au sud il y a trop de surveillance. Ils peuvent atterrir dans une des nombreuses petites plages désertes, presque jusqu’à Huatulco. Là, on les attend pour la suite, jusqu’à la frontière américaine.

Le voyage, tout compris, payé d’avance au départ, peut coûter de 8000 $ à 10 000 $ US, dit Beto Donis. C’est la route des riches.

Beto Donis est Guatémaltèque. La route des migrants, il la connaît bien. Il l’a parcourue jusqu’aux États-Unis, où il a vécu illégalement avant de se faire prendre et expulser. Comme de plus en plus de Centraméricains qui peuvent obtenir des visas humanitaires mexicains lorsqu’ils ont de graves ennuis (disposition du plan « Frontière sud »), il a décidé de rester au Mexique.

Il n’a pas la vie facile cependant. Il doit se battre contre le nouveau maire de Chahuites qui a juré de fermer l’Auberge de migrants. « Le maire dit que les migrants sont mauvais et drogués, c’est un discours de haine. Le même discours que Donald Trump », regrette Beto Donis.

Malgré des menaces physiques sérieuses, Beto Donis ne va pas céder. L’auberge ne fermera pas, dit-il.

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