Deux hôpitaux et une boulangerie situés dans des secteurs d'Alep tenus par les rebelles ont été touchés par des frappes aériennes, tôt mercredi matin, alors que s'intensifie l'offensive de l'armée syrienne appuyée par la Russie pour reprendre la totalité de la ville.

La France a annoncé vouloir présenter une résolution au Conseil de sécurité de l'ONU qui imposerait un cessez-le-feu à Alep.

Ceux qui ne voteront pas ce texte, a prévenu le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, « prendront le risque de porter la responsabilité de complicités de crimes de guerre ».

Le pape François a réclamé mercredi l'arrêt des bombardements à Alep, qu'il a qualifiée de « ville martyre », et dont les auteurs seront selon lui soumis un jour au « jugement de Dieu ».

Une semaine après le début de l'offensive, qui a commencé jeudi dernier par des frappes aériennes avant de se doubler, lundi, d'une attaque terrestre, on compte plusieurs centaines de morts, pris notamment sous les décombres. Il ne resterait plus que 30 médecins dans la zone assiégée pour s'occuper de plusieurs centaines de blessés par jour.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les deux hôpitaux touchés mercredi ne peuvent plus fonctionner.

Face à cette offensive majeure, lancée à la fin d'une brève trêve, la semaine dernière, des États étrangers ont fourni aux rebelles des missiles sol-sol Grad de 22 et 40 km de portée « en excellente quantité », a déclaré à Reuters le commandant rebelle Farès Al-Baïouch, qui dirige la division nord de l'Armée syrienne libre (ASL). Les armes fournies jusqu'ici avaient une portée de 20 km.

Ces nouveaux missiles seront utilisés à Alep, mais aussi sur les fronts d'Hama et de la côte, a déclaré le commandant.

Dans le quartier d'Al-Maadi, à Alep-Est, un tir d'artillerie a visé une boulangerie devant laquelle une file d'attente s'était formée. D'après l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), le bombardement a fait au moins six morts.

Un des hôpitaux touchés, l'hôpital M2, est situé près de la boulangerie. L'autre se trouve dans le quartier de Sakhour.

Faire diversion

Mohammad Abou Radjab, radiologue à l'hôpital M10 de Sakhour, précise que les missiles ont touché l'établissement vers 4 h du matin.

L'hôpital M10 est le plus important établissement de traumatologie dans les quartiers tenus par les rebelles.

Les frappes ont également touché les générateurs d'électricité et d'oxygène de l'hôpital. Des patients ont dû être transférés dans un autre établissement du secteur, a indiqué le personnel médical de l'hôpital M10. On ne sait pas s'il y a eu des victimes dans l'hôpital.

Plus de 250 000 habitants vivraient encore à Alep-Est.

Dans le quartier de Saladin, à Alep, l'armée syrienne a annoncé avoir détruit mercredi un lieu de réunion du groupe islamiste Jabhat Fatah Al-Sham, l'ex-Front Al-Nosra, lié à Al-Qaïda. Des stocks d'armes et de munitions ont été détruits dans le secteur de la vieille ville, poursuit-elle dans un communiqué sans avancer de bilan.

Une vidéo diffusée sur YouTube lundi montre des rebelles de l'ASL tirant des missiles Grad sur des positions du gouvernement près d'Alep. Le commandant Al-Baïouch a confirmé que les armes qu'on y voit viennent d'être livrées.

Selon un haut commandant rebelle, les forces progouvernementales se mobilisent pour une nouvelle attaque au sol, cette fois dans les quartiers centraux d'Alep.

« Il y a des heurts à Al-Soueïka depuis 5 h du matin. L'armée a avancé un peu et les gars la repousseront, si Dieu le veut », commente un combattant du groupe Front du Levant, dans un enregistrement audio envoyé à Reuters. Le secteur d'Al-Soueïka a également été le théâtre de combats mardi.

Un autre responsable des insurgés, Zakaria Malahifidj, chef du bureau politique du groupe Faktasim, ajoute que les forces gouvernementales sont aussi en train d'attaquer le camp de réfugiés d'Handara tenu par les rebelles à quelques kilomètres du nord d'Alep.

« Il ne semble pas que leur opération dans la vieille ville soit la principale. On dirait qu'il s'agit de faire diversion pour que le régime attire les gens sur ce front afin d'avancer dans le camp », explique Zakaria Malahifidj, qui se trouve en Turquie.

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