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Des sanctions contre la Corée du Nord qui font mal… en Chine

L'interdiction d'importer des fruits de mer nord-coréens, imposée par Pékin en vertu des mesures économiques de l'ONU adoptées contre Pyongyang en réponse à ses essais balistiques, a des répercussions bien réelles chez les grossistes et les restaurateurs du côté chinois de la frontière.

C’est l’heure du coup de feu du vendredi soir, au restaurant Quatre mers de Pékin, réputé pour ses fruits de mer. Bien des clients, la mine gourmande, sont accueillis par le patron qui les guide vers les aquariums, à l’entrée, pour qu’ils fassent leur choix avant de s’attabler.

Mais du choix, justement, il y en a un peu moins ces temps-ci. Lu Haixun montre les espaces vides où il y aurait dû y avoir normalement des mollusques de la Corée du Nord.

Il précise que les fruits de mer nord-coréens, très prisés notamment à cause de leur fraîcheur, représentent plus du tiers de ce que son établissement sert normalement à la clientèle. Le restaurateur devra se tourner vers d’autres sources d’approvisionnement.

En lorgnant vers des bacs à moitié vides, une cliente, Mme Qian, ne cache pas sa surprise. « C’est à cause des sanctions contre la Corée du Nord? ».

Les sanctions font mal au portefeuille d’acheteurs croisés dans le plus grand marché d'approvisionnement en fruits de mer de Pékin, à l'aube.

L’un d’eux soulève la bâche qui recouvre ses achats, dans une petite remorque. Il déplore que ce qu’il vient d’acquérir lui coûte deux fois plus cher que les produits de la Corée du Nord. Et il se demande comment il fera pour écouler sa marchandise.

Zhang Zhichao, assis à son bureau, supervise les cargaisons qui s’empilent. « Oui, c’est plus cher, les prix ont augmenté, c’est toujours le petit peuple qui en souffre, mais on n’y peut rien face aux décisions des États », dit le grossiste.

Un mélange de résignation et de fatalité, alors que des importateurs chinois avaient exprimé, à la mi-août, leur mécontentement directement à la frontière. Pendant que de l'autre côté, parfois à quelques mètres, la marchandise nord-coréenne pourrissait dans des camions.

La Chine paie plus cher pour les sanctions que tous les autres pays qui en imposent en raison de ses liens commerciaux avec la Corée du Nord, selon Cheng Xiaohe, professeur adjoint à l’école des études internationales à l’Université Renmin de Pékin.

Mais le professeur rappelle que la population de la Corée du Nord est celle qui paie le prix fort quand les marchandises ne peuvent être vendues au principal exportateur du pays, la Chine.

Il ajoute que ce sort guette aussi des mineurs, puisque le plomb et les minerais sont également visés par les interdictions.

Peu d'effet dissuasif

Même privé d’une manne importante en raison des sanctions économiques imposées, y compris par son allié chinois, la Corée du Nord n’arrête pas ses tirs de missiles.

« Pyongyang n’écoute pas Pékin, qui a condamné ses essais », souligne Cheng Xiaohe. Et si l'analyste pense que les récentes mesures économiques, plus sévères, vont freiner la capacité du régime à développer ses missiles, il ne croit absolument pas que ça va le mener à abandonner son programme balistique et nucléaire.

Le régime nord-coréen a d’ailleurs réagi à la dernière condamnation du Conseil de sécurité de l’ONU de son tir de mardi en promettant que d’autres missiles allaient continuer à survoler le territoire du Japon.

Pékin, régulièrement pressé d’augmenter la pression sur Pyongyang, réplique en disant se demander si ceux qui veulent qu'il en fasse davantage, comme le Royaume-Uni, implantent, de leur côté, pleinement les sanctions de l’ONU ou agissent plutôt de façon sélective, tout en ignorant les appels à la reprise du dialogue.

Et la Chine répète depuis des mois que ni les sanctions ni les pressions ne seront suffisantes pour régler la crise.

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