Retour

Donald Trump fait surtout des perdants en quittant l'entente avec l'Iran

Le président américain assure avoir de bonnes intentions en retirant son pays de l'accord sur le nucléaire iranien. Donald Trump veut empêcher « le premier commanditaire mondial du terrorisme » de se procurer « les armes les plus dangereuses du monde ». Les intentions sont peut-être nobles, mais le remède semble risqué. Jugez-en par la liste des perdants.

Une analyse de Yanik Dumont Baron

Le silence en disait long. Donald Trump venait de confirmer le retrait des États-Unis de l'accord multilatéral sur le nucléaire iranien. Une signature au large crayon-feutre pour les caméras. Juste après, la question lancée était bien simple : « Comment cela rend-il les États-Unis plus sûrs? » La journaliste l'a répétée. Le président l'a ignorée.

Qu'aurait-il pu répondre, en fait? L'entente négociée par six puissances mondiales avec l'Iran n'est pas parfaite, certes. Et le régime iranien n'est pas un ange. Il commandite le Hezbollah, un groupe considéré comme terroriste par les États-Unis et par l’Union européenne, appuie le dictateur Bachar Al-Assad et intervient militairement dans la guerre civile au Yémen.

Mais en décriant l'accord international et en dénonçant le régime iranien, le président Trump ne propose pas grand-chose de plus. Il n'offre que la menace de sanctions financières comme incitatif. La force et la menace plutôt que la diplomatie.

  • Ces sanctions vont surtout pénaliser le peuple iranien. Quatre-vingts millions de citoyens qui subissent déjà les effets d'une crise économique et d'une sécheresse qui touche la production agricole. Le retour des sanctions américaines ne va qu'empirer les choses.
  • La décision américaine est aussi une défaite pour les politiciens iraniens modérés. Ceux qui ont fait le pari d'une certaine ouverture, en dépit des résistances venant des tenants de la ligne dure au sein du régime. D'un trait de plume, Donald Trump ajoute aux tensions en Iran et ravive les forces parfois bien hostiles aux intérêts occidentaux.
  • Avec cette décision, le président repousse un peu plus les puissances européennes, des alliés traditionnels des États-Unis. Les dirigeants de la France et de l'Allemagne étaient venus à Washington pour tenter de convaincre Donald Trump. Il est resté froid à leurs arguments. Seront-ils trop échaudés pour continuer d'inclure les États-Unis dans leurs prochains efforts diplomatiques?
  • En quelques phrases, Donald Trump vient aussi de diminuer la portée de la promesse américaine. Il est revenu sur les engagements pris par son prédécesseur après de longues négociations sans vraiment avancer de justifications crédibles. Comme il l'a fait pour deux autres grandes ententes internationales : l’Accord de Paris sur le climat et le Partenariat transpacifique.
  • Donald Trump a beau dire « quand je fais une promesse, je respecte ma parole  », il vient de servir une drôle de leçon au dictateur nord-coréen, avec qui il souhaite justement négocier une entente. En voulant se montrer implacable, il a peut-être aussi miné sa propre crédibilité devant Kim Jong-un.

Justement, le président américain espère que la rigidité de ses positions et la dureté des sanctions économiques vont convaincre l'Iran de négocier une autre entente, qui serait encore plus contraignante. Mais Donald Trump vient aussi de donner au régime iranien une bonne excuse pour cesser de montrer patte blanche à la communauté internationale, pour reprendre ses activités nucléaires, civiles ou militaires.

Cette perspective pourrait faire grimper la tension au Moyen-Orient. Déjà que les dirigeants israéliens considèrent le régime iranien d'un très mauvais oeil. Une reprise des activités jugées menaçantes par Israël ramènera à l'avant-scène les menaces de frappe préventive. Et les risques de conflits au Moyen-Orient.

Plus d'articles

Vidéo du jour


Bataille entre un criquet et une guêpe: qui gagnera?





Rabais de la semaine