À Rio de Janeiro, des voitures de métro sont réservées exclusivement aux femmes pendant les heures de pointe - une façon de lutter contre le harcèlement sexuel que celles-ci vivent au quotidien.

Un texte de Laurence Niosi 

Vendredi, 18 h. Des dizaines de femmes s'engouffrent dans un wagon leur étant destiné. La voiture est identifiée par un autocollant rose sur lequel on peut lire en grosses lettres : « Wagon réservé aux femmes. »

Quelques hommes et des touristes égarés se pressent à l'intérieur, semblant ignorer les consignes. « Pendant les Jeux olympiques, ce n'est pas très respecté, parce qu'il y a beaucoup de gens, mais normalement, ça l'est plus », explique Raquel, une passagère rencontrée au métro Botafogo, sur la ligne 1.

Croisées dans le métro, les femmes sont unanimes : elles se sentent plus en sécurité depuis l'entrée en vigueur d'une loi, en 2006, séparant les hommes des femmes dans les trains entre 6 h et 9 h, puis de 17 h à 20 h. La loi a été promulguée à la suite de plaintes et de mobilisation de femmes.

Avec Mexico et Tokyo, Rio de Janeiro fait aujourd'hui partie d'une poignée de villes qui ont adopté de telles mesures de sécurité. L'idée a été récemment évoquée par un député britannique pour le métro de Londres, une proposition jugée rétrograde par plusieurs critiques.

MetroRio, la compagnie qui gère les 41 stations de la mégalopole brésilienne, assure que la loi est respectée, même si ses agents de sécurité ne peuvent pas faire usage de la force pour obliger les hommes à bien se tenir.

« Nous n'avons pas de cas de harcèlement sexuel dans notre histoire », assure toutefois un porte-parole.

Des chiffres révélateurs

Cependant, les chiffres de l'Instituto de Segurança Publica (Institut de sécurité publique) disent autre chose. En 2015, 4612 femmes à Rio ont signalé avoir été victimes de viol ou de tentatives de viol. La même année, au moins 2 femmes, chaque jour, ont dit à un poste de police avoir été victimes de harcèlement. Et ce ne sont que les cas dénoncés.

Selon un rapport du groupe de réflexion Mapa da Violencia (« Carte de la violence »), 13 femmes étaient tuées tous les jours au Brésil en 2013, une augmentation de 21 % en 10 ans.

« Des histoires terribles de harcèlement dans les trains et le métro, cela arrive depuis toujours au Brésil », affirme la journaliste Renata Rodrigues, du groupe féministe Mulheres rodadas (traduction libre : « femmes faciles »), formé il y a plus d'un an.

Dans les dernières années, plusieurs mouvements féministes, dénonçant, entre autres, le harcèlement dans les espaces publics, sont apparus au Brésil. Le collectif Mulheres rodadas dénonce notamment la culture machiste du Carnaval de Rio. Le site Chega de fiu fiu (« Arrêtez les sifflets »), créé par la journaliste Juliana de Faria, répertorie les cas de harcèlement et les situe sur une carte.

L'année dernière, des milliers de femmes brésiliennes ont raconté la première fois qu'elles ont été victimes de harcèlement sur les réseaux sociaux, avec le mot-clé #premeiroassedio.

Ces actions s'inscrivent dans un climat de ras-le-bol, quelques mois après que des milliers de Brésiliens sont descendus dans la rue pour dénoncer un projet de loi visant à restreindre encore plus le droit à l'avortement. Au Brésil, l'avortement est interdit, sauf pour quelques exceptions comme en cas de viol.

Pour Renata Rodrigues, la ségrégation dans le métro est une demi-victoire pour les droits de la femme au Brésil. « On devrait être capable de marcher dans la rue sans être victime de violence. Là, on ne fait pas valoir nos droits, on restreint l'espace que les femmes peuvent occuper », dit-elle.

Plus d'articles

Commentaires