Donald Trump passera vendredi sa première nuit à la Maison-Blanche, une résidence modeste pour lui. C'est un des nombreux compromis qu'il devra faire en tant que président des États-Unis, car il déteste dormir ailleurs que dans le luxueux penthouse de sa Trump Tower, la tour qu'il a fait construire sur la 5e Avenue à New York. Nous sommes allés sur les traces du jeune Donald Trump et de sa fortune, bâtie dans l'immobilier à Manhattan.

Un texte de Sophie Langlois

Donald Trump est né en 1946 dans une maison bâtie par son père Freddy Trump, un constructeur prospère. La famille de cinq enfants vit dans le Queens, un quartier plutôt pauvre de New York. Mais les Trump vivent aux « Jamaica Estates », une petite enclave peuplée de Blancs aisés. Freddy Trump y construit, en 1948, la deuxième maison familiale, qui compte 23 pièces, dont 8 chambres et 9 salles de bain.

« Ils vivent dans une villa luxueuse, explique Michael D’Antonio, l’auteur de la biographie The Truth About Trump. Ils ont des servants et tout ce qu’ils peuvent désirer. Donald était un enfant gâté, obstiné, rebelle. Il s’en prenait à ses sœurs, qui se plaignaient de lui. »

Le jeune Donald est aussi turbulent en classe. Son père, qui ne tolère pas l’échec, décide de l’envoyer dans une école militaire très stricte. Donald sera pensionnaire à l'Académie militaire de New York, de l'âge de 13 à 18 ans.

« L’adaptation est difficile », dit Jack Serafin, qui était dans le même escadron de cadets et le même dortoir que Donald Trump.

« Si tu faisais une bêtise, tu recevais une fessée. C’était très dur », se souvient Jack Serafin. Après le choc du début, le jeune Trump s’épanouit dans un environnement où les caractères combatifs sont valorisés, et les perdants, intimidés.

Il excelle dans les sports qu’il pratique, le baseball, le football, le basketball, la lutte, et dans les exercices militaires.

Lors de sa dernière année à l’école militaire, Trump devient capitaine. Il préside la parade qui honore annuellement Christophe Colomb, sur la 5e Avenue à New York. Il confie à son instructeur : « j’aimerais vraiment posséder de ces immeubles un jour ».

Douze ans plus tard, en 1976, il achète l’immense hôtel Commodore, en décrépitude, comme tout le quartier autour de la gare Centrale, à Manhattan. Le prix de vente est de 10 millions de dollars américains, mais il n’investira lui-même que 250 000 $. Il obtient une hypothèque à rabais, après avoir négocié, avec la Ville, un congé fiscal de 40 ans, du jamais vu à New York.

Avec le Commodore, qui deviendra l’hôtel Grand Hyatt, Donald Trump établit son modèle. Il sera l’homme des tours à miroirs, des lobbys de marbre, de la déco luxueuse, glamour. Il apprend aussi qu’il peut convaincre ses partenaires de prendre les risques financiers à sa place.

« Il peut vendre de la glace aux Esquimaux durant le plus froid des hivers. C’est le meilleur vendeur que j’aie rencontré dans ma vie », raconte l’ingénieure Barbara Res, qui a travaillé 18 ans pour Donald Trump. Il l’a choisie pour gérer le chantier de la Trump Tower, en 1980. Elle devient la première femme à gérer un chantier d’envergure à New York.

« Il m’a dit : les hommes sont meilleurs que les femmes, mais une bonne femme est meilleure que 10 bons hommes! Il était très protecteur avec moi, comme un grand frère. Mais il pouvait aussi être très dur, on a eu des chicanes terribles. »

Avec la construction de la tour Trump, qui est très contestée, Trump réalise qu’une couverture médiatique, même hostile, est beaucoup plus efficace que des millions en publicité. Dans son livre The Art of The Deal, publié en 1987 et vendu à plus d'un million d’exemplaires, il fait ouvertement la promotion du mensonge comme outil de marketing. Il n’hésite pas à insulter ceux qui entravent son chemin; provoquer la controverse devient une stratégie d’affaires.

Trump représente le pouvoir du narcissisme dans notre culture, dans notre économie. Aujourd’hui, notre économie est basée sur la notoriété et Trump a réalisé cela bien avant tout le monde.

le biographe de Trump, Michael D’Antonio

Mais le plus habile des mensonges ne peut rentabiliser un mauvais investissement. Le Trump Taj Mahal à Atlantic City, rénové au coût de 1 milliard de dollars, déclare faillite en 1991, à peine quinze mois après son ouverture. Trump vend sa compagnie aérienne et ses bateaux de luxe pour sauver la mise mais ses deux autres casinos font faillite en 1992, tout comme le Plaza Hotel à New York. Ces faillites lui évitent de payer des dettes de plusieurs milliards.

Les banques s’accrochent à la marque de commerce Trump. Chacune de ses propriétés porte son nom et ne vaudrait plus grand-chose sans la bannière.

« Ces succès d’affaires ne pèsent pas lourd comparés à son image, à son nom, qui est son ultime création », conclut le biographe Michael D’Antonio.

Le 45e président des États-Unis aime dire qu’il est la seule star au monde à faire les manchettes depuis 40 ans. Cette notoriété exceptionnelle lui permet, alors que son étoile commence à pâlir, en 2004, de devenir la star d’une téléréalité, The Apprentice, qui met en scène sa vie d’homme d’affaires implacable. Ce marketing égocentrique, mis au point dans les années 1980, l’aura propulsé dans le firmament des plus puissants, jusqu’à la Maison-Blanche.

Plus d'articles

Commentaires