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Des ruines et des mines, l'héritage des djihadistes à Palmyre 

Chapiteaux renversés, colonnes démantelées, statues massacrées : voilà à quoi ressemble désormais le site antique de Palmyre, repris dimanche par l'armée syrienne des mains des djihadistes.

Palmyre, une cité de plus de 2000 ans inscrite par l'UNESCO au patrimoine mondial de l'humanité, a été occupée pendant un  mois par le groupe armé État islamique (EI). Près d'une semaine après leur reprise de la ville, les démineurs en sont encore à faire exploser les mines laissées par les djihadistes dans leur fuite.

« Palmyre l'a échappé belle. L'EI avait planté 4500 engins explosifs artisanaux dans la quasi-totalité de la ville, reliés par des téléphones portables à la centrale téléphonique. Un des nôtres s'est déguisé en djihadiste et a tué celui qui était chargé de déclencher un feu d'artifice », explique Abou Mamoud, un ancien prisonnier de l'EI devenu un allié du régime. Une version confirmée par le gouverneur de la province de Homs, Talal Barazi.

Sur les façades de la cité qui ont résisté aux djihadistes, on peut lire des slogans de l'EI, comme à l'entrée du temple de Bêl. « État islamique; entrée interdite aux civils et aux frères (lire : les combattants du régime) », ont-ils peint en noir.

Même si l'enceinte et les cours du temple n'ont pas été touchées, la cella, la partie fermée et la plus importante du temps, n'est plus qu'un amas de gravats.

Dans le théâtre romain, les noms de djihadistes ont été écrits et un mur est criblé de balles. C'est dans cet édifice, datant du IIe siècle, que l'EI a procédé à des exécutions publiques de soldats par des enfants de membres du groupe armé.

Le Musée national de Palmyre, lui, est devenu un véritable musée des horreurs. Les djihadistes l'ont utilisé comme un tribunal religieux, où ils se sont livrés à un vandalisme inouï. Des statues et des bustes ont été jetés à terre, les visages ont été brisés ou démolis à coups de masse.

Malgré la rage qui semble avoir animé les membres de l'EI envers Palmyre, ils auraient fait moins de dégâts que ce que les archéologues ont pu craindre.

Selon le gouverneur, les dommages touchent 30 % du site.

« Je suis content que les plus belles pièces du musée aient pu être évacuées avant leur arrivée », a-t-il ajouté, une allusion aux 400 pièces transférées par le service des Antiquités vers Damas, sous contrôle du régime.

Le « centre d'interrogatoire » des djihadistes 

Il n'y a pas que les antiquités qui ont été la cible des djihadistes. Les hôtels près du musée n'ont plus de devanture et des matelas pendent dans le vide. Une église a été transformée par l'EI en centre de recrutement.

D'autres édifices ont été mis au service des atrocités du groupe de djihadistes. Sur l'une des portes du palais de justice, il est possible de lire : « centre d'interrogatoire ». Des matelas jonchent le sol et sur les murs, les prisonniers ont écrit des messages à leurs proches. Un grand cœur y est notamment visible, dans lequel le nom Farah a été inscrit.

« J'étais employé municipal et j'ai passé 14 jours dans cette cellule. Mes interrogateurs étaient Saoudiens, Irakiens et Tunisiens. Ils me questionnaient avec un sabre sur la gorge », explique Abou Mahmoud, qui a fui aussitôt libéré et qui est aujourd'hui un milicien prorégime.

« J'ai eu la chance de pouvoir m'en sortir, mais j'ai des amis fonctionnaires qui ont été exécutés, leurs corps jetés dans le désert et dévorés par les chiens », raconte-t-il.

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