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Des ONG demandent au Canada de prendre le leadership de l'aide aux Rohingyas

Plusieurs organisations non gouvernementales et plusieurs groupes de défense des droits de la personne demandent l'intervention du Canada pour mettre fin aux persécutions de la minorité musulmane au Myanmar, où un million d'individus font face à ce que plusieurs qualifient de génocide.

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

Réunis à Toronto, les représentants de ces ONG et de ces groupes de défense ont demandé au Canada de prendre le leadership sur la scène internationale pour tenter de résoudre la crise humanitaire des Rohingyas. « Avec ce qui se passe avec l'administration Trump aux États-Unis et le Brexit en Grande-Bretagne, le Canada peut saisir cette occasion pour exiger l'arrêt des violences et protéger les droits des Rohingyas  », explique Ahmed Ramadan du groupe Burma Task Force.

C'est la Dre Aliya Khan de l'Université MacMaster de Hamilton qui a organisé la conférence « par devoir moral ». Elle rappelle que la priorité doit être accordée dans un premier temps au renforcement de l'aide humanitaire vers les camps de réfugiés au Bangladesh et la province birmane de Rakhine d'où sont originaires la majorité des réfugiés depuis 2012.

La Dre Khan reconnaît toutefois que la province est fermée aux étrangers, mais elle demande au régime de Yangon d'y acheminer des secours. « Des images satellites montrent que les villages des Rohingyas ont été brûlés et que leurs terres ont été confisquées, les témoignages des réfugiés font état de viols, de décapitations et d'exécutions sommaires », déplore-t-elle.

La situation est d'autant plus critique selon ces ONG que le Bangladesh envisage de renvoyer des milliers de réfugiés dans leur pays. Yangon et Dacca ont récemment signé un accord pour permettre leur retour dans des villages modèles que les autorités birmanes ont construits dans leur province depuis 2012. Selon M. Ramadan, ces villages comptent 120 000 personnes laissées à elles-mêmes. Il parle d'un « nouveau génocide, mais au compte-goutte ».

Le temps presse toutefois. L'association parapluie Union of Medical Relief Organizations affirme que les conditions de vie des réfugiés au Bangladesh risquent de se détériorer rapidement avec l'arrivée prochaine de la mousson dans la région. Son porte-parole, Avi D'Souza, soutient que des milliers de réfugiés vivent dans des tentes de plastique ou des cabanes rudimentaires en bambou.

M. D'Souza ajoute que le Bangladesh est un pays trop pauvre qui n'a pas les moyens d'aider tous ces réfugiés. « Le Canada doit renforcer son aide financière pour financer des projets d'infrastructure comme des latrines dans les camps pour éviter la propagation de maladies comme le choléra », explique-t-il.

Critique du rapport Rae

Le Canada a déjà envoyé une aide humanitaire de 50 millions de dollars au Bangladesh. La Dre Nabiha Islam, qui a participé à une mission médicale au Bangladesh en septembre, affirme que ce n'est pas suffisant. « On ne couvre pas une artère perforée avec un pansement, tant que les auteurs de ce génocide ne seront pas arrêtés, rien ne s'arrangera. » Certains de ces groupes regrettent d'ailleurs que le rapporteur spécial que le Canada a envoyé au Bangladesh, Bob Rae, n'ait pas utilisé le mot génocide dans son rapport provisoire.

La coprésidente du Centre canadien pour la justice internationale, Sharry Aiken, n'est toutefois pas d'accord. « Il aurait été inapproprié de sa part d'émettre des conclusions juridiques faute d'avoir pu amasser des preuves crédibles au Myanmar », explique-t-elle. Mme Aiken reconnaît néanmoins que les témoignages des réfugiés sont suffisants pour saisir la Cour internationale de justice (CJI).

Son organisation demande d'ailleurs au Conseil de sécurité de l'ONU de transférer ce dossier à la Cour. « En matière de droit international, il existe une différence entre les témoignages, les informations des services de renseignement et les preuves matérielles. » Mme Aiken demande donc au Canada de faire pression sur le Myanmar pour qu'il autorise l'entrée sur son territoire d'organisations humanitaires, d'observateurs indépendants et de médias internationaux.

M. Ramadan dit comprendre les réserves de M. Rae, parce que l'envoyé spécial veut sans doute bâtir des ponts avec le régime de Yangon pour trouver une solution à la crise. Il ajoute toutefois du même souffle qu'il s'agit bien d'un génocide. « Malheureusement, la communauté internationale ne fait rien; les autorités birmanes ont donc carte blanche pour continuer à agir en toute impunité », conclut-il.

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