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Des producteurs laitiers américains admirent la gestion de l’offre canadienne

L'industrie laitière américaine est divisée sur la gestion de l'offre canadienne alors que Les négociateurs discuteront pour la première fois d'agriculture samedi dans le cadre des négociations entourant l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

Des fermiers américains soutiennent fermement le système canadien et veulent que leurs négociateurs nationaux ne l’attaquent pas.

Ils ne veulent pas éliminer cette gestion de l’offre, mais plutôt l’imiter.

Au moins cinq organisations ont exprimé leur soutien pour créer un tel système aux États-Unis. Certaines ont écrit des lettres à l’équipe américaine chargée des négociations, exhortant Robert Lighthizer à ne pas toucher au système canadien.

Un programme imparfait

Cela va à l’encontre de la position du gouvernement américain, qui s’oppose au système de gestion canadien et a passé des années à tenter de le démanteler.

« Je détesterais m’en prendre à un programme qui protège les fermiers, quand c’est exactement ce que tentent d'obtenir les fermiers américains », dit Darin Von Ruden qui possède une ferme multigénérationnelle de 50 vaches et dirige le syndicat des fermiers du Wisconsin.

Le système canadien est contrôlé de façon très serrée : il limite les importations et fixe les prix. Le système protège ainsi les opérations laitières de la faillite, mais s’est attiré plusieurs critiques sur de soi-disant défauts : des prix plus élevés, moins de choix en épicerie, une industrie moins innovante et l’isolement du Canada sur le marché international, empêchant le pays de devenir un joueur mondial.

M. Von Ruden croit que le secteur laitier aura toujours besoin d’aide. Contrairement aux autres secteurs, il est particulièrement vulnérable aux soubresauts du marché. Quand il y a un surapprovisionnement et que les clients disparaissent, l’inventaire excédentaire ne peut attendre sur les tablettes.

« Si vous parlez de marteaux et de tournevis, ce sont des produits qui ne se gâtent pas, illustre-t-il. Le soya, le maïs et même les produits du boeuf ont aussi une durée de conservation. Si on ne fait rien avec le lait après quelques jours, il se gâte. »

Négociations après le Partenariat transpacifique

Son groupe n’est pas le seul à demander une gestion de l’offre aux États-Unis. Deux autres organisations ont aussi écrit à M. Lighthizer dans leur proposition publique concernant l’ALENA, soutenant le Canada.

Dans une lettre, la National Family Farm Coalition et l’Institute for Agriculture & Trade Policy ont dit à Robert Lighthizer : « Ne mettez pas de pression au Canada pour affaiblir sa gestion de l’offre laitière. Saper le système canadien n’augmentera pas énormément les exportations américaines de lait. La gestion de l’offre aide à maintenir des prix assez élevés pour couvrir les coûts de production et pour maintenir les fermiers en affaires. »

Le syndicat national des fermiers a quant à lui écrit que « les États-Unis devraient soutenir l’autonomie d’un autre pays. En d’autres termes, les États-Unis ne doivent pas affaiblir un système qui profite aux fermiers des deux côtés de la frontière ».

Les États-Unis pourraient ultimement demander une petite ouverture du marché laitier canadien. Lors des discussions mort-nées du Partenariat transpacifique, ils avaient réussi à obtenir une part de marché de 3,25 %.

Toutefois, depuis que Donald Trump s’est retiré de ce partenariat colossal, le Canada considère que cette offre, comme le lait périmé, est expirée.

Le 3,25 % avait été proposé comme concession en échange d’une importante entente commerciale avec le Japon, l’Australie et d’autres économies émergentes.

Le principal lobby américain du lait dit que le secteur se protège du libre-échange.

« Nous adorerions arriver à une conclusion qui ramènerait le secteur laitier là où le reste de l’agriculture se trouve. On est des énergumènes, nous et la volaille, a dit Shawna Morris de la Fédération nationale des producteurs de lait. On veut vraiment finir le travail inachevé de l’ALENA en matière d’accès au marché. Le lait est un des quelques secteurs qui n’a pas été déréglementé dans cette entente assez vieille. »

L’assouplissement de la gestion de l’offre du lait n’est pas l’unique priorité américaine. Une autre concerne la façon dont les produits laitiers canadiens sont classés, ce qui ouvrirait la voie au lait diafiltré vendu à coût moindre.

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