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Désarmement de l'ETA : près de 3,5 tonnes d'armes et d’explosifs trouvées

Les services de sécurité français ont saisi samedi des dizaines d'armes et des centaines de kilos d'explosifs stockés dans des caches dont les séparatistes basques de l'ETA ont révélé la localisation pour honorer leur engagement à renoncer à la lutte armée.

Les huit caches mentionnées sur une liste remise dans la matinée au procureur de Bayonne étaient toutes situées dans le département des Pyrénées-Atlantiques, a annoncé le procureur de la République de Paris.

La police y a découvert « des dizaines d'armes de poing et d'épaule, des milliers de munitions, plusieurs centaines de kilogrammes d'explosifs et produits entrant dans la composition d'explosifs, plusieurs centaines de détonateurs et retardateurs », peut-on lire dans le communiqué.

En tout, « près de 3,5 tonnes d'armes, explosifs et matériels nécessaires à la fabrication d'engins explosifs » ont été trouvées, a précisé le premier ministre Bernard Cazeneuve.

Il s'est félicité dans un communiqué d'une opération « menée dans le calme et sans violence », dans laquelle il voit « une étape décisive vers la fin du terrorisme indépendantiste basque ».

« Armes et matériels vont être expertisés sous l'autorité de la justice qui travaillera, comme toujours, en étroite collaboration avec la justice espagnole afin de vérifier si les éléments recueillis peuvent aider à résoudre des affaires toujours en cours », a-t-il encore dit, ajoutant : « Il pourra également ainsi être établi si le désarmement est effectivement total. »

La liste de caches avait été remise samedi matin au porte-parole de la Commission internationale de vérification mise en place pour s'assurer du respect du cessez-le-feu unilatéral décrété depuis 2011 par l'ETA, le Sri-Lankais Ram Manikkaligam, qui l'a reçue des mains d'un représentant de la société civile basque, Jean-Noël Etcheverry.

« Cette information a été immédiatement transmise aux autorités françaises compétentes », a-t-il déclaré devant la presse réunie au théâtre municipal de Bayonne.

Un jour important

L'ETA a voulu faire de ce samedi 8 avril un « jour du désarmement », une initiative accueillie avec prudence en France et scepticisme, voire hostilité, en Espagne, où le gouvernement doute de la possibilité d'un désarmement complet d'une organisation dont la lutte contre Madrid a fait plus de 800 morts en 40 ans.

Le ministre français de l'Intérieur, Matthias Fekl, a estimé qu'il s'agissait d'un « jour incontestablement important ».

« J'ai bien sûr une pensée particulière pour toutes les victimes, pour leurs familles, pour leurs proches et notamment pour les policiers et les membres de la garde civile » espagnole, a-t-il déclaré lors d'un point de presse.

Bernard Cazeneuve a mentionné plus spécifiquement un policier français, Jean Serge Nérin, abattu en mars 2010 à Dammarie-les-Lys par des militants présumés de l'ETA après un braquage.

Fin mars, Bernard Cazeneuve avait indiqué que le gouvernement français ne pouvait s'opposer à la restitution d'armes à l'origine d'actes de violence.

Mais il avait ajouté que l'opération annoncée par l'ETA devait se faire « dans le cadre du respect des procédures judiciaires qui ont été engagées après que les crimes ont été commis ».

Enquête préliminaire

Pour cela, le procureur de Paris a précisé qu'il avait ouvert mardi une enquête préliminaire « des chefs d'infractions à la législation sur les armes en bande organisée et en lien avec une entreprise terroriste, infractions à la législation sur les explosifs en bande organisée et en lien avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste ».

En Espagne, le président du gouvernement, Mariano Rajoy, a déclaré que « l'ETA a fait une énième annonce de désarmement [...] cela se fera en échange de rien. »

« Les actions entreprises aujourd'hui par le groupe terroriste ne sont rien de plus que le résultat de sa défaite définitive », a estimé de son côté le ministre de l'Intérieur, Juan Ignacio Zoido, devant des journalistes à Madrid.

Le porte-parole au Parlement basque des élus du Parti populaire au pouvoir à Madrid a indiqué pour sa part voir dans l'opération de samedi une reddition finale après six années de promesses non tenues.

Le dirigeant du parti indépendantiste basque espagnol EH Bildu, Arnaldo Otegi, a assuré vendredi que « nous entrons dans une situation irréversible ». « La violence ne sera plus utilisée pour obtenir l'autodétermination et l'indépendance », a-t-il ajouté.

« À partir d'aujourd'hui, nous mettrons sur la table tous les problèmes que nous avons encore en tant que société et en tant que nation », a-t-il ajouté.

Les plus grandes questions en suspens, a-t-il dit, sont le sort des quelque 300 militants de l'ETA toujours emprisonnés en France et en Espagne, et celui des victimes du groupe armé.

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